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 Vive le calme, la tranquillité... Et zut.

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Dieter
Ange

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MessageSujet: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Dim 5 Mar - 18:19

Dieter, en ce début de jeudi après-midi, descendit au cinquième sous-sol pour rendre un polar que lui avait prêté Itzhak, un collègue vampire.

Après avoir longé les portes des chambres individuelles, il arriva à celle de son ami et frappa à sa porte. Et il ne se passa rien. Pas un bruit. Et bah zut. Était-il sorti ? Mais c’était lui qui lui avait dit qu’il pouvait venir… Il avait oublié ? À tout hasard, Dieter retoqua, légèrement plus fort. Et il ne se passa encore rien. Euh… Il s’était pas trompé, hein ? Il lui avait bien dit que ce jeudi, il serait probablement là à cette heure ? Il lui avait pas dit vendredi ?

Alors qu'il venait de toquer une troisième fois, la porte s’entrouvrit finalement.

« Qu'est-ce qu'y aaaaa ? » La tête ébouriffée du vampire apparut, visiblement mécontent. Ses traits se détendirent en voyant le visage confus de l’ange. « Ah zut, c’est toi, c’est vrai… Euh… Je dormais. »

Dieter se répandit en excuses. Itzhak, d’une voix ensommeillée, lui dit que nan, c’était sa faute, lui dit d’attendre une minute, ferma la porte pour mettre une tenue décente et ressortit. Ils partirent s’installer dans le salon des vampires et discutèrent de choses et d’autres, Itzhak baillant aux corneilles de manière assez régulière, dévoilant chaque fois sa dentition vampirique. Il avait fait la fête toute la nuit ou quoi ? Au bout d’un moment, Dieter lui dit en rigolant qu’il ferait mieux de finir sa nuit avant le service du soir, parce qu’il apprécierait de bosser avec quelqu'un qui ne tombe pas littéralement dans les pommes, et Itzhak se rendit à l’évidence que ouais, c’était ce qu’il y avait de plus intelligent à faire. Il lui dit à ce soir et retourna retrouver son lit.

L’ange étira ses ailes et ses bras, constatant qu’il était à peu près seul dans le salon aux teintes sombres. Il y avait trois-quatre autres vampires, seuls, complétement absorbé dans leurs propres occupations, et puis deux qui discutaient à voix basse. C’était plus calme que là-haut. C’était bien.

Son regard divagua et fut attiré par la bibliothèque en granite le long du mur. Tiens, est-ce qu’ils avaient à peu près les mêmes bouquins qu’au quatrième sous-sol ? Il s’approcha et commença à examiner les rayons, grimpant sur l’une des échelles pour atteindre des romans, hors de sa portée. Perché là-haut, il se mit à lire des quatrièmes de couvertures, à la recherche d’un titre prometteur. Il tomba sur un livre qui avait l’air pas mal, et descendit distraitement les échelons.

Alors qu’il se dirigeait sans regarder vraiment autour de lui vers l'un des fauteuils noirs dans un coin inoccupé, il se rendit compte qu’il avait en fait pris le deuxième tome d’une série, apparemment. Peut-être qu’il valait mieux commencer par le premier volume, même s’ils pouvaient se lire indépendamment… Il effectua un demi-tour et se rendit compte qu’il y avait quelqu'un derrière lui, qu’il n’avait pas entendu arriver, absorbé qu'il était dans sa lecture. En découvrant que le quelqu'un en question, c’était Will, il sursauta. Ses ailes se soulevèrent de son dos où il les gardait jusque-là bien rangées.

Il avait pas de mal à fréquenter la plupart des vampires, hein. Au contraire. Mais celui-là était le plus flippant qu’il connaissait à la CAT. Il ne lui avait pas vraiment reparlé depuis la fois où son compatriote allemand avait débarqué, apparemment affamé, dans la cuisine où travaillait Dieter, et avait refait la déco du sol en le peignant avec du sang. Uh. Il l’avait recroisé à quelques occasions dans les couloirs, mais ils ne s’étaient jamais reparlé, Dieter se contentant de forcer un sourire en guise de bonjour, sans obtenir de réponse similaire de la part de l’autre Catien.

« Euh, salut, tu vas bien ? » La phrase toute faite sortit toute seule de sa bouche, sur laquelle il essaya de faire venir un sourire, tandis qu’il essayait de faire dégonfler les plumes de ses ailes qui s’étaient ébouriffées sous le coup de la surprise, et de ranger ses deux appendices dorsaux bien sagement derrière lui. Ses rares souvenirs liés à Will n’était pas des plus sereins et agréables. Plutôt du genre à faire monter sa tension.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Lun 6 Mar - 21:12

Après plus d’un an passé à la CAT, les habitudes de Will n’avaient pas beaucoup changées par rapport à ce qu’elles étaient suivant son arrivée. Pas beaucoup, pas assez pour être perceptibles si on y faisait pas attention, mais à qui aurait parié qu’une transformation radicale serait possible, il serait justifié de pointer l’utopie représentant l’idée d’une épiphanie chez une créature immortelle. Lorsque le passage des jours n’a plus de sens, il est absurde de sentir un empressement à faire quoique ce soit, y compris s’adapter. Ce qui avait changé chez Will lui avait majoritairement été imposé ; il sortait désormais du sous-sol des vampires parce que c’était le seul moyen de se nourrir, par exemple. Néanmoins, des détails subtils de son comportement avaient été également touchés au fil des mois.

Au début, lorsque Will avait commencé à quitter sa chambre pour rejoindre le salon des vampires et étudier le nouvel environnement dans lequel il devait vivre, c’était en longeant les murs pour rejoindre l’endroit le plus isolé et sombre possible et s’y cacher. Avec le temps, il avait pris un peu d’assurance, parvenait à considérer l’ensemble de la pièce comme un endroit sûr qu’il pouvait parcourir, tolérant, sans toutefois l’apprécier, le passage d’autrui à sa portée, bien que les heures les moins achalandées de la journée demeuraient ses préférées. Il ne parlait toujours pas aux autres vampires, mais certains d’entre eux avaient commencé à reconnaître sa présence et, pour une raison qui lui échappait, à parfois le saluer d’un signe de tête.

Par curiosité autant que par ennui, il avait ajouté l’écoute à sa routine d’observation des moeurs de ses compatriotes. Ainsi, alors qu’il passait maintenant presque tout son temps au salon, ce n’était plus que pour les regarder déambuler, mais également pour étudier leurs conversations. Elles étaient peu nombreuses et généralement brèves, les vampires étant des créatures misanthropes, mais faciles à épier dans l’atmosphère froide et tranquille du cinquième sous-sol. Au-delà des mots qui vinrent enrichir son vocabulaire anglais qui en avait bien besoin, Will put contempler diverses interactions sociales et, bien qu’il n’en comprenne généralement pas le sens, cela avait quelque chose de... fascinant ?

Une journée semblable à une autre, c’était à cette activité qu’il était occupé, assis à même le sol le long d’un des murs du salon des vampires, lorsqu’il aperçu une créature ailée y débarquer. Dieter. L’ange traversa le salon sous le regard attentif de Will et entra dans le dortoir des garçons. Le vampire fixa l’entrée par laquelle il avait disparu, perplexe.

Il se souvenait bien évidemment de Dieter, même s’ils ne s’étaient pas parlé depuis environ un an. Pourquoi l’auraient-ils fait ? Ils ne s’étaient plus jamais retrouvé seuls dans un endroit que l’ange ne pouvait quitter depuis cette nuit de décembre 2015, dans la cuisine de la CAT. Will n’avait pas besoin de ses nouvelles – quoique toujours médiocres – connaissances en relations interpersonnelles pour savoir que l’ange ne lui parlerait que s’il ne s’en sentait pas le choix. Il ne s’expliquait pas la raison pour laquelle Dieter lui avait, à quelques reprises, souri lorsqu’ils s’étaient entraperçus, mais ça ne contredisait pas nécessairement sa déduction originelle.

L’ange ressorti du dortoir en compagnie d’un vampire. Will ne connaissait pas son nom, mais l’avait évidemment déjà vu. Il s’agissait d’un de ceux ouvertement contents d’être à la CAT, qui n’hésitaient pas à visiter les étages supérieurs et à échanger joyeusement avec d’autres personnes, peu importe leur race. C’était un comportement que Will ne comprenait pas – un parmi tellement d’autres cela dit.

Dieter et le vampire s’installèrent à l’une des tables du salon, discutant et riant (et baillant, dans le cas du vampire). Il était encore tôt, la majorité des vampires dormaient encore, ce qui rendait l’activité anodine de l’être céleste et du buveur de sang presque criarde au milieu de la pièce semi-désertée. Will n’eut aucun mal à entendre leur conversation, mais n’en comprit pas l’entièreté ; ils parlèrent d’une histoire fictive et de boulot, d’après ce qu’il put en déduire. Et puis le vampire décida de retourner se coucher et abandonna Dieter.

L’ange s’étira, offrant à la vue ses grandes ailes que Will contempla sans gêne, immobile depuis son point d’observation. C’était la deuxième fois qu’il les voyait, mais il ne les trouva pas moins impressionnantes pour autant. Malheureusement, il n’eut pas le temps d’en apprécier les détails, car Dieter les replia presque aussitôt, laissa le vampire légèrement déçu. Il cru ensuite que l’ange allait partir, mais il n’en fit rien ; Dieter semblait décidé à prendre ses aises et, plutôt que de se diriger vers l’escalier, alla fouiller la bibliothèque.

Will n’avait que peu exploré la collection de livres disponibles. Il s’y était intéressé, comme à tout ce qui composait l’étage où il vivait désormais, mais la lecture n’avait jamais été l’un de ses passe-temps favoris et c’était d’autant plus vrai après des décennies sans voir un bout de papier. L’idée de devoir décortiquer de longues phrases pendant des heures sonnait comme l’incarnation d’une douleur intellectuelle auto-infligée. Il préférait vivre et voir les choses que de les imaginer.

Dieter fini par redescendre de l’échelle où il était allé se percher et, à nouveau, pris un autre chemin que celui de l’escalier, emportant quelque chose avec lui. Dans l’axe où il était positionné par rapport à l’autre Allemand, qui lui tournait le dos, Will ne parvenait pas à voir de quoi il s’agissait. Guidé par sa curiosité, le vampire se leva et marcha en direction de l’ange. Il n’hésita pas, ne fit aucun détour. Il était, après tout, chez lui et, dans cet environnement qu’il connaissait maintenant à chaque pierre près, ce n’était pas lui l’intrus. Plus maintenant.

Cependant, de façon inattendue, Dieter fit brusquement volteface et, bien qu’il fut encore à plusieurs pas de le rejoindre, Will eut un mouvement de recul avant de se figer sur place, surpris. Son étonnement était toutefois partagé : l’ange sursauta et les plumes de ses ailes prirent de l’ampleur, intimidantes. Inconsciemment, face à cette démonstration de force instinctive, Will se crispa, légèrement courbé, prêt à réagir. Mais Dieter ne se montra pas agressif et s’adressa même à lui d’une façon toute naturelle :


« Euh, salut, tu vas bien ? »

« Mmm... », fit-il, en signe d’assentiment, après quelques instants assez courts, en laissant ses muscles se relâcher petit à petit. Il ne retourna pas la question à Dieter, s’attendant de toute façon à une réponse affirmative (l’ange semblait physiquement intact) et, surtout, parce que cette information ne l’intéressait pas.

Il avait souvent entendu cette phrase et avait fini par en déduire qu’elle servait à signifier le désir d’instaurer un échange verbal avec la personne à qui elle était adressée. Il ne comprenait pas pourquoi (la question lui semblait dérisoire), mais ce qu’il saisissait encore moins c’était la raison pour laquelle Dieter venait de l’utiliser. À aucun moment, l’intention du vampire n’avait été de converser avec l’ange. Il avait simplement voulu voir ce qu’il fabriquait à cet étage. À ce propos, il constata que ce que Dieter tenait à la main était un livre, ce qui s’avérait, finalement, logique. Peut-être les livres disponibles étaient-ils différents à chaque étage ?


« Tu cherches quoi ? », demanda-t-il, de but en blanc. Ce faisant, il ne regarda néanmoins pas son interlocuteur directement, son regard plutôt accroché aux grandes ailes de ce dernier, captivé par leur blancheur, leur douceur apparente, la façon dont la lumière du feu les teintait d’orangé... Sans réfléchir, il avança, une main tendue, désireux de glisser ses doigts entre les rémiges.

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Dieter
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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Mer 8 Mar - 16:52

Will avait paru tendu lorsque l’ange avait posé les yeux sur lui – en fait, ils paraissaient tous les deux avoir été totalement pris au dépourvu en se retrouvant tout à coup en l’un en face de l’autre – mais sembla se décrisper lorsque l’ange s’enquit de son bien-être. Après quelques instants, le vampire émit en réponse un son signifiant vraisemblablement que oui, il allait bien. Il ne poursuivit pas la conversation par le « Et toi ? » de circonstance, mais Dieter savait que ce n’était pas son genre. Ou alors il aurait beaucoup changé depuis la dernière fois. Ce qui était très certainement souhaitable, au vu du mutisme dont il avait jusque-là fait preuve.

Les deux Allemands restèrent l'un en face de l'autre, le plus petit des deux un peu embarrassé, ne sachant s'il devait continuer à parler. Probablement pas. Peut-être Dieter devait-il s'effacer pour laisser le vampire continuer son chemin, puisqu'il avait possiblement simplement voulu passer, avant que l'ange ne se retourne et ne le coupe dans son élan par sa brusque volte-face.

« Tu cherches quoi ? » Oh ? Will continuait la conversation ? De lui-même ? Fait inattendu. Peut-être avait-il effectivement évolué et s’était ouvert aux autres. En même temps ça faisait quoi, un an qu’ils s’étaient vus plus que quelques secondes au détour d’un couloir ?

Son compatriote allemand semblait curieux. Dieter prit une inspiration pour lui répondre, mais le vampire se rapprocha tout à coup, tendant une main vers lui. Le simple geste aurait pu ne pas sembler agressif ; mais le petit ange ne pouvait que remarquer sa soudaineté et son incongruité, de la part de Will, chez qui il avait jusque-là pu constater le rejet de tout rapprochement physique. Il lui avait quand même grondé dessus à la manière d’un chien sauvage lorsqu’il avait esquissé quelques pas dans sa direction, lorsqu’ils s’étaient vu dans les cuisines – ce qui faisait d'ailleurs partie de ses souvenirs les plus marquants concernant ce Catien.

Dieter n’était pas un violent, hein. Il n’était pas non plus haptophobe, mais il n’aimait juste pas qu’on essaye de le toucher sans crier gare. Il réagissait normalement de manière mesurée à une tentative de contact impromptue, s’écartant imperceptiblement et inconsciemment, ou même ne bronchait pas, parce que ceux qui le faisaient n’avaient de toute évidence que des intentions pacifiques. Quand c’était quelqu'un qu’il connaissait bien, il n’avait pas de problème non plus. Cependant, Will étant bien trop indéchiffrable, le moindre geste de sa part semblait incompréhensible et donc menaçant au petit ange, jusqu’à preuve du contraire.

Le mouvement subit du vampire fut donc perçu comme un danger de la part de Dieter. Par un réflexe acquis lors de ses entraînements à la CAT, il déplaça son corps de côté et repoussa d’une main celle de Will. Le geste fut purement défensif, et ne fut pas suivi d’une contre-attaque. L’ange recula précipitamment, loin d’une éventuelle riposte, levant
L’Hiver du monde de Ken Folett devant lui à deux mains comme si cela pouvait lui servir de bouclier. Ses plumes, qu’il avait réussi à faire revenir sagement les unes contre les autres, s’ébouriffèrent de nouveau, tandis que ses ailes blanc-gris se déployaient légèrement autour de ses flancs. Le tout ne prit pas même deux secondes.

« Je suis désolé, mais qu’est-ce que tu veux ? » demanda presque simultanément Dieter à voix basse – il ne voulait pas déranger les autres vampires qui lisaient, ce qui était d'ailleurs peut-être déjà fait – sur un ton légèrement agressif et suspicieux, reprenant sans y prendre garde les paroles de Will en en changeant les mots. Ses yeux exprimaient l’inquiétude, et son sourire poli avait disparu. Clairement, l’ange n’avait rien fait de répréhensible, là. Pourquoi le vampire avait fait ce geste ? Qu’est-ce que signifiait cette main tendue vers lui ? Est-ce qu’il lui voulait du mal ?

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Jeu 9 Mar - 0:52

Will fut pris par surprise. Tout à sa contemplation, il en était presque venu à oublier que l’objet de son attention n’était pas une oeuvre d’art exposée au loisir de tous, mais un membre – au même titre qu’un bras ou une jambe – qui appartenant à quelqu’un. Avide de satisfaire sa curiosité, il avait baissé sa garde et ne vit aucunement l’ange amorcer un mouvement. Il n’eut donc pas le temps de réagir en sentant une main dévier son poignet et y répondit une seconde trop tard.

Le mouvement de Dieter était fluide et rapide lorsqu’il bloqua, puis recula, signe d’un geste répété des dizaines de fois, et la réaction légèrement décalée de Will fut tout aussi instinctive. Un instant après avoir été contrecarré, il se regroupa au sol à la façon d’un chat prêt à bondir, tournant vers l’autre Allemand un visage où se lisait clairement sa frustration. Un rictus mécontent déforma ses traits l’espace d’une demi-seconde, laissant entrevoir sa dentition caractéristique de sa race, et il s’en fallu de peu qu’il ne grogne.

Mais si le dégagement de Dieter avait d’abord été aisée et souple, la posture qu’il arborait à présent n’avait certainement rien de très martial et il apparaissait évident que son geste avait été purement défensif. L’ange se tenait désormais caché derrière son livre comme si le recueil fait de carton et de papier pouvait présenter une barrière efficace contre une éventuelle attaque. Ses ailes s’étaient à nouveau enflées de part et d’autre de son corps, ce qui aurait pu paraître intimidant, si le jeune homme au coeur de cette fortification de plumes n’avait eu l’air aussi démuni, avec seulement un bouquin en main en guise d’arme et de bouclier.

La situation n’était, au final, pas très menaçante et le vampire se détendit donc. Bien qu’il demeura méfiant, échaudé qu’il était en constatant la vitesse dont avait su faire preuve Dieter, il se remit doucement debout. En reculant, l’ange avait rétabli entre eux une distance de plusieurs pas que Will jugea suffisante pour qu’il n’ait pas, lui même, à agrandir l’écart. S’il restait attentif, il était confiant d’avoir un espace suffisant pour parvenir à bloquer, par exemple, un livre lancé.


« Je suis désolé, mais qu’est-ce que tu veux ? »

Cette phrase ne lui semblait pas très claire et le vampire fronça les sourcils en essayant d’en analyser le sens. Premièrement, il ne comprenait pas pourquoi l’ange s’excusait. Croyait-il lui avoir fait mal ? Voilà qui était une drôle d’idée. Deuxièmement, il n’y songea pas en ces termes, mais l’utilisation d’une conjonction d’opposition entre cette affirmation et l’interrogation subséquente ajoutait à l’incongruité de l’ensemble. Troisièmement, pourquoi cette question finale ?

L’ange n’avait pas parlé fort, mais son ton était déterminé. Du coin de l’oeil, Will vit un vampire, qui était assis dans un fauteuil pour lire, relever la tête dans leur direction et l’ancien Allemand se demanda s’il devait s’en inquiéter, si l’autre vampire avait perçu une menace dans la voix de Dieter que l’ex-nazi était trop socialement inapte pour détecter. Était-ce dans sa façon de se tenir ? Le choix de ses mots ? Son regard ? Toutes ces choses étaient trop complexes à interpréter pour Will et il n’aurait pas été étonnant qu’il considère comme de la détermination ce qui était en fait de l’agressivité. Quoiqu’il en soit, il savait que l’autre vampire n’interviendrait pas. Il passait de très grandes périodes de temps à lire au salon et, bien qu’il parlait aux gens qui faisaient le premier pas, Will ne l’avait encore jamais vu quitter son activité, se lever et s’immiscer dans une conversation.

Incapable de voir plus loin que le sens pur de la question posée et de supposer qu’il puisse s’y trouver une signification cachée, Will chercha finalement à y répondre littéralement. Néanmoins, à cet instant, il n’aspirait aucunement à se procurer quelque chose. Il ne ‘‘voulait rien’’.

Il haussa les épaules, son regard toujours braqué sur Dieter. Il ne voulait rien, sauf, peut-être, cette information qui lui échappait :


« Pourquoi t’es là ? » Comme à presque toutes les rares fois où il parlait, son ton était neutre et son corps immobile.

Pour quelle raison Dieter, dont l’ami n’était plus là, désirait-il rester au cinquième sous-sol, seul ? Ne se sentait-il pas en danger, entouré de tueurs ?

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Dieter
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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Ven 10 Mar - 18:21

Lorsque l’ange réagit au geste de Will, celui-ci se ramassa dans la position animale que Dieter avait déjà eu l’occasion de voir chez lui, qui le faisait paraître comme un prédateur s’apprêtant à sauter sur sa proie. Ses traits se tordirent brièvement en une grimace découvrant ses dents pointues. Mais il ne conserva cette attitude agressive que quelques secondes avant de reprendre une posture humaine ainsi que ce visage à la fois impénétrable et aux aguets qu’il arborait le plus souvent.

La question de l’ange suscita un nouveau changement dans l’expression faciale de son interlocuteur. Ses sourcils se froncèrent, mais Dieter ne put déterminer s’il s’agissait de colère ou d’incompréhension. En tout cas, ce n’était pas des plus rassurant… L’immobilité de Will permit toutefois aux ailes de l’ange de diminuer lentement de volume, même si ses plumes restaient assez ébouriffées – la tension était toujours palpable entre eux.

Après un temps où le vampire resta figé, le regard fixé sur l’ange tandis que les yeux de ce dernier faisaient un aller-retour fréquent entre le visage et le corps de son potentiel agresseur, prêt à réagir à la moindre alerte, Will haussa les épaules. Uh… Cette réponse uniquement corporelle n'était pas super claire. Il ne savait pas ce qu’il voulait ?

« Pourquoi t’es là ? » demanda finalement Will, indéchiffrable.

Dieter resta immobile quelques instants, complétement confus, tandis qu’il parcourait le visage de Will en essayant d’y lire une information supplémentaire, évidemment en vain. Euh… Quelle était la raison de cette question ? Y avait-il un sens caché ? Est-ce que Will considérait que l’étage des vampires était, ben, seulement pour les vampires ? Que les anges n’avaient pas le droit de se mêler à la population des buveurs de sang ? Que s’ils le faisaient, c’était à leurs risques et périls ? Lui reprochait-il d’empiéter sur son territoire ?

« Parce que c’est plus calme ici qu’au-dessus ? » dit-il d'un ton franc, fronçant un sourcil interrogateur. Il tourna en même temps la tête pour embrasser du regard les alentours, croisant celui d’un vampire qui avait levé le nez de ce qu’il faisait. Instinctivement, Dieter eut un petit sourire poli et rassurant, le reconnaissant pour l’avoir croisé à la cantine. Genre, bonjour-tout-va-très-bien-haha. Il reporta ensuite son attention sur son interlocuteur. Ses plumes se dégonflèrent un peu plus, et, comme Will n’avait pas bougé depuis un bon moment et ne manifestait plus d’agressivité, il laissa ses bras redescendre dans une position un peu plus naturelle.

« Je voulais juste m’asseoir dans votre salon pour lire », poursuivit-il, s’excusant presque, parce qu'il n'était toujours pas certain de ce que son compatriote allemand avait voulu lui dire.

Il ne comprenait toujours pas pourquoi le vampire avait agi comme il l’avait fait. Ça ne collait pas avec l’idée qu’il se faisait de ce Catien. Il l'avait imaginé plusieurs fois lui sautant à la gorge peu après leur seconde rencontre, ça oui, mais pas avancer une main comme ça, de manière incongrue. D’ailleurs, en repassant la scène dans sa tête, il semblait de plus en plus évident que son geste n’avait rien eu de violent intrinsèquement ; l’ange devait avoir réagi de manière excessive.

« Tu voulais me demander quelque chose ? » demanda-t-il d'un ton le plus courtois possible, jetant un coup d’œil au livre qu’il tenait entre ses mains. Peut-être avait-il simplement voulu voir quel ouvrage il lisait, en fait ? Okay, l’explication semblait saugrenue s’agissant de ce buveur de sang qui, d’après ce qu’il en avait vu l’autre fois à la cantine, aurait été un très bon personnage de livre d’horreur, surgissant, ensanglanté, auprès de sa future victime. Il se l’imaginait bien, dans une forêt sombre, à la poursuite d’une proie haletante et terrorisée, qui n'avait aucune chance…

Enfin, quand on comparaît avec la dernière fois, il avait l’air bien plus avenant. Valait peut-être mieux que Dieter arrête de se faire des films.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Sam 11 Mar - 1:56

« Parce que c’est plus calme ici qu’au-dessus ? »

C’était là une justification que Will était tout à fait à même de comprendre. La CAT était un endroit désagréablement dynamique, rendant impossible toute tentative de s’imaginer autre part qu’enfermé dans le ventre de la Terre avec beaucoup trop d’autres individus. D’ailleurs, lors de son arrivée, il avait fallu au vampire plus de deux jours avant de trouver le sommeil, dans sa chambre dont il avait barricadé la porte au cas où.

Depuis le temps, il était presque parvenu à s’y habitué. Il avait également pu explorer la base, fouillant tout particulièrement le succédané d’extérieur construit au deuxième sous-sol, dans l’espoir de trouver un oasis de tranquillité, mais rien n’était tout à fait parfait. À vrai dire, même lorsqu’il vivait au-dehors, il avait toujours eu à faire des concessions à ce niveau. Sauf peut-être en Sibérie, où il avait vécu un temps et où, à certains endroits, il n’y avait vraiment que le froid comme stimulus pour vous rappelez que vous n’étiez pas mort.

Néanmoins, outre les bruits, les lumières et les odeurs, c’était surtout la proximité des gens qui horripilait Will. La forêt des Elfes lui offrait, parfois, un baume lorsque cela devenait trop insupportable. Ce n’était pas une panacée, mais c’était mieux qu’à peu près tous les autres espaces de la base, suffisant pour le calmer. Il songea que Dieter aimerait peut-être le savoir, mais, d’un autre côté, le vampire n’avait pas envie de partager cette information ; cela risquerait de compromettre son simili refuge.


« Je voulais juste m’asseoir dans votre salon pour lire »

Chaque salon n’était évidemment pas réservé à la race près de laquelle il était situé, mais, justement parce qu’il y en avait un à chaque étage, il était inutile d’aller plus loin que nécessaire pour s’installer et lire, surtout seul. Voir un non-vampire au cinquième sous-sol n’était pas un phénomène extraordinairement rare, sauf que Will les avait toujours vu accompagnés. Il ne restait pas là ‘‘juste comme ça’’. Distraitement, il se demanda à quel point le calme pouvait faire défaut aux autres étages.

Il porta un peu accidentellement son attention un instant sur le-vampire-qui-ne-lisait-plus, se sentant épié. Leur regard se croisèrent, puis s’évitèrent aussi soudainement et Will se reconcentra sur Dieter, certain que l’autre vampire en faisait de même.


« Tu voulais me demander quelque chose ? »

À son habitude, Will accueillit cette question avec perplexité. Il remarqua que l’ange semblait s’être détendu, puisqu’il ne se cachait plus derrière son livre. Était-il, à nouveau, entré dans ce mode servile et affable qu’il avait eu, un an auparavant, dans les cuisines ? Will, la tête légèrement inclinée alors qu’il détaillait le visage de son interlocuteur comme s’il avait été en mesure d’y lire une explication, ne comprenait pas pourquoi Dieter était gentil.

« Non. », répondit-il.

Cette idée était un peu ridicule. Qu’aurait-il bien pu lui demander ? Et pourquoi aurait-il eu quelque chose à lui demander spécifiquement à cet instant ? Vraisemblablement, Dieter lui prêtait des intentions fausses ou cherchait à lui en imposer. C’était pourtant lui qui avait initié l’échange verbal (Dieu seul sait pourquoi) et Will n’avait fait qu’y répondre.

Par contre, peut-être guidé par la question, son esprit mena son regard encore une fois sur les grandes ailes de l’ange. De moins en moins augustes au fur et à mesure que l’ange se détendait, elles n’en demeuraient pas moins majestueuses.


« Tu vas partir ? », ajouta-t-il, sans que son ton de voix ne laisse transparaître s’il espérait une réponse affirmative ou non et sans que son regard ne revienne scruter les traits de l’autre Allemand. De toute façon, il ne comprenait pas ses expressions faciales.

Puisque l’interprétation n’était définitivement pas un outil que Will savait utiliser, il accordait une attention toute particulière aux paroles que les gens formulaient. C’était la seule chose qui avait un sens établi, logique et facile, qu’il était donc en mesure de se remémorer. Précédemment, l’ange avait utilisé le passé pour s’expliquer. Il ‘‘voulait’’ rester, avait-t-il dit. Il était donc cohérent de croire que son intention avait changée.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Sam 11 Mar - 20:09

La question de Dieter sembla susciter une perplexité pour une fois assez lisible sur les traits de Will, qui pencha la tête de côté, observant avec attention la figure de l’être ailé. Le petit ange, en le voyant, se remémora soudainement le berger allemand de voisins, dans son bourg natal, qui inclinait d’une manière similaire la tête, l’air interrogateur, en le fixant de ses grands yeux noirs lorsque le jeune garçon venait jouer avec lui en compagnie de Tomi. C’était mignon, cette attitude, sur la bouille du grand chien. Ça l’était moins, sur le visage pâle et vampirique de Will, avec ses deux yeux clairs et perçants qui le suivaient, vigilants et inquiétants. En fait, la ressemblance était vraiment très lointaine.

« Non », répondit finalement le vampire, stoppant net les réminiscences du passé de Dieter. Okay… Le mystère restait entier. Dieter ne comprendrait jamais ce que lui avait voulu Will en tendant comme ça sa main vers lui.

Comme toujours, les paroles qui sortaient de sa bouche paraissaient franches, brutes, sans artifice… honnêtes. L’étaient-elles vraiment ? Mais en tout cas, elles ne permettaient nullement de comprendre ce qui se passait dans sa tête. C’était frustrant, se rendit compte l’ange. Il aurait aimé savoir ce qu’il pensait. Certes, c’était en partie parce que ça aurait été très utile, s’agissant de ce prédateur, de savoir s’il s’apprêtait à lui sauter dessus et planter ses crocs dans sa gorge. Mais si l’on faisait abstraction de ces simples considérations liées à la survie, les réactions inhabituelles du vampire en faisait un sujet d’observation captivant, intéressant. Dieter aimait bien observer le comportement des gens, en général.

« Tu vas partir ? » continua le potentiel sujet d’observation.

Dieter fronça les sourcils avant de prendre un visage totalement impassible, à l’image de celui qui lui faisait face. Ça voulait dire quoi, ça, encore ? Cela faisait deux phrases du même genre que lui servaient le vampire. Deux.
« Pourquoi t’es là ? » « Tu vas partir ? » Uh. Était-ce une manière implicite de lui dire "casse-toi" ? Était-il en train de lui dire que ça le saoulait qu’il pose son fessier angélique sur l’un des fauteuils du salon ? Encore une fois, la présumée franchise de Will ne permettait pas de saisir le sens qu’il voulait donner à ses paroles.

« Non », dit le petit Allemand d’un ton plus calme qu’il ne l’était en réalité. Un soupçon de bravade transparut toutefois dans cette monosyllabe. Il n’appréciait pas vraiment que quelqu'un qu’il connaissait à peine lui enjoigne de vider les lieux, même de manière plus ou moins détournée, alors que cette même personne n'avait de toute évidence aucune raison ni autorité pour le faire. Il se sentait un peu blessé.

Il avait le droit d’être ici, quand même. Bien sûr, Dieter étant Dieter, il n’aimait pas l’idée qu’il était en train de déranger quelqu'un par sa présence, mais il ne fallait pas exagérer. Il avait simplement voulu trouver un coin tranquille, c’était tout. La question de Will, et sa demande implicite – s’il l’avait bien interprétée – de déguerpir, étaient clairement injustifiées, et une pointe d’agacement se fit jour en lui. Il la réfréna efficacement, comme il savait si bien le faire, et fit de son mieux pour n'en rien laisser transparaître dans son attitude. De toute façon, elle n’était pas suffisante pour écraser les autres sentiments qu’il ressentait. Le vampire restait intimidant avant tout.

« Pourquoi ? Tu veux que je m’en aille ? » Sa voix était désormais parfaitement maîtrisée, se calquant sur celle, impénétrable, de l’autre Allemand. Sa main droite se crispa sur la tranche de son livre, et un sourire poli mais froid apparut sur son visage. Ses ailes se mirent à osciller légèrement d’avant en arrière, sans qu’il en prenne réellement conscience, marque de sa contrariété.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Mar 14 Mar - 22:45

Le visage de l’ange se ferma suite à la question du vampire, ce que ce dernier nota sans vraiment en comprendre la cause, la signification et les possibles implications. Il remarqua le nouveau stoïcisme du faciès de Dieter tout comme il repéra la mèche de cheveux châtains qui s’échappa de derrière son oreille ou la diminution significative du nombre de mouvements de ses iris gris : comme un fait neutre et anodin. Pourtant, quelqu’un un tant soit peu plus empathique que Will – qui ne l’était aucunement – n’aurait pas manqué de remarquer la tension qui n’était pas loin de parvenir à refroidir l’air de la pièce à elle toute seule.

Will l’ignorait, mais, quelque part, il était chanceux. En effet, il était encore tôt et peu de spectateurs assistaient donc à cet échange entre Dieter et lui – encore moins si on ne prenait pas en compte ceux qui s’en fichaient. S’ils avaient été le soir, nul doute qu’un vampire se serait depuis longtemps interposé pour prendre la défense de l’ange. Car même si les intentions de Will n’étaient pas belliqueuses, le seul fait que l’ange montre des signes de malaise aurait suffit à condamner les actions du jeune homme blond aux yeux de ses pairs et à nécessiter un rappel à l’ordre. Les vampires étaient peut-être des créatures globalement asociales, ceux de la CAT n’en demeuraient pas moins prompt à corriger les écarts de conduite des plus jeunes, susceptibles de menacer la paix établie au sein de la base. Ils étaient, après tout, eux aussi des Catiens.


« Pourquoi ? Tu veux que je m’en aille ? »

L’ange souriait à nouveau et Will se demanda donc pendant une ou deux secondes s’il s’agissait d’une blague. Devait-il sourire, lui aussi ? Incertain, il choisit de ne pas se lancer dans cette voie hasardeuse et de plutôt se contenter de répondre logiquement à la question.

Le fait est qu’il ne pouvait se contenter d’un oui ou d’un non, ces options binaires n’offrant ni une ni l’autre une vérité entière. Il ne pouvait pas nier que le départ de l’ange le soulagerait d’un poids. Dieter était responsable de cette conversation dont Will n’avait pas voulue et de laquelle il était maintenant presque prisonnier alors que, jusqu’à maintenant, à quelques très brèves et rares exceptions, il n’avait jamais interagit avec les autres Catiens, se contentant de les observer à une distance confortable. D’un autre côté, la présence de l’ange n’en était qu’une de plus. Au point où il en était... Si elle lui avait vraiment été insupportable, il aurait été celui qui aurait quitté les lieux. Il ne se serait pas battu pour quelques heures de plus dans un salon qui n’était, de toute façon, pas exempt d’autres individus dont il devait endurer la présence. Il était donc relativement indifférent au départ ou non de Dieter. Par contre, l’entièreté de sa vie à la CAT était un défi avoué qu’il avait choisi de tenter de relever. S’il devait apprendre à supporter une personne dans son espace personnel, aussi bien que ce soit Dieter. Il était trop tôt pour parler de familiarité ou d’estime, mais l’ange paraissait... plutôt tolérable. Il ne pouvait donc le chasser.

Conséquemment, la réponse que Will devait fournir à l’autre Allemand était complexe et il lui fallu un moment pour parvenir à la formuler, non pas parce qu’il n’arrivait pas à organiser ses idées, mais bien parce qu’il lui était difficile de leur attribuer un sens compréhensible pour autrui. Pendant les dernières décennies, il n’avait pas eu besoin d’objectiver sa pensée. Il ressentait et réagissait – il analysait les choses également –, mais il n’avait pas besoin de structurer ses instincts et ses sentiments par endophasie. Il les vivait, tout simplement, sans langage.

Malgré tout, il n’avait pas de mal avec le sens des mots (au moins dans sa langue maternelle). Il s’agissait de définitions, de significations objectives et factuelles, des choses facilement mémorisables et qu’il connaissait donc. Les mots avaient toutefois la détestable possibilité d’être assemblés en phrases, où ils prenaient alors un sens bien plus alambiqué et large. Suivant tout un tas de paramètres tels leur ordre et l’usage d’accentuations, un même ensemble de mots pouvait se prévaloir de presque une infinité de significations différentes. À l’écoute, Will considérait qu’il s’en tirait relativement bien. Cependant, parvenir à créer une phrase ex nihilo était une autre paire de manches. Un choix de réponses aurait été bienvenu.

Un léger souffle de vent vint caresser la joue de Will lorsque les ailes de l’ange remuèrent. Il se mordit la langue et avala sa salive avant de se lancer :


« Tu as demandé ce que je veux, déjà. »

Son ton était un peu incertain et il ressassa cette phrase mentalement une dizaine de fois après l’avoir dite avant de conclure que la syntaxe était acceptable. C’était assurément la phrase la plus longue qu’il formulait depuis les années 40. Il n’y avait que le dernier mot, ‘‘déjà’’, dont il n’était pas entièrement certain de l’emplacement choisi.

Il aurait aimé pointer l’ironie dans le fait que, puisque Dieter lui avait déjà demandé ce qu’il désirait et qu’il n’avait rien réclamé, il était inutile d’émettre des suppositions. S’il avait voulu quelque chose, son départ ou autre, il l’aurait dit, non ? Cependant, il abandonna l’idée de parvenir à une phrase avec cette pensée où se mêlaient conditionnel ou subjonctif – il ne savait trop lequel des deux.

Il était également curieux de savoir pourquoi Dieter avait entamé cette conversation, ce que l’ange ne lui avait toujours pas dit. Tiens, peut-être que, ça, c’était quelque chose qu’il voulait et qui n’était pas trop difficile à exprimer. Will inspira à nouveau.


« Tu m’as parlé. », souffla le vampire dans ce qui était plus une constatation qu’autre chose. C’était, d’ailleurs, peut-être trop imprécis. Il ajouta donc la question qui allait de soi :

« Pourquoi ? »

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Mar 21 Mar - 18:45

La légère contrariété de Dieter se mua lentement en malaise alors qu’il regardait Will et attendait, son petit sourire poli et froid plaqué sur le visage, que ce dernier lui réponde. Le silence entre eux se prolongeait, et l’ange en vint à souhaiter ne pas s’être irrité pour cette broutille, ne rien avoir dit et être simplement parti comme avait semblé le désirer le vampire. Ses deux mains se crispaient et décrispaient sur son livre. Uh… Il voulait disparaître. Tiens, il en était capable, en fait. Il était un ange, il était un passe-muraille. Enfin, il était aussi Dieter, et n’aurait pu se résoudre à faire quelque chose d’aussi grossier que de laisser quelqu'un en plan d'aussi brusque manière [Il n’était pas Ajartiel, lui =P], malgré le fait que cette personne semblait elle-même peu civile – et toujours potentiellement dangereuse.

« Tu as demandé ce que je veux, déjà », prononça finalement Will après un temps très long, faisant presque sursauter le petit Allemand qui ne s’y attendait presque plus.

Uh.

La phrase laissa de nouveau Dieter perplexe, et il se figea un peu plus. Il comprenait de moins en moins ce qui se passait dans le cerveau du vampire. Il ne répondait pas du tout à la question défiante de l’ange, et puis le sens de ses propos était obscur. Était-ce une constatation, comme semblait le suggérer le ton neutre ? Était-ce une critique ? Lui reprochait-il de se répéter ? Et que signifiait exactement ce "déjà" ? pourquoi à cet emplacement dans sa phrase ? Le jeune ange déployait pleinement en cet instant ses capacités hors du commun à la surinterprétation.

En tout cas, c’était effectivement vrai… Il lui avait déjà demandé ce qu’il voulait. Est-ce que ça l’agaçait, qu'il se soit répété sans le vouloir ? Peut-être que du point de vue du vampire, c’était lui qui aurait dû se sentir contrarié. Fallait-il qu'il s'excuse ?

Alors que Dieter réfléchissait à toute allure pour trouver quelque chose d’intelligent à dire, incertain s’il devait se hasarder à prendre la parole pour lui faire préciser sa pensée – au risque de l’irriter de nouveau –, l’autre Allemand brisa de nouveau le silence relatif du salon d’une voix très basse.

« Tu m’as parlé. »

Il lui avait parlé. Oui. Euh, c’était exact. Uh. Le sourire froid et poli de Dieter s’était transformé en celui qu’il offrait aux gens quand il n’avait pas compris ce qu’ils avaient dit mais que ça faisait deux fois qu’il leur faisait répéter et qu’il n’osait par conséquent pas leur demander de réitérer. Il se frotta le bout du nez dans un geste instinctif pour masquer son embarras.

« Pourquoi ? » ajouta encore Will.

Plusieurs secondes s’écoulèrent, durant lesquelles Dieter continua de regarder le vampire qui lui faisait face, dans l'expectative. Sa bouche ne souriait plus. Il jaugeait son interlocuteur, crispé.

Après un moment, il poussa un profond soupir, repoussant des deux mains (dont l'une tenait encore son bouquin entre deux doigts) ses cheveux vers l’arrière de son crâne et brisant le contact oculaire avec Will. Les mots simples, sans artifices, de Will, n’étaient pas quelque chose auquel l’ange était habitué. Depuis toujours, il était à chercher les sous-entendus, l’implicite, dans les propos de tout le monde, en particulier ceux qu’il connaissait mal. La plupart des gens semblaient toujours dire autre chose en sous-main. Les non-dits étaient parfois évidents, il suffisait d'analyser le ton, l'expression, les gestes, le contexte. Le problème était que Will avait une voix neutre, un visage bien peu mobile – hormis lorsqu'il montrait ses dents et qu'il était clair qu'il était irrité par quelque chose que l'ange aurait fait –, qu'il ne bougeait pas, et qu'ils n'avaient pas suffisamment parlé pour qu'on puisse remettre ses propos dans leur contexte ; il ne laissait donc pas beaucoup de prise à Dieter. L'ange était obligé de faire entière confiance aux seuls mots qu'il prononçait pour comprendre ce qu'il souhaitait transmettre. L'entendement du petit Allemand était ainsi mis à l'épreuve, puisque tout ce qu'il faisait naturellement, par habitude, était rendu inutile et impossible par le vampire.

Il y avait bien des gens avec qui cet examen instinctif était inutile pour Dieter. Lorsqu'il était suffisamment proche de quelqu'un, il s'en foutait, il disait ce qu'il pensait, ce qu'il ressentait, sans fard, et ses amis faisaient de même avec lui. Mais les personnes avec qui il atteignait un tel niveau d'intimité étaient rares ; à la CAT, même s'il s'était fait de très bons amis avec qui il pouvait discuter beaucoup de tout et n'importe quoi, aucun n'avait gagné sa confiance aveugle.

Peut-être que le mieux qu'il pouvait faire en cet instant précis, c'était de réagir face à Will comme il l'aurait fait s'il n'avait pas été perpétuellement à prendre des pincettes avec une personne qu'il ne connaissait pas. De dire les choses de la manière la plus simple possible, exactement comme il le ressentait. Parce qu'il ne savait de toute manière pas quoi dire de mieux, de toute façon. Il fallait qu'il fasse comme s'il parlait sans crainte, à quelqu'un dont il n'avait pas peur du jugement.
Comme si, parce que clairement, il y en avait des craintes à avoir, face à ce prédateur.

« Tu m’as surpris. Je ne m’attendais pas à te trouver derrière moi. J’ai cru que tu voulais me dire quelque chose. Donc, hmm, c'est pour ça que je t'ai parlé. Voilà. » Il s'exprima à voix basse d'un ton neutre, la mine circonspecte, les yeux scrutant le visage du vampire blond. Uh... Dire les choses de manière simple, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus facile pour lui. Ça l'angoissait, en fait.

« Tu me fais un peu peur, en fait », ajouta-t-il après quelques instants du même ton détaché, détournant le regard tandis que ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes. « Je ne comprends pas ce que tu penses. Tu ne parles pas beaucoup… » murmura-t-il à moitié pour lui-même, mais dans l’ambiance silencieuse du salon des vampires, les mots parvinrent probablement jusqu’à Will.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Sam 25 Mar - 2:30

La réaction de Dieter à la question de Will ne fut pas immédiate, mais elle fut certainement violente, car inattendue. Le vampire fut surpris du geste soudain de l’ange, qui s’empoigna la tête à deux mains. Par réflexe, il recula un pied et leva les mains, près à fuir ou attaquer, en fonction de l’évolution de la situation. Son regard fixé sur son interlocuteur, Will ne comprenait pas ce qui se passait, ce qu’il avait dit ou fait pour que Dieter réagisse si fortement. Lors de leurs précédentes rencontres, l’ange lui avait toujours paru calme, quelque peu rigide. Il n’avait jamais réagit de façon si... émotive ?

Heureusement, Will ne fut pas abandonné dans l’imprécis pendant trop longtemps et Dieter lui fournis une explication. Par contre, l’éclaircissement ne fut pas entièrement limpide et le vampire fronça les sourcils en essayant de comprendre pourquoi le fait d’être surpris par quelqu’un pouvait mener à une conversation avec cette même personne. Il ne voyait pas non plus pourquoi l’ange avait initié une discussion sur l’hypothèse qu’une discussion allait être amorcée... Si Will avait voulu lui parler, n’aurait-ce pas été à lui de faire le premier pas ? Il n’aurait pas eu besoin que Dieter enclenche le processus. Suivant la logique proposée par l’ange, fallait-il systématiquement débuter une conversation avec toutes les personnes que l’on croisait, dans l’hypothèse ou cela aurait été le souhait de la personne croisée ? Voilà qui semblait hautement pénible et inutile.


« Tu me fais un peu peur, en fait », avoua l’autre Allemand, le regard soudainement fuyant.

Will fut à la fois déconcerté par cette confession, car Dieter ne lui semblait pas terrorisé (l’une des seules teintes de la peur que le vampire était en mesure de reconnaître), et rassuré. Il lui apparaissait comme tout à fait logique et prévisible que l’ange ait peur. Après plus d’un an passé à la CAT, Will avait éventuellement réalisé que tous les vampires n’étaient pas comme lui et que plusieurs savaient très bien vivre en société, avec un penchant pour la misanthropie variable d’un individu à l’autre. Néanmoins, même en ne s’intéressant qu’aux plus sociables d’entre eux, l’ancien Allemand ne voyait pas comment une créature dotée d’un minimum d’instinct de survie aurait pu côtoyer un buveur de sang sans s’inquiéter un tant soit peu pour sa pérennité. Dieter, malgré ses affirmations précédentes – véridiques ou pas – concernant un ancien colocataire vampirique, était donc sain d’esprit.

Le reste de l’argumentaire de l’ange ne fut qu’un murmure, que Will, qui s’était un peu détendu, pu tout de même saisir sans encombre dans la quiétude des lieux. La première phrase, encore une fois, ne l’étonna pas outre mesure, puisqu’elle relevait de la logique la plus élémentaire. À moins qu’il n’eut été télépathe, il était évident qu’il ne pouvait comprendre la psyché d’un autre.

La seconde phrase était un constat tout à fait vrai. Il n’avait pas fallu longtemps à Will pour réaliser le nombre impressionnant d’échanges verbaux qui pouvaient avoir lieu entre les Catiens. Ce nombre déjà ridiculement trop élevé se voyait décuplé en dehors du salon des vampires. Il avait même observé que certaines personnes parlaient toute seule, comme si le fil de leurs pensées ne pouvait être cohérent que s’il était formulé à voix haute et qu’elles devaient conséquemment verbaliser tout ce qui leur passait par la tête.


« J’ai pas l’habitude de parler. », fut sa réponse, placide.

Le manque de pratique limitait effectivement ses talents d’orateur, basés maintenant majoritairement sur ce qu’il avait pu apprendre à épiant les autres vampires pendant les derniers mois, mais même s’il avait eu toutes les capacités pour pratiquer ce genre d’activité, il ne voyait pas la nécessité de parler s’il n’avait rien à dire. L’humour, entre autres, cette façon d’arranger et partager des phrases sans utilité, était un phénomène qu’il ne concevait absolument pas. Encore une fois, c’était peut-être quelque chose qui le distinguait des ‘‘gens normaux’’ et, même, de ses semblables.


« Tu penses que je suis... aberrant ? »

Dans son fauteuil, le-vampire-qui-ne-lisait-plus toussa avant de rapidement replonger le nez dans le bouquin qu’il avait depuis trop longtemps ignoré pour cacher un sourire moqueur. Will ne s’en rendit pas tellement compte, n’étant pas suffisamment intéressé par la chose pour noter que les vampires n’ont pas besoin de respirer et, conséquemment, de tousser. Son attention n’était que pour Dieter.

Ce n’était pas une allégation, mais une question honnête, ce qui transparaissait probablement dans le ton posé de sa voix. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’était nullement motivé par un besoin émotif de voir l’affirmation être démentie ou confirmée. L’appréciation que pouvait avoir Dieter de tout ce qui caractérisait Will laissait ce dernier indifférent. Il était plutôt intellectuellement intéressé à comparer ses constatations avec celles d’un autre observateur. Il avait d’ailleurs choisi avec soin l’adjectif à utiliser.

En acceptant de demeurer à la CAT, malgré l’impression bizarre que lui avait laissée monsieur Anderson qui était à l’opposé de tous ses aprioris, il aurait cru que plus de vampires lui ressembleraient. Finalement, lorsqu’il s’était risqué à quitter sa chambre pour découvrir son nouvel environnement, il les avait trouvé étrangement... humains. Bien sûr, il savait aisément distinguer les vivants des mort-vivants. Néanmoins, s’il avait conscience de s’être rapproché de son côté prédateur au point de ressembler à un animal, il avait également pu constater que ce n’était pas le cas des autres vampires. Pas ceux qu’il avait vu, du moins (soit plus d’une centaine, déjà).

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Ven 31 Mar - 20:43

Dieter laissa sa voix mourir et se tut, immobile, les yeux fixés sur les pieds d’un fauteuil derrière Will à attendre que ce dernier réagisse.

« J’ai pas l’habitude de parler. » dit l’autre Allemand de sa voix neutre, calme, incitant Dieter à relever la tête. Oh. Était-ce parce qu’il était ostracisé, personne n’ayant envie de discuter avec lui ? Était-ce parce qu’il n’aimait pas faire la conversation ? Le petit ange était peut-être en train de l’entraîner dans quelque chose qu’il détestait ? Il détourna de nouveau le regard, se grattant l’épaule, incertain de la répartie à offrir à Will. Encore une fois, il se demanda s’il fallait qu’il s’excuse… Il avait vraiment du mal à se comporter de manière naturelle devant le vampire.

« Tu trouves que je suis… aberrant ? »

Dieter releva de nouveau la tête vers Will, plus que surpris par sa question. Il cligna des yeux plusieurs fois en regardant ce visage qui ne laissait transparaître aucune émotion autre que de l’attention, et une certaine curiosité. L’examen entrepris par l’ange fut un instant interrompu par une légère toux, incongrue dans ce repère de morts-vivants. Son regard croisa une fraction de seconde celui d’un vampire qui semblait essayer de cacher un sourire en coin, et qui retourna subitement à son livre. Une part de l’esprit de l’ange se dit qu’il n’était pas le seul à trouver les mots de Will incongrus ; lui-même avait en revanche un peu de mal à trouver ça comique, par contre. Une autre part se dit plus anecdotiquement qu’il venait de découvrir la présence d’un autre germanophone parmi la gent vampirique. Cette dernière considération n’étant pas des plus importantes en cet instant, il reporta son attention sur Will, toujours interloqué.

Il ouvrit la bouche une première fois, mais se rendit compte que la question était difficile, et qu’il s’apprêtait à simplement répondre par la négative de manière polie, réaction la plus naturelle pour lui, mais ce qu’il aurait dit aurait en partie été un mensonge bien intentionné. L’attitude de Will l’incitait à répondre de manière plus approfondie et plus sincère ; il semblait sincèrement curieux de ce qu’allait lui répondre l’ange, sans avoir l’air d’appréhender une réponse affirmative. Prenant le temps de la réflexion, tout comme Will le faisait systématiquement, il l’observa attentivement, le jaugeant, laissant ses yeux divaguer de sa tête à ses pieds.

« Je ne sais pas », dit-il d’un ton prudent après un long moment, passant une main dans ses cheveux et frottant l'endroit qui le picotait légèrement, son énergie étant mobilisée sur une éraflure qu'il s'était faite quelques minutes auparavant avec le coin de son bouquin [Huhu]. Ce n’était clairement pas une réponse suffisante, et son interlocuteur devait attendre qu’il développe quand même un peu… Ça avait le mérite d’être vrai, à défaut d’être satisfaisant. « Tu es… étrange, oui. » Il laissa passer quelques secondes, toujours incertain. Est-ce qu’il ne risquait pas de trop en dire ? Est-ce que le vampire n’allait pas s’énerver violemment, malgré le fait qu’il semblait très calme présentement, parce qu'il aurait l'impression que Dieter le critiquait ? Mais à l’inverse, est-ce que ça ne l’agacerait pas que la réponse qu’il lui prodigue soit si brève ? Ses ailes bougeaient insensiblement et inconsciemment pour se placer de part et d'autre de son corps, comme un cocon protecteur.

« Aberrant… Je ne te connais pas assez pour en juger ? » poursuivit-il, avec une interrogation dans la voix, ses doigts frottant lentement le coin de son livre avec un ssshhh régulier. Le mot était quand même un peu fort…

« En tout cas, oui, tu me fais un peu peur et tout ça, je t’ai dit », continua-t-il rapidement, « mais je ne pense pas que tu sois vraiment… aberrant. Y a des gens à la CAT qui ont des réactions auxquelles je m’attends pas, qui ne me semblent pas logiques, mais… » Il n’arrivait pas à savoir ce qu’il devait lui dire. « Enfin, je veux dire… Il y a des gens aussi, à l’étage des anges, qui ne parlent pas beaucoup, par exemple. Tu n’es pas le seul. » Il fit un essai de sourire, ou plutôt une moue qui se voulait rassurante mais n'était probablement pas convaincante, parce que lui-même n'était pas tranquille. « Enfin c'est vrai qu'ils sont moins dangereux... Enfin, euh, je veux dire – on a la chance de pas avoir à se nourrir... » Dieter espéra qu'il n'était pas en train de commettre une indélicatesse.

« Pourquoi tu poses cette question ? Quelqu’un t’a dit que tu l’étais ? » Si c’était le cas, il ne pouvait que compatir avec lui. Ça devait faire mal. Lui avait entendu beaucoup de vacheries de ce genre jusque sept années auparavant environ.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Jeu 6 Avr - 0:09

La question de Will, comme toutes les phrases qu’il formulait, était simple. Cependant, la réponse de Dieter ne semblait pas l’être, car elle mit un moment à venir. L’attente ne gêna pas Will, qui se contenta de rester là, sans bouger, essayant en vain de déchiffrer ce que les expressions faciales de l’ange pouvaient signifier.

Son interlocuteur l’observa de haut en bas alors qu’il réfléchissait, ce qui intrigua le vampire. Il n’avait pas considéré qu’il pût être physiquement anormal, en plus de l’être sur le plan comportemental. Il croyait pourtant ressembler à n’importe quel mort-vivant. Peut-être était-ce les vêtements ? Will avait enfilé ce jour-là un pantalon cargo kaki foncé, un t-shirt noir et une veste usée gris anthracite qu’il portait presque tout le temps. S’habillant par nécessité et non par envie ludique, il n’avait pas vraiment de goûts vestimentaires et aucune connaissance sur la mode, mais cela semblait être un sujet de préoccupation pour plusieurs personnes. Peut-être était-ce le cas de Dieter. Peut-être devait-il également prendre en compte ce critère dans son analyse.


« Je ne sais pas », énonça finalement l’ange, laissant le vampire légèrement déçu. Ne venait-il pas de réfléchir à la question ? Pourquoi ne savait-il toujours pas ? Peut-être Dieter avait-il un sens de l’observation trop pauvre pour pouvoir juger de ce genre de chose... C’était dommage, car Will aurait aimé savoir si son interprétation était correcte.

Mais l’ange n’avait pas fini de parler. Il commença par confirmer ce que Will croyait, à savoir qu’il était aberrant, même si le mot choisi n’était pas exactement le même. ‘‘Étrange’’ impliquait que son anormalité attirait l’attention, chose que Will n’avait pas envisagée. Il lui avait plutôt semblé réussir à passer inaperçu. Dieter tempéra ensuite l’usage du mot ‘‘aberrant’’, comme si cela avait une connotation plus négative que d’être ‘‘juste étrange’’.

Aux yeux de Will, être aberrant n’était pas péjoratif. C’était, tout au plus, un état de fait. Il était persuadé que sa façon de vivre, en dehors des murs de la base, était la bonne et que la majorité des vampires catiens n’auraient pas survécu à sa place. Néanmoins, dans le contexte de la CAT, force était d’admettre que c’était lui qui détonnait et qui, conséquemment, était aberrant. Il se souvenait avoir déjà vu une citation qui résumait cette idée : ‘‘Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit’’. Dans la nature, il était un vampire, mais à la CAT, il n’était pas réellement un Catien...

Dieter poursuivit par une explication décousue que Will eut du mal à suivre. Encore heureux, elle était formulée dans sa langue natale et il arriva donc à bien comprendre les phrases d’un point de vue littéraire, à défaut de voir le sens que l’ange cherchait à leur donner. Will avait tendance à réfléchir chacune de ses paroles, choisissant avec soin ce qui devait être dit et comment le dire. Dieter semblait faire l’inverse, débitant l’ensemble de son processus cognitif, laissant le soin à son interlocuteur de définir quelle était l’information utile, si information utile il y avait.

Les sourcils froncés, le vampire cherchait encore à savoir si ce monologue tendait vers un ‘‘oui’’ ou un ‘‘non’’ en réponse à sa question, quand Dieter coupa court à son analyse en l’interrogeant. La première question ayant été tout de suite éclipsée par la seconde, Will répondit d’abord à cette dernière avant de fournir l’explication qui allait avec la première :


« Non. C’est ce que je pense. »

Une pensée qui, par ailleurs, le laissait passablement indifférent. Quelle raison aurait-il eu de s’émouvoir d’un tel constat ? Être le mouton noir du troupeau n’était ni bon, ni mauvais. Ce n’était qu’une question de point de vue quant à la nécessité de tendre vers l’uniformité ou non. Personne ne lui avait mentionné que la communauté vampirique de la CAT se devait d’être homogène ou, au contraire, si l’hétérogénéité était recherchée. Conséquemment, il n’avait pas à être inquiet.

Quelques instants auparavant, les ailes de Dieter avaient bougé, venant couvrir ses épaules de leurs grandes plumes blanchâtres, et l’attention de Will y avait de nouveau été attiré. Maintenant qu’il n’était plus concentré à essayer de suivre le soliloque de l’ange, son regard délaissa le faciès de son interlocuteur et se laissa entrainer vers le majestueux plumage. Il se demanda de quoi avait l’air un ange en vol. Lui-même avait un jour souhaité voler, quand il était encore en vie, mais dans un cockpit, pas comme un oiseau...

Errant d’une pensée à l’autre, Will jugea utile de corriger davantage l’hypothèse erronée de l’ange, mais c’est donc sans le regarder directement qu’il compléta, nonchalamment et après un bref silence :


« Personne ne me parle. Sauf toi. »

Il avait ajouté les deux derniers mots après une légère hésitation, n’arrivant pas à déterminer si c’était quelque chose qu’il appréciait. Il était évident qu’en acceptant de vivre à la CAT, Will s’attendait à se voir forcer de vivre de nombreuses interactions sociales. Il était d’ailleurs étonnant qu’il n’en ait pas subi plus. Peut-être faisait-il peur aux autres gens (moins courageux) que Dieter ? Quoiqu’il en soit, personne jusque là ne l’avait abordé sans y être obligé. Sauf Dieter. L’ange lui offrait donc un défi, ce qui était intéressant. D’un autre côté, Will n’aurait pas été mécontent de s’en passer et de continuer à vivre sa vie selon ses vieilles – mais confortables – habitudes antisociales.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Dim 9 Avr - 15:00

« Non. C’est ce que je pense. »

Ah. Si Will avait selon ses propres dires cette opinion de lui-même… ça pouvait être vu comme une preuve de lucidité. Ou bien être un peu attristant, au choix. Mais l'intéressé avait l’air de s’en foutre, donc bon. Bien qu'il soit toujours difficile de comprendre ses expressions - ou plutôt son absence d'expression...

« Personne ne me parle », dit-il, ses yeux évitant ceux de l'ange. « Sauf toi », ajouta-t-il avec une brève hésitation.

« Oh », fit Dieter d'une voix inexpressive, interrompant le mouvement régulier de son pouce sur le coin de son livre. « Ah bon. »

Will était un vampire, et un vampire particulièrement flippant, avec des manières incompréhensibles, animales, sauvages. Il lui avait bousillé une soirée voilà un an en dégueulassant la cuisine et lui rajoutant du boulot. Il lui avait donné l'impression qu'il allait le bouffer plusieurs fois. Ce jour-là encore une fois, il avait un instant cru qu'il voulait l'agresser.

Mais curieusement, malgré ces mauvaises impressions qu’il lui avait laissé, il se sentit plutôt flatté par cette confidence de Will. Il ressentait une vague fierté à se dire qu'il était la seule personne qui lui avait parlé. Et à qui il avait parlé, du même coup.

En tout cas, si Dieter était réellement le seul Catien à avoir réussi à parler avec l'Allemand blond, cela éclairait beaucoup l'ange sur sa manière étrange de s'exprimer. Il n'avait juste pas l'habitude, pensa Dieter en se frottant le nez, dans un tic destiné à masquer l'embarras qu'il ressentait.

C'était assez triste, par contre. Si le peu qu'ils avaient discuté tous les deux était si notable, si étonnant apparemment pour le vampire, ça voulait dire que ça ne lui arrivait jamais, au grand jamais d'avoir la moindre conversation... En plus d'un an qu'il devait être à la CAT, Dieter était vraiment le seul à avoir dialogué avec lui ? Ça paraissait complétement ahurissant. À la cantine, il n'avait plus eu affaire à lui personnellement, mais lorsque le buveur de sang y allait, il devait forcément avoir un minimum d'interaction avec d'autres gens, non ? Remarque, les poches de sang étaient en libre-service, donc il pouvait facilement éviter les conversations... Mais quand même, il n'y avait pas que la cantine à la CAT. Il devait bien être forcé de converser à un moment ou un autre. Vu le comportement de Will, le fait que personne n'ait envie de lui parler s'expliquait facilement, en même temps...

Dieter appréciait le silence, le fait de ne pas avoir à socialiser, de pouvoir rester dans son coin à s'occuper de ses affaires. Les gens étaient parfois fatigants mais ne parler à personne, que ce soit de sujets importants ou de futilités, ça ne lui semblait pas vivable. Un minimum d'interaction sociale lui était personnellement nécessaire pour sa santé mentale. Il savait que ce n'était pas le cas de tout le monde.

Comme Dieter l'avait dit précédemment, il y avait d'autres gens à la CAT qui avaient des difficultés à s'exprimer et parlaient assez peu. Le petit Allemand lui-même, bien que sa timidité se soit en partie résorbée – surtout après ces quelques années (déjà !) à la CAT – n'était pas du genre à initier les conversations sans raison précise, et il avait la lucidité de se dire qu'il n'avait pas les capacités relationnelles du chef des Anges. Il laissait aux autres le soin de briser la glace. Cependant, dans le cas présent, ce n'était clairement pas le vampire qui allait diriger la conversation ; bien que du point de vue de l’ange, curieusement, ce n’était pas Dieter qui avait initié cette dernière, mais bien Will, en apparaissant dans son dos sans crier gare.

Le petit ange se rendit compte que les yeux de Will semblaient éviter son visage, son regard apparemment fixé sur l'une de ses ailes. D'instinct, il vérifia qu'il n'y avait rien dessus et passa une main dedans pour lisser une plume ébouriffée, avant de reporter son attention vers le buveur de sang.

« Comment tu occupes tes journées, alors ? » demanda-t-il d'une voix timide, le visage curieux et intéressé, inclinant légèrement la tête comme Will l'avait fait quelques instants plus tôt.

La question tombait peut-être comme un cheveu sur la soupe... Mais Dieter se la posait sincèrement. Comment s'y prenait-il pour ne converser avec personne ?

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Dim 16 Avr - 1:27

Les ailes de Dieter n’étaient pas d’un blanc parfait, contrairement aux représentations artistiques des anges que Will se souvenait avoir vu, jadis. Lorsqu’il avait appris que ces êtres supposés célestes existaient réellement, au moment de son arrivée à la CAT, l’image qui lui était venue était celle d’une toile accrochée dans l’église de son quartier, quand il était jeune. L’artiste avait peint un ange Gabriel aux ailes si éclatantes qu’elles se confondaient presque avec les cumulus clairs du paysage. C’était une façon de les imaginer sensée, si on les considérait comme des êtres forgés dans la lumière de Dieu. Quoiqu’il en soit, la réalité en était relativement loin.

Pour commencer, les anges n’étaient pas aussi divins que ce qu’on lui avait dit, quand il était enfant. Lorsqu’ils n’affichaient pas leurs ailes, plusieurs d’entre eux pouvaient facilement être confondu avec des humains tout à fait normaux, physiquement, mais aussi par rapport à leurs comportements. À n’en point douter, plusieurs représentants du clergé auraient été choqués du côté si terre-à-terre des vrais anges. Ensuite, il était évident que ces anges n’avaient rien de plus parfait que l’humain moyen, alors que même leurs ailes n’étaient pas vraiment différentes de celles d’un gros oiseau. Celles de Dieter étaient teintées de gris, dans les rangés de plumes plus distales. C’était d’ailleurs plus apparent ainsi, alors qu’elles étaient presque complètement repliées dans son dos et que les rémiges se chevauchaient. Will n’était définitivement pas un expert de la question, mais il trouva que cette légère imperfection – si on la considérait comme telle – seyait à la stature frêle de l’ange devant lui, le rendant d’autant plus ‘‘humain’’.

Comme si Dieter avait deviné ce à quoi le vampire songeait, il déplia légèrement une aile pour y passer ses doigts, qui y glissèrent en révélant la douceur évidente des plumes qui la composaient.


« Comment tu occupes tes journées, alors ? »

L’attention de Will revient sur le propriétaire desdites ailes et son regard se porta sur le visage de l’ange. Sourcils froncés, il cligna des yeux à quelques reprises et dû se répéter mentalement la phrase qu’il avait entendue sans l’écouter pour en comprendre le sens. En même temps, il ne voyait pas comment discuter avec d’autres personnes aurait pu représenter la seule option valable pour ‘‘occuper ses journées’’, comme la question de Dieter semblait l’indiquer. Après tout, ce n’était, à ses yeux, même pas une option.

« Je les observe. J’écoute. J’apprends. » Il énonça la dernière phrase en anglais, en guise de démonstration, et balaya le salon du regard à la mention de ces sujets d’études.

Sur le grand tapis central, installés sur des fauteuils, le duo de jeunes femmes vampires qui discutaient à voix basse un peu plus tôt s’était dissout, l’une d’elle possiblement retournée à son dortoir. Ce n’était vraisemblablement pas pour aller dormir, malgré qu’il fut encore tôt pour des buveurs de sang, puisque ces deux amies cherchaient depuis quelques semaines à adopter un rythme de vie plus diurne. Aller se coucher maintenant aurait été velléitaire. D’ailleurs, à l’instant où Will se faisait cette réflexion, la vampire manquante émergea du dortoir des filles, sa tignasse d’un rouge éclatante d’artificialité gorgés de l’humidité d’une douche récente. Elle lui jeta un regard dédaigneux avant de rejoindre prestement sa camarade.

À l’opposé, près de la bibliothèque, un vampire à la chevelure poivre et sel était plongé dans sa lecture d’un bouquin qui devait faire, au minimum, cinq ou six kilos. Il l’avait posé sur ses genoux et ne semblait pas incommodé par le poids, puisqu’il était ainsi immobile depuis plusieurs heures, à l’exception de sa main gauche qui tournait sporadiquement les pages du recueil. Celui-là semblait avoir besoin de très peu de sommeil et Will le voyait la plupart du temps à ce même endroit, plongé dans ce même genre d’activité, peu importe le moment de la journée.

Pas très loin de lui, un homme qui devait avoir eu fin-vingtaine au moment de sa transformation était lui aussi en train de lire, mais un tout autre genre littéraire. Suivant des horaires qui n’avaient aucune logique, ce vampire flânait souvent au salon où il ne lisait que des bandes-dessinées japonaises, souriant fréquemment au cours de ses lectures, ce qui avait amené Will a déduire qu’il s’agissait de romans graphiques humoristiques.

Finalement, un peu plus près de Dieter et lui, il y avait le-vampire-qui-lisait-à-nouveau. Bien sûr, il y avait plus que ces cinq individus – six en comptait Will – qui fréquentaient le salon des vampires, mais ils faisaient partie des habitués dont l’ex-Allemand connaissait maintenant bien les comportements. La salle se verrait accueillir un peu plus de gens dans quelques heures.

Son attention revint sur l’ange qui, lui aussi, tenait un livre (donc Will ne parvint pas à voir grand chose mis-à-part le mot ‘‘Fellett’’, qu’il ne connaissait pas et qui ne le renseigna donc pas). Si ça n’avait été des ailes, il aurait presque pu se fondre dans le décor. Néanmoins, elles étaient là et c’est encore une fois vers elles que le regard du vampire fut attiré.


« Elles sont lourdes ? »

Au vu de leur taille, même en supposant que l’ossature était creuse comme celle des oiseaux, les deux grands appendices dorsaux devaient logiquement représenter une charge à porter. Pourtant, Dieter, qui n’était pas bien musclé, se mouvait sans être incommodé par leur présence. Aussi peut-être étaient-elle en fait éthérée, fantôme d’un apanage qui, contrairement à ses autres membres, n’avait jamais été fait de chair.

Will était curieux, mais il ne chercha pas une nouvelle fois à les toucher, se cantonnant à ce qu’il savait faire de mieux : observer à distance.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Dim 16 Avr - 20:07

Will fronça les sourcils à la question de Dieter, qui une nouvelle fois craignit d’avoir été trop hardi et curieux, avant de repérer quelques nuances sur son visage indiquant qu’il prenait simplement le temps de la réflexion, comme à l'accoutumée. Est-ce que l'être ailé devenait meilleur pour déchiffrer ses expressions ? Ou est-ce qu’il prenait ses espoirs pour une réalité ?

Finalement, une réponse vint de la part du vampire, confortant les impressions de l’ange.

« Je les observe », dit-il, embrassant le salon et ses occupants du regard. « J’écoute. J’apprends. »

Dieter fit un petit
« mmh » approbateur, accompagné d’un sourire. C’était des choses qu’il aimait bien faire, lui aussi.

Les tout premiers temps après sa transformation, il était surtout resté enfermé dans le petit appartement – un peu pourri, maintenant qu’il y repensait, mais il venait de passer les derniers mois au fond d’une tranchée à essayer de ne pas mourir (raté !
Game over, try again), donc ça avait été l’équivalent d’un hôtel cinq étoiles pour lui – que Jim louait à Heidelberg à un propriétaire peu regardant. Reclus dans le petit espace clôt, il avait fait exactement ça pendant quelques jours. Observer, écouter, apprendre. Plein d'objets lui avaient semblé étonnant, futuristes. Son nouvel ami parlait beaucoup, et Dieter avait pu mettre à jour son vocabulaire et son accent – Jim lui avait dit qu’il avait l’impression de parler à ‘un vieux papi du sud du Bade-Wurtemberg’ – et découvrir toutes les merveilles techniques du XXIe siècle. Après quelques jours, Jim avait été forcé de reprendre le travail (et d'autres occupations plus sanglantes dont Dieter n'avait alors pas eu connaissance), et le petit ange avait continué ses tâtonnements seul, dans le même espace, se plongeant dans les rares livres présents dans l'appartement ou manipulant tout simplement les objets les plus magiques, les tournant et les retournant sans oser les mettre en marche de peur de faire des bêtises, Jim revenant régulièrement, continuant de lui apprendre la vie et l'empêchant de ruminer sur les quelques choses et personnes qu'il avait perdues pour toujours. Quand il avait trouvé le courage de sortir, il avait fait la même chose dehors, avec d’autres personnes, et observé silencieusement les manières des gens, se tournant vers Jim pour avoir des précisions lorsque quelque chose lui paraissait proprement incompréhensible.

Il se fit la réflexion que Will n’était pas un ange tombé des nues, lui, et qu’il n’avait pas été contraint à un saut temporel impromptu. Il aurait dû avoir le temps de s’habituer, lui. Et puis, si Dieter aimait encore à ce jour contempler les comportements des gens, il n'en faisait pas une occupation à plein temps. C'était bizarre que le vampire ressente le besoin de mener ces observations attentives de ses propres congénères... Il avait dû mener une vie étrange, avant de venir à la CAT. Et ses propos confirmaient l’hypothèse de Dieter qu’il ne faisait pas grand-chose de ses journées, à part cette écoute, cette observation et cet apprentissage passifs.

Son
‘j’apprends’, exprimé en anglais, lui arracha aussi un sourire d’encouragement. C'était bien, s'il apprenait quelque chose. Dieter se dit que Will ferait vraisemblablement des progrès plus rapides s’il pratiquait aussi l’anglais plutôt que de se contenter d’écouter. Enfin, le principal était probablement qu'il aille à son rythme. A priori, il aurait l'éternité pour apprendre.

Les résidus de la peur provoquée par le buveur de sang se dissolvaient au fur et à mesure qu’il lui parlait. La petite fierté que lui avait prodigué le fait d'être le seul Catien à discuter avec l'Allemand blond lui avait un peu donné des ailes – okay, pas littéralement, parce qu'il en avait déjà deux et qu'une seconde paire d'ailes à plumes aurait d'ailleurs probablement rendu chaotique son vol ; il n'avait pas l'anatomie d'une libellule ni d'un papillon (ni d'une fée, d'ailleurs). Enfin, cette petite satisfaction l'avait un peu décoincé, si l'on voulait être un peu moins métaphorique et un peu plus exact.

« Elles sont lourdes ? »

« Mmh ? »

Dieter fut tiré de ses pensées par l’interrogation soudaine du vampire. Uh ? De quoi ? Il ne comprit pas immédiatement de quoi il était question et suivit le regard de Will, tournant la tête pour voir ce à quoi il faisait allusion.

« Oh, les ailes ? » fit-il avec un éclair de compréhension. « Pas tellement », répondit-il avec un petit rire, toujours à voix basse. « Je suppose que c’est une question d’habitude. Je veux dire, on se dit rarement qu’un de nos membres est lourd… C’est comme un bras ou une jambe, pour nous. » Il étendit ses appendices dorsaux sur ses flancs de manière à les avoir dans son champ de vision sans se tordre le cou, faisant jouer leurs muscles et articulations. « C’est vrai que les premiers temps, ça me paraissait un peu lourd, et puis surtout pas très pratique. » Il se remémora les premières minutes de sa renaissance, lorsqu'il s’était retrouvé empêtré dans les branchages en remuant anarchiquement les deux masses plumeuses de son dos au milieu de la forêt. « Au départ je n'avais pas l'impression que c'était une partie de moi-même. » Des deux doigts d'une main, il lissa de nouveau l'une de ses rémiges, dont les barbes s'étaient désolidarisées, contorsionnant son bras pour l'atteindre. « Mais maintenant, je ne sens plus trop leur poids. »

« En fait, c’est surtout depuis que je suis à la CAT que j’arrive à les utiliser », continua-t-il en retournant son visage vers Will, une expression presque radieuse, qu'il tenta automatiquement de cacher en se frottant le nez, comme chaque fois qu'il sentait ses émotions trop visibles sur son faciès. Apprendre à voler avait été l'une de ses plus grandes joies. « Avant, je ne pouvais pas vraiment les laisser sorties, ça aurait été… trop visible », poursuivit-il d'une voix où perçait un léger enthousiasme. C'était un de ses plaisirs, à la CAT, de pouvoir marcher tranquillement, les ailes à l'air libre, sans souci de discrétion. En fait, il les rentrait surtout lorsqu'elles s'avéraient gênantes, par exemple lorsqu'il travaillait, ou qu'il se retrouvait dans un lieu avec une densité de gens trop importante.

Il reposa les yeux sur son interlocuteur et rougit soudain, confus, tandis que ses ailes se repliaient de nouveau pour prendre le moins de place possible.

« Pardon, ça ne t’intéresse probablement pas… ? » dit-il sur un ton interrogatif et embarrassé, se frottant un bras, gêné de s'être montré aussi expansif (selon lui). C'était le vampire qui avait lancé le sujet, certes, mais il ne s'attendait probablement pas à une telle tirade. Ce n’était habituellement pas son genre, de parler autant. Si Dieter s'était largement détendu comparé au début de cette rencontre, c'était normal que le naturel revienne au galop. Culpabilité, anxiété, tout ça...

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Lun 12 Juin - 23:32

Le visage de Will ne s’anima d’aucune expression lors du monologue de son interlocuteur, se contentant de fixer l’objet du discours de l’ange. Dieter bougea éventuellement ses ailes pour soutenir son propos, permettant au vampire d’apprécier la fluidité avec laquelle les plumes glissaient les unes sur les autres. Il en remarqua une petite duveteuse qui sortait du rang sur l’aile de gauche et se demanda si l’ange l’avait perçue, mais ce dernier semblait trop plongé dans ses réflexions pour s’en soucier.

Dieter parlait beaucoup. Ce n’était pas la première fois que Will se faisait cette réflexion, bien que son seuil d’évaluation de ce qu’était un long discours était à n’en pas douter inférieur à la majorité des autres Catiens. Aussi aurait-il peut-être été plus juste de dire que Dieter parlait beaucoup, du point de vue de son interlocuteur vampirique. Un ‘‘non’’ aurait suffit, le vampire n’ayant pas réclamé un compte-rendu de l’historique angélique de Dieter. Il était curieux d’un point de vue pragmatique, définitivement pas socio-psychologique. D’ailleurs, le chasseur en lui classa inconsciemment cet apanage comme étant malheureusement un atout chez les anges, pas nécessairement un point faible.


« Avant, je ne pouvais pas vraiment les laisser sorties, ça aurait été… trop visible »

Cette phrase au milieu des autres retint l’attention de Will qui détourna son regard du fascinant plumage et chercha à se lier à celui enthousiaste de Dieter. Cette remarque était... surprenante ? Étrange, du moins.

Will n’avait jamais désiré cacher ce qu’il était, à l’exception peut-être des quelques premiers jours suivants sa transformation, avant qu’il prenne vraiment conscience du monstre qu’il était désormais. Passé ce court moment d’adaptation, il lui était devenu impensable d’essayer de prétendre être humain et il trouvait révulsant que Dieter s’y soit plié, comme le suggérait peut-être son commentaire. Il était magnifique. Il lui aurait suffit de relever le menton, carrer les épaules et déployer ses ailes pour imposer ce faste et s’afficher comme un leader. Will, en tout cas, lui aurait obéit.

Leurs regards se croisèrent finalement et l’ange se referma sur lui-même. Littéralement, en fait, puisque ses ailes se firent à nouveau discrètes et sa posture maladroite.


« Pardon, ça ne t’intéresse probablement pas… ? » Effectivement. Le ressenti émotif des gens lui était trop étranger pour qu’il s’y intéresse. C’était quelque chose de trop compliqué, d’abstrait.

Il ne répondit pas immédiatement à Dieter, incertain qu’il s’agisse réellement d’une question malgré l’intonation qui semblait interrogative sur la fin. Après tout, la structure de la phrase n’y correspondait pas. Puisque l’ange s’était tu, le silence s’installa, ce qui ne dérangeait évidemment pas Will. Néanmoins, il en déduisit après un temps conséquent, qu’il était supposé dire quelque chose. C’était comme ça que fonctionnaient les discussions, après tout : chaque personne devait répondre. Il avait d’ailleurs une question.

Son regard se perdit quelque part sur le sol alors qu’il cherchait comment formuler sa remarque, prolongeant le silence encore un peu. Il regardait encore par terre lorsqu’il fit finalement une tentative :


« Visible... c’est mal ..? » Il n’était pas certain lui-même de savoir si cette phrase avait été une question. C’était un peu irréfléchi sachant que toutes ses décennies de vampire avaient été dédiées à l’art d’être invisible. Mal ou pas, être visible était surtout risqué et, conséquemment, à éviter.

Il poursuivit un peu plus sûr de lui en reportant une fois de plus son regard sur le visage de l’ange :


« Est-ce que tu faisais semblant d’être humain ? »

Il n’avait jamais tenté d’imaginer ce que pouvait être la vie d’un ange en dehors de la CAT. Pourquoi se serait-il livré à cet exercice de réflexion ? Il doutait fortement d’avoir un jour à vivre ce genre d’expérience. Il pouvait néanmoins comprendre qu’il était aisé (ou du moins plus aisé que pour un vampire) pour un ange de paraître humain. Sans ses ailes, Dieter aurait pu être n’importe quel adolescent ordinaire.

Par contre, maintenant qu’il se penchait sur la question, Will n’était pas certain que la civilisation soit le meilleur endroit pour se cacher. S’il avait eu des ailes, il les aurait utilisées, il aurait été lui-même. Peut-être avait-il mal interprété. Peut-être Dieter parlait-il de visibilité au sens le plus basique de sa définition, de l’importance de ne pas être vu. Mais dans un monde de borgnes, doit-on se crever un oeil juste pour avoir la paix ? ‘‘C’est comme un bras ou une jambe, pour nous.’’ avait dit l’ange-qui-avait-vécu-comme-un-amputé. Will préférait de loin jouir de tous les atouts que la nature lui avait donnés. Il lui était arrivé à quelques reprises, dans les forêts où il vivait, d’être découvert. Il lui avait alors suffit de supprimer les témoins. Était-ce mal ? Si Dieter avait fait pareil, il n’aurait pas eu à cacher ses ailes. Il aurait été entier. La forêt offrait de toute façon un couvert suffisant pour que même un ange et ses ailes immenses puisse s’y terrer sans dommages collatéraux fréquents (d’autant plus qu’il n’avait pas à chasser pour se nourrir)... C’était une bien meilleure option.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Sam 24 Juin - 19:28

Uh. Comme à l’accoutumée, Will ne répondit pas sur le champ, laissant l’ange à son embarras, se malaxant le bras d’une main. En même temps, il n’y avait pas tellement à réagir, peut-être…Finalement, le vampire prit la parole.

« Visible… C’est mal ? »

Dieter releva la tête la tête et fronça légèrement les sourcils, surpris par la question.
« Est-ce que tu faisais semblant d’être humain ? »

Ses sourcils s’abaissèrent un peu plus tandis qu’une mimique d’incompréhension gagnait son visage.

« …Oui », répondit-il, chuchotant toujours pour ne pas déranger les autres personnes présentes. Il hésita, retournant les questions du vampire dans son cerveau. « Je ne vois pas comment j’aurais pu faire autrement, non ? »

En fait, il savait plus ou moins que certains anges n’avaient pas choisi cette voie et avaient vécu reclus, presque sans contact avec autrui jusqu’à leur capture par la CAT. Parmi ceux-ci, certains montraient d’ailleurs des séquelles psychologiques assez évidentes. Et puis, en fait, pour eux aussi, ça était revenu à se cacher, à ne pas être visible.

« C’est vrai que pour un ange », dit-il d’une voix perplexe en regardant le livre qu’il tenait dans ses mains comme si les réponses se trouvaient écrites sur sa couverture, « c’est peut-être plus facile que pour un vampire, parce qu'on n’a pas à se préoccuper de, euh, se nourrir… », poursuivit-il, réfléchissant au fur et à mesure qu’il parlait. « Donc on pourrait rester à l’écart de tout pour l’éternité, simplement en dormant régulièrement. » Il se gratta la tête. « Mais je ne vois pas l’intérêt, franchement », lâcha-t-il. Ça ne s’appelait pas vivre, ça. Exister, tout au plus. Dieter n'était pas un modèle de sociabilité, mais il n'aurait jamais envisagé de vivre entièrement coupé des hommes sur le long terme.

« Et puis », renchérit-il, « je n’ai pas tellement eu l’impression de "faire semblant d’être humain"… Je pense qu’après ma renaissance, je me sentais encore humain. Je me sentais… différent, oui. Mais plus parce que je venais d’un autre temps que parce que j’avais des ailes. »

Ce n’était pas entièrement vrai, en y repensant. Après sa renaissance, il avait eu du mal à comprendre et accepter sa nouvelle nature. Il avait beaucoup cherché la raison pour laquelle il avait été transporté de l’année 1916 à l’an de grâce 2009. Avait-il une mission ? Était-ce une épreuve ? Que faisait-il là ? Il s’était sentit différent, mais aussi inhumain, quelques temps durant.

« En fait, je ne pense pas que ce soit tellement "mal" d’être visible. Juste… dangereux. Les humains n’aiment pas trop ce qui est différent d’eux, en général. » Il eut un sourire crispé tandis que ses pensées retournaient dans le passé. Ils étaient capables de se taper dessus pour des critères aussi artificiels que leurs nationalités respectives. Alors quand il s’agissait de races… « Comme je te l’ai dit, je n’avais jamais appris à utiliser mes ailes, d’ailleurs. Ça ne me manquait pas, puisque je n’avais jamais expérimenté le vol. »

Les questions de Will, en retour, suscitait la curiosité de Dieter.

« Comment tu faisais, toi, avant d’arriver à la CAT ? » demanda-t-il avec un intérêt visible, penchant la tête sur le côté.

Peu à peu, Dieter s’habituait à parler à Will, oubliant presque que quelques minutes plus tôt, il avait cru être en train de se faire agresser, et quelques mois plus tôt, qu’il avait cru se faire bouffer… Il s’accoutumait au rythme lent de ses réponses, à ses longs silences, et à ses questions incongrues.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Dim 13 Aoû - 0:24

« Je ne vois pas comment j’aurais pu faire autrement, non ? »

L’usage à outrance de la négation dans la question de l’ange laissa Will dubitatif et il choisit prudemment de ne pas y réagir, continuant de détailler silencieusement l’air pensif de son interlocuteur comme s’il pouvait en tirer davantage d’informations. Dieter semblait suggérer qu’il s’agissait de la seule alternative viable. Le vampire n’était évidemment pas d’accord, ayant choisi pour lui-même l’option à l’exact opposé.

L’ange poursuivit en démontrant que, dans les faits, il lui aurait fallu bien peu d’effort pour parvenir à subvenir à ses besoins angéliques, ajoutant au poids des arguments en faveur de la vie ostracisée qu’avait préférée Will.


« Mais je ne vois pas l’intérêt, franchement », semblait-il conclure.

L’intérêt n’était-il pas l’atteinte du but recherché, à savoir : ne pas se faire tuer ? À l’inverse, n’aurait-il pas été justifié de demander quel était l’intérêt de faire semblant d’être humain ? Le besoin d’appartenance à un groupe était étranger à Will. Même du temps où il avait été humain, il ne s’était jamais montré particulièrement doué pour tisser des liens avec qui ou quoi que ce soit. Il n’en avait cependant pas souffert, se satisfaisant de choses bien plus simples que les relations interpersonnelles sujettes à jeter tristesse, douleur et angoisse à la figure de ses protagonistes. Il se souvenait avoir eu des amis, dans l’armée... Était-ce des amis ? Ils lui semblaient presque être des figurants remplaçables jonchant sa vie.


« Je pense qu’après ma renaissance, je me sentais encore humain. »

Peut-être était-ce la grande différence entre Dieter et lui. Bien qu’ayant toujours été un peu à part, rien n’était comparable à ce que Will avait ressenti une fois transformé. Du jour au lendemain, il s’était vu habité d’une violence étouffante. Il avait...

Clignant des yeux, un rictus presque douloureux se peignit pendant une fraction de secondes sur le visage de Will, qui força ses souvenirs à retourner s’enfouir au fond de son subconscient. Il n’était pas porté à être nostalgique, ni à donner dans l’introspection. Néanmoins, devenir un monstre avait effectivement été... difficile. Il n’éprouvait pas de regret, ne jugeant pas que ce qu’il était aujourd’hui était moins enviable que ce qu’il avait été jadis, mais il ne chérissait pas pour autant le souvenir du passage de l’un à l’autre.

À nouveau focalisé sur ce que Dieter disait, il fut surpris qu’il s’enquiert de ce qu’avait été sa vie à lui et fronça les sourcils. Pourquoi cela intéressait-il l’ange ? Peut-être lui retournait-il simplement sa question dans un soucis de poursuivre la conversation. Will avait remarqué que c’était quelque chose que les gens faisaient beaucoup. « Ça va ? » « Oui, et toi ? » « Ouais. Qu’est-ce que tu faisais ? » « Pas grand chose, et toi ? »... Il entendait ce genre d’échanges vains des dizaines de fois par jour.

Will considéra sa réponse quelques secondes. Au vu de ce que l’ange venait de lui confier, il était évident qu’il ne partageait pas son point de vue. Ce n’était pas illogique, en même temps. Tuer était mal. Les anges n’avaient pas besoin de tuer. Pourquoi aurait-il approuvé les agissements d’un individu dont l’activité principale était d’achever les soldats sur des champs de bataille ? Dieter ne pouvait pas comprendre... Et puis, le vampire en vint à la conclusion qu’il n’avait pas besoin de l’approbation de l’ange, après tout.


« Je tuais des gens. Je vivais pas avec. », lâcha-t-il, sur un ton presque provocateur. Car telle avait été sa réalité et Dieter avait demandé à la connaître. Tant pis si elle ne lui plaisait pas.

Will n’avait bien sûr pas passé les dernières décennies à massacrer tout ce qui bougeait. Il était plus discret que cela. Il ne voyait cependant pas la pertinence de nuancer ses paroles. Amical, nerveux, souriant... Dieter était une proie, pas un tueur. Fortes étaient les chances qu’il réalise que l’individu qu’il avait face à lui était un bien pauvre choix de compagnie. Alors il partirait. C’était dans l’ordre naturel de choses de toute façon... n’est-ce pas ?

Inconsciemment, Will recula d’un pas, le regard vrillé sur l’ange-qui-se-disait-l’ami-d’un-vampire, lui offrant silencieusement la possibilité de se retirer. Le mettant au défi de rester ?

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Sam 19 Aoû - 17:37

Perdu dans ses pensées alors même qu’il tentait de les exprimer, Dieter ne put voir les expressions qui se peignirent sur le visage de Will au moment où il parlait. Tant mieux, la vue de la grimace qu'il fit lui aurait probablement noué les intestins. C’est sur le visage impassible (et donc habituel, et donc à peine rassurant) du vampire qu’il reposa les yeux après lui avoir posé sa question.

« Je tuais des gens. Je vivais pas avec », lança le vampire d’un ton agressif qui fit s'équarquiller les yeux de l’ange. Attend, qu’est-ce qu’il lui avait fait là ? Pourquoi cette phrase provocatrice ? Ça ne répondait même pas directement à sa question... Il repassa en boucle les quelques secondes précédentes dans sa tête sans déceler ce qui pourrait avoir froissé son interlocuteur. Plus il lui parlait, moins Dieter se sentait capable de décrypter les paroles, les gestes et les expressions de Will.

Le vampire recula d’un pas, sans le quitter du regard.

« Euh… Je ne voulais pas avoir l’air de te juger, hein », dit-il, fronçant les sourcils, avec une certaine anxiété. C'était la seule explication qu'il trouvait à la soudaine agressivité de Will. Levant légèrement une main en signe d’apaisement, il recula imperceptiblement. « Je... » Il déglutit. « Je me doute bien que tu as dû... enfin, tuer », lâcha-t-il avec réticence, extrêmement mal à l'aise.

Un point le frappa soudain dans la phrase brusque du vampire, qui fit de nouveau s'agrandir les yeux de l'ange.
Attend. Tout à l'heure, il avait laissé entendre que Dieter était la seule personne avec qui il ait entrepris une conversation, dans la base souterraine . Et s’il comprenait bien la formulation de Will, ça voulait peut-être dire qu’il n’avait eu aucun – aucun – contact avec des humains autres que pour les tuer et se nourrir avant d’arriver à la CAT.

« Tu… » Il ouvrit la bouche pour commencer une phrase, mais il ne savait que dire. Fixant le vampire des yeux, l’image de ce dernier, tout maculé de sang comme un an auparavant, debout au milieu d’un parterre de cadavre, emplit son esprit. Il serra son poing libre. « Ça devait être... » Là encore, il s'interrompit. Il avait certainement l'air complètement idiot, tiens, à ne finir aucune de ses phrases. Qu’est-ce qu’il allait dire ? "Difficile" ? Même à ses oreilles, ça semblait malvenu. Être des années sans avoir un contact plus ou moins normal avec n'importe qui, il n'arrivait même pas à l'imaginer.

La vision mentale de Will ensanglanté en fit venir une autre, plus familière, mais tout aussi effrayante, hantant nombre de ses cauchemars. Son faciès se fit douloureux et effrayé. C’était désormais lui, Dieter Braun, qui était au milieu de dizaines de cadavres, en train d’achever un blessé à l'agonie en lui plantant sa baïonnette dans le cœur. Il était capable de mettre un visage sur de nombreux corps qui l'entouraient, sans y associer de noms ; d'autres étaient simplement des silhouettes désarticulées. Il se souvenait exactement de la manière dont la lame émoussée résistait très légèrement avant d'entrer dans la chair. Il frissonna.

« Uh. Au moins, toi, c’était un besoin… naturel. Moi, quand j'ai dû… ce n’était pas le cas », murmura-t-il, d’une voix hésitante, pour lui-même. Lui, c’était juste obéir à des ordres, aveuglément, dans une guerre sans raison. Même s’il y avait aussi une notion de survie en jeu, tout ce conflit avait été d’une telle absurdité… Il regarda par terre, coupable.

Se passant une main sur le visage, il revint à la réalité. Will était moins effrayant que certains de ses souvenirs, tout compte fait.

« En tout cas, je suis désolé si je t’ai offensé. J’étais juste curieux, pardon », dit-il rapidement. Il tritura une nouvelle fois son livre, faisant bruire les pages sous son pouce. « Hem… C'est encore de la curiosité, désolé, ne me réponds pas si ça te gêne, mais... » Il se sentit de nouveau stupide, à s'excuser sans arrêt. « Tu as envie, maintenant ? Je veux dire, d’essayer de vivre avec… d’autres personnes ? Humaines ou non ? »

Cela semblait un minimum, pour pouvoir vivre à la CAT. D’ailleurs, pourquoi s’échinerait-il à observer ceux qui l’entouraient, s’il n’avait pas pour but de trouver sa place parmi eux ? Mais sa dernière remarque sèche et provocante semblait indiquer le contraire...


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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Sam 19 Aoû - 21:50

Will fut surpris de la réaction de Dieter, qui, contrairement à ce qu’il avait supputé, ne battit pas en retraite. En réalité, après une seconde de surprise, son attitude changea peu. Il leva une main en signe de paix, fronça les sourcils dans ce qui se voulait peut-être une expression déterminée et campa sur ses positions... à peu près. Son pied droit recula d’environ un centimètre, ce qui n’échappa pas au vampire. C’était, cependant, bien moins que ce qu’il avait envisagé.

L’ange s’y repris à plusieurs fois avant de parvenir à formuler une phrase entière. Vraisemblablement, il ne comprenait pas. Un besoin naturel ? Oui... et non. Certes, Will avait dû se nourrir et la nature l’avait fait tel que ses nécessités alimentaires étaient cruelles et peu diversifiées. Néanmoins, il supposait qu’il lui aurait été possible de s’alimenter sans tuer, s’il l’avait voulu. Le fait est qu’il ne l’avait pas tenté. Il tuait pour se nourrir, mais son appétit dépassait l’aspect nutritif du sang. Il aimait tuer.

La remarque qui se voulait compatissante de Dieter tomba donc à plat. Pire, elle vint titiller chez le vampire cet instinct qu’il était contraint d’étouffer depuis qu’il avait atterri à la CAT. Pendant une fraction de seconde, son regard glissa en direction du maigre poignet de l’ange, mais il fut presque aussitôt rappeler à l’ordre, probablement inconsciemment, par son interlocuteur. Dieter bougea, se passant la main sur le visage, et Will se mordit l’intérieur de la joue dans l’espoir de faire taire sa frustration.

Que venait-il de dire ? Ah, oui, qu’il avait tué, lui aussi. Incrédule, Will détailla l’ange de haut en bas encore une fois, mais ne trouva rien venant contredire son impression que Dieter n’était qu’un petit ange sans défense. Outre son aspect chétif, c’était surtout sa posture qui transpirait la fragilité. Tenant toujours son livre fermement contre lui, les ailes voûtées, les gestes nerveux, Dieter semblait demander de tout son être à ce qu’on ne le frappe pas, tout en tentant de le cacher. Will n’était pas doué avec les émotions et ne savait généralement pas reconnaître le langage non verbal, mais il avait côtoyé la peur trop longtemps pour qu’elle se manifeste devant lui sans qu’il ne la flaire.

Curieux, il se demanda vaguement quelles circonstances avaient pu mener l’autre Allemand à se salir les mains. Les anges pouvaient avoir n’importe quel âge... Avait-il fait la guerre, lui aussi ? Au fil de ses séances d’observation silencieuse, Will avait cru comprendre que la CAT livrait une guerre à une autre organisation. Peut-être Dieter était-il un soldat de la CAT ? Il était également plausible que l’ange fasse référence à un événement unique de son passé, à un jeu du sort dont l’épilogue s’était avéré dramatique. Bien qu’au final la cause exacte ne soit d’aucun intérêt, Will aurait pu poser la question, mais son interlocuteur ne lui en laissa pas le temps et rompit à nouveau le silence.

Dieter s’excusa pour une raison incongrue, Will n’ayant pas été offensé comme il semblait le croire. Et puis, à nouveau, l’ange l’interrogea. Will cru que Dieter s’inquiétait, très à propos, de son envie de sang, mais l’ange précisa sa question, prenant le vampire au dépourvu.

Avoir envie d’essayer de vivre avec d’autres personnes ? Non. Peut-être. Il relâcha sa joue malmenée et se passa la langue sur les dents en réfléchissant à cette épineuse question. Il n’appréciait pas les gens, de ça il était certain. Ils étaient trop compliqués. Malgré tout, il avait accepté l’offre d’Anderson. Il ne l’avait toutefois pas fait dans l’espoir d’avoir de la compagnie. La CAT représentait un défi intéressant s’ouvrant sur un avenir inconnu, mais qu’on lui avait vendu comme étant... désirable ? Il avait été curieux, voilà tout. Il l’était encore, cela dit. Sémantiquement, Dieter avait dit ‘’essayer’’ et, oui, peut-être que Will était prêt à ‘‘essayer’’ de nouvelles expériences pour voir où cela pouvait le mener. Néanmoins, répondre par l’affirmative lui semblait trop... affirmatif.

Son regard, qui s’était perdu dans le vide tandis qu’il décortiquait la question de Dieter, revint se poser sur ce dernier et il répondit, prudemment :


« Avec toi, ça va. »

Ce n’était peut-être pas la réponse que l’ange désirait, mais c’était la seule que pouvait lui fournir Will. Loin de considérer l’ange comme un ami, il était tout de même la seule personne avec qui il avait discuté et, jusque là, ça n’avait pas été trop invivable, de son point de vue. Des centaines de fois moins confortable qu’être seul avec lui-même, certes, mais pas insupportable.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Dim 20 Aoû - 15:38

Le regard de Will se fit vague tandis qu’il réfléchissait, puis il revint vers l’ange.

« Avec toi, ça va. »

Dieter savait pouvoir s’attendre à tout avec ce vampire, mais il n’avait certainement pas envisagé cette réponse.

« Oh. Merci. Enfin, euh, d’accord », balbutia l’ange avec un sourire. S’estimant, pour la deuxième fois depuis le début de leur conversation, flatté par les propos de Will, il se sentit gêné et rougit légèrement, se passant l’index sur le nez et détournant les yeux. Ceux-ci se posèrent sur le vampire-qui-lisait, dont l’expression était subtilement amusée, bien que son visage soit toujours dirigé vers son livre. Qu’est-ce qu’il avait depuis tout à l’heure, lui… L’ange se déplaça pour s’asseoir à moitié contre le dossier d’un fauteuil vide et ne plus l’avoir dans son champ de vision.

« Ça fait… plaisir à entendre », dit-il avec un petit rire. « D’habitude, on me dit surtout que je devrais me… décoincer. » Enfin, d’habitude. Trois fois, on lui avait dit ça, depuis qu’il était à la CAT.

Il resta quelques instants sans bouger, les yeux dans le vide et un sourire vague aux lèvres, laissant ses pensées dériver. Peut-être que, finalement, c’était un avantage, face à Will, d’être "coincé". Il eut une brève pensée durant laquelle il imagina le vampire antisocial – c’était désormais assez clair – aux prises avec Shan, une connaissance de Dieter à l’étage des sorciers. . . Ouais, en fait, non, il valait peut-être mieux ne pas l’imaginer. Ça pouvait devenir rapidement violent…

« Hey, mais c’est Titange ! Je reconnais tes ailes. Saluuut ! »

Oh non. Pourquoi il y avait seulement pensé. La figure de Dieter se ferma et s’emplit d’appréhension, et il ne daigna pas tourner la tête en arrière pour regarder Shan arriver.

« Qu’est-ce que tu fais donc à socialiser chez les buveurs de sang ? » dit-il à voix haute, incapable comme toujours de lire l’atmosphère de la pièce où avait jusque-là régné le calme. Dieter entrevit plusieurs visages se lever.

Après avoir traversé la pièce à grands pas, le sorcier tirailla les plumes de Dieter, et l'expression de ce dernier se fit agacée avant qu’il ne tourne la tête vers l’importun.
« Je te retourne la ques – », commença-t-il en chuchotant, dans l'espoir que son interlocuteur face de même. Peine perdue.

« Tu lis quoi ? » Il prit sans demander le livre des mains de Dieter. « Wow, c’est trop gros, j’aurais trop la flemme, moi. »

« J’ai pas enco – »

« Ah, désolé, en fait j’peux pas rester te parler, je dois me grouiller ! » dit-il en jetant négligemment le livre sur le fauteuil. Ouf. Dieu soit loué. Il aurait aussi bien pu ne pas venir jusqu’à lui... « On se voit en cours de combat demain, à… à plus… » Shan avait posé les yeux sur Will, et eut soudain l’air bien content d’avoir une excuse pour se tirer rapidement. Si les souvenirs de Dieter étaient bons, Shan n’appréciait pas spécialement la compagnie des vampires, déjà, à part Augustine et quelques autres. Quelqu’un avait dû l’envoyer à la recherche d’une personne. Il avait peut-être adopté cette attitude encore plus irritante aux yeux des autres pour se donner du courage.

Dieter le regarda filer, soulagé. Il n’avait pour le moment aucune envie de rester avec coincé à écouter Shan bavasser à sa manière que le petit allemand trouvait infantile. L’ange le trouvait sympathique au milieu d’un groupe, mais ce n’était pas quelqu’un avec qui il aimerait rester seul un long moment. Même quelqu'un d'aussi pacifique que Dieter avait parfois envie de le jeter dans le lac d'un coup de pied au derrière.

« Désolé pour lui, il n’est pas très… calme », fit Dieter en soupirant, relevant la tête vers Will.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Ven 1 Sep - 23:57

La gratitude qu’exprima Dieter laissa Will perplexe, incertain d’en comprendre la cause. Était-ce une façon de manifester son appréciation de leurs échanges ? Était-il reconnaissant de pouvoir passer du temps avec le vampire ? Cette hypothèse semblait absurde, au vu de la nervosité qui animait l’ange et, pourtant, en articulant sa reconnaissance, il semblait s’être détendu... Peut-être voyait-il dans l’aveu de Will la promesse informulée d’un sursis. Effectivement, Will n’avait pas d’intérêt à se débarrasser de l’ange si sa présence lui était supportable... et qu’il n’avait pas (trop) faim.

Sous le regard scrutateur de Will, Dieter fit deux pas à gauche en reculant légèrement pour aller s’asseoir sur le côté d’un fauteuil. De ce fait, l’une de ses grandes ailes vint recouvrir à moitié le siège du meuble, le rendant inaccessible à qui voudrait en faire l’utilisation pour laquelle il avait été conçu. Will se fit la réflexion qu’il était heureux pour eux que les anges puissent faire disparaître leurs ailes (magnifiques, mais visiblement encombrantes) par moment. Malgré que Dieter les ait décrites comme des membres analogues aux bras ou aux jambes d’un humain, il semblait évident qu’elles pouvaient se montrer gênantes pour résider au milieu d’êtres qui n’en avaient pas.


« D’habitude, on me dit surtout que je devrais me… décoincer. »

Will fronça les sourcils, la première définition lui venant en tête pour ce mot ne faisait pas de sens dans le contexte. Il ne pu néanmoins pas pousser très en avant son analyse sémantique mentale, car une exclamation de voix le fit sursauter légèrement.

Un individu que le vampire n’avait jamais vu marcha rapidement dans leur direction, les bras écartés comme s’il espérait une embrassade, s’arrêtant tout juste à côté de Dieter, sans toutefois lui faire l’accolade. Immensément bruyant en comparaison avec le calme coutumier de l’étage des vampires, le nouvel arrivant fit se relever une à une les têtes de tous les occupants présents, à l’exception du vieux vampire près de la bibliothèque, dont rien ne semblait jamais perturber la lecture. Will avait d’ailleurs déjà soupçonné qu’il pût être sourd.

Ce qu’il clama plus qu’il ne le dit, il le fit en anglais et Will ne parvint pas à tout saisir, désarçonné par le changement de langue inattendu. Plusieurs émotions passèrent sur le visage de Dieter, à qui était destinés les braillements de l’inconnu, mais il resta relativement calme, même lorsque l’étranger s’attaqua à ses ailes. Will en fut irrité, ne comprenant pas pourquoi, lui, s’était vu immédiatement repoussé lorsqu’il avait tenté à peu près la même chose (d’autant que son intention à lui n’avait pas été de tirer sur les plumes, juste d’y passer la main). Cette nonchalance de l’ange à l’égard de l’arrivant, de même que l’attitude tonnante de ce dernier, lui value automatiquement l’animosité de Will, dont l’expression dégoutée parlait pour lui tandis qu’il détaillait silencieusement l’ami de Dieter.

Un peu plus petit que lui d’une dizaine de centimètres, l’inconnu avait des traits asiatiques, le visage rond et le teint pâle, suggérant qu’il venait de l’Asie du nord : de la Chine, possiblement. Ses cheveux (évidemment noirs) étaient coupés courts et ses vêtements n’avaient rien d’aussi criant que sa personnalité. Le fait que son t-shirt représente un chien entouré de ‘‘Very wow’’, ‘‘Much doge’’ et autres exclamations grammaticalement incongrues laissa Will intrigué, mais pas au point qu’il ne pose la question, préférant comme toujours se faire oublier. L’asiatique sembla quand même finir par le remarquer, perdant un peu de son entrain du même coup et refusant de soutenir son regard – ce qui amusa Will. Et puis, aussi rapidement qu’il était arrivé, il repartit. Will le suivit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse dans les escaliers et continua à fixer l’endroit où il avait visible pour la dernière fois même lorsque Dieter s’exprima de nouveau.


« Désolé pour lui, il n’est pas très… calme »

Will, satisfait de revenir à l’allemand, inclina la tête sur le côté, considérant cette affirmation pendant quelques secondes. ‘‘Pas très calme’’, en effet. Peut-être cela avait-il tout de même été exacerbé par l’ambiance du salon des vampires. Néanmoins, pourquoi Dieter jugeait-il nécessaire de s’en excuser ? En quoi pouvait-il en être responsable ? À nouveau incertain, le vampire délaissa finalement son attention de la cage d’escalier et tourna un regard interrogatif vers l’ange.

« Pourquoi est-ce que c’est ta faute ? », demanda-t-il, d’un ton qui sonna plus agressif que ne l’avait voulu le vampire.

Les autres vampires présents replongèrent bien vite dans leurs occupations respectives et Will se détendit légèrement, réalisant du même coup qu’il avait été crispé tout au long du passage de l’anglophone, expliquant le ton acerbe qu’il venait d’utiliser.

Il s’agita, balaya la salle du regard et croisa finalement les bras, chose qu’il faisait rarement, en essayant de contenir son malaise. L’interruption par l’ami de Dieter le laissait contrarié, une émotion qu’il avait du mal à gérer. C’était d’autant plus difficile qu’il lui semblait avoir bientôt atteint les limites du contrôle de soi qu’il était capable de fournir, l’ayant investi pour tenir une conversation à peu près correcte avec Dieter.

Derrière l’ange, Will aperçu le-vampire-qui-lisait-par-intermittence l’observer. Il était probable qu’il ait sentit la tension de l’Allemand et soit en train d’évaluer s’il convenait d’intervenir ou pas. En un sens, Will espérait qu’il le fasse, pour pouvoir passer ses nerfs légitimement, mais il savait également que c’était quelque chose à éviter, à la CAT. Il fit donc un énième effort pour se calmer et offrir à Dieter le bon côté de sa personne seulement, aussi minoritaire soit-il.


« Il y a des cours de combat ? », demanda-t-il, d’une voix plus mesurée.

Ce n’était assurément pas le meilleur sujet de distraction qui soit, mais c’était l’un des mots – identique en anglais et en allemand – qu’il était parvenu à saisir de l’échange et il devait admettre que cela avait capté son intérêt. Il doutait cependant fortement qu’on l’autorise à se battre avec quelqu’un, même dans le cadre d’un entraînement ; personne n’aurait suffisamment confiance en lui pour cela – lui y compris. Sachant que se battre lui aurait offert une excellente façon de ventiler, c’était malheureux, car ses frustrations (dont celle de ne pouvoir se battre) ne faisaient que s’accumuler depuis qu’il était à la CAT et son agressivité n’irait donc assurément pas en s’améliorant.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Jeu 7 Sep - 20:46

Will pencha la tête sur le côté, rendant visible une perplexité qui ne se serait sinon pas remarquée sur ses traits indéchiffrable.

« Pourquoi est-ce que c’est ta faute ? » demanda-t-il avec une agressivité soudaine, tournant le visage vers l'ange. Uh ? Oups ? Il avait encore dit quelque chose de pas bien, pour qu’il lui saute dessus comme ça ? Il s’était passé quelque chose dans l’instant, là, pour le contrarier comme ça ? Dieter s’habituait cependant, au fil du temps, aux réactions brusques du vampire et à ses changements subits de ton, et réussit à conserver son calme, plus ou moins.

« Hem…Déso – …enfin, c’est juste ma manière de parler, pardon. » Ah. Fail. On lui avait déjà fait remarquer qu’il s’excusait tout le temps. Il se gratta la tête, embarrassé. C’était certes assez stupide de s’excuser pour Shan. Il n’était même pas très proche du petit excité hyperactif. Et puis, même s’ils avaient été proches, Dieter n’aurait de toute façon pas été responsable. Shan était grand – enfin, même s’il restait un gamin dans sa tête, par bien des aspects.

Will croisa les bras, regardant autour d’eux. L’ange était gêné, ne sachant pas comment briser ce silence inconfortable entre eux. Ses épaules s’affaissèrent un peu.

« Il y a des cours de combat ? » demanda le vampire, plus détendu.

Dieter releva la tête et se redressa. Bon, apparemment, ça avait suffit de s’excuser maladroitement comme il l’avait fait. Comme quoi, ça servait à quelque chose de s’excuser, même quand c’était pas sa faute.

« Oh, tu n’en as pas encore fait ? Oui, il y a plusieurs niveaux de cours, à différents horaires. » Le mode Dieter-serviable s’était activé à la question de Will. Il aimait indiquer le chemin et répondre aux questions des nouveaux - même si Will n'était pas vraiment nouveau, d'accord. « Il y en a qui sont par race, d’autres qui sont mixtes. » Il sourit. « J’aime bien, je trouve que ça défoule. Les professeurs sont très bons, franchement. Et puis, je pense que ça peut toujours être utile. Pas forcément aujourd'hui, mais un jour, j’aimerais bien que ça me serve… » Il regarda ses mains, une expression un peu dure apparaissant sur son visage tandis que ses ailes se gonflaient légèrement sans qu’il en ait conscience. Il aimerait bien, un jour, pouvoir mettre à profit son entraînement pour se battre contre ceux qui lui avaient pris Jim, et avaient tué nombre de créatures qui ne correspondaient pas à leurs standards concernant ce que devait être l’humanité. Il avait déjà vécu la guerre et les combats, mais la situation était aujourd'hui différente ; il y a un siècle, ce n’avait été pour lui qu’une boucherie absurde, mais maintenant, il avait une vraie raison de se battre.

Dieter sortit de sa rêverie, reposant les yeux sur Will.
« Tu ne t’étais pas encore intéressé aux cours ? » lui demanda-t-il. « Il y en a d’autres aussi, plus théoriques… » Il s’interrompit, se frottant la nuque. « Enfin, peut-être qu’ils ne t’intéressent pas pour le moment. C’est juste que tout à l’heure, tu disais avoir envie d’apprendre… Mais peut-être que tu préfères apprendre seul. Désolé de te parler de ça si ça ne t’intéresse pas… » Au fur et à mesure qu’il parlait, sa voix baissait en intensité et augmentait en débit, alors que son embarras croissait de manière proportionnelle.


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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Ven 15 Sep - 21:08

Souriant, Dieter entreprit de répondre de façon détaillée et extensive à la question semi-intéressée de Will, qui n’avait définitivement pas besoin d’autant de détails. L’attitude serviable de l’ange ramena le vampire un peu plus d’un an en arrière, lorsqu’il avait quitté l’étage des vampires pour la deuxième fois depuis son arrivée à la CAT. Affamé et effrayé, Will avait trouvé le chemin des cuisines et était tombé sur la même personne qu’il avait rencontré lors de sa première sortie : Dieter. L’ange avait fait preuve d’un flegme surprenant, offrant sans hésitation son aide dans ce qui aurait pu passer pour une attitude suicidaire. Le vampire avait, en effet, très sérieusement envisagé d’égorger son interlocuteur, ce soir-là.

C’était le genre de pensée primitive qui lui venaient souvent – presqu’à chaque fois qu’un étranger venait errer à l’étage des vampires. Si, avec ses semblables, il parvenait à ignorer ses instincts de tueur, c’était bien différent lorsque la personne à sa portée n’était pas son égal. Il ne comprenait définitivement pas comment les autres vampires pouvaient fraterniser avec quelqu’un d’une autre race sans devenirs fous.

Bref, l’ange aimait vraisemblablement expliquer les choses et Will le laissa parler jusqu’au bout. C’était presque devenu une habitude maintenant de regarder Dieter s’agiter. Will était incapable de comprendre la majorité des émotions qui traversaient son visage, mais cela ne l’empêchait pas de trouver le phénomène fascinant. Un moment il souriait. L’instant suivant, les sourcils froncés, son regard devenait distant. Et puis son attention revenait sur Will et il remuait nerveusement.

Il s’écoula plusieurs secondes de silence avant que le vampire ne réalise que Dieter avait cessé de parler. Décroisant les bras, reprenant ainsi sa posture neutre, Will ouvrit la bouche pour répondre, la referma, avant de finalement rappeler à son interlocuteur que :


« Je sais comment tuer des gens, déjà. » Par contre, l’utilisation de ce mot lui échappait encore.

Son ton n’était pas agressif. Il ne faisait, après tout, que mentionner un fait que l’ange semblait avoir oublié. Will savait que sa mémoire était exceptionnelle, bien au-dessus de la norme ; c’était une chose pour laquelle on l’avait félicité un grand nombre de fois, quand il était jeune. Néanmoins, il s’étonnait quand même souvent de voir à quel point celle des autres gens était mauvaise.

Will avait appris à se battre dès l’adolescence, au sein des Jeunesses hitlériennes. Depuis qu’il était vampire, son style tenait bien plus de la bestialité et n’avait plus grand chose à voir avec le militaire, mais les résultats n’en étaient que meilleurs. Il ne voyait pas bien ce qu’un cours de combat pourrait lui apprendre que la vie ne lui avait pas déjà enseigné. L’aspect théorique mentionné par Dieter l’intéressait encore moins. S’agissait-il de stratégies martiales ? C’était une chose pour laquelle Will n’avait ni talent, ni intérêt.


« Toi aussi. », ajouta-t-il, après un moment de réflexion, au souvenir de l’ange ayant fait remarquer, quelques instants plus tôt, qu’il avait également déjà tué.

« C’était dans le cours ? », demanda-t-il après un nouveau temps de silence, toujours sur un ton neutre, aboutissant à cette conclusion au fil de ses pensées. Car si la CAT menait bien une guerre, qu’elle entraînait des soldats en conséquence, que Dieter sous-entendait que cet entraînement n’avait pas encore pu servir, mais qu’il avait déjà tué, l’hypothèse tenait la route.

Will n’avait que peu de talent pour la déduction et les jeux de logique et il fut lui-même surpris que le train de ses pensées l’entraîne à ce raisonnement. Réalistement, peut-être provenait-il plus d’un espoir avoué que d’un fondement logique. En effet, Will sentait presque se dessiner un intérêt pour les cours si on pouvait réellement y assassiner des gens.

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MessageSujet: Re: Vive le calme, la tranquillité... Et zut.    Lun 18 Sep - 20:43

« Je sais comment tuer des gens, déjà. »

Dieter eut un geste de recul – le fauteuil derrière lui limita toutefois son mouvement. En plus de sa simple présence déjà pas franchement rassurante, le vampire avait l’art de trouver les mots pour rendre l’ambiance comminatoire… Était-il en train de le menacer, à nouveau ? Il l’avait déjà fait plusieurs fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés dans le parc. Mais il restait complétement impénétrable. Son visage comme sa voix demeuraient trop inexpressifs pour en tirer quoi que ce soit.

Dieter prit son temps pour réagir, et fut pris de vitesse par Will.

« Toi aussi. »

L’ange se figea, le regard fixé au niveau du ventre de son interlocuteur. Oui, il "savait" comment tuer. Tu enfonces un objet tranchant dans la chair d’un homme, et il se videra de son sang. Tu frappes suffisamment fort sur sa tête, elle se brisera. Un petit objet de quelques millimètres de diamètres envoyé à pleine vitesse dans certains organes, et pfuit, tout s’arrête. Simplissime. Un geste à la portée de tous.

« C’était dans le cours ? »

Il leva la tête brusquement, rappelé à la réalité. Des sentiments confus se firent jour en lui, entre animosité, angoisse et culpabilité.

« Nan. De quoi ? Tuer ? » Les mots ne vinrent même pas dans le bon ordre. Sa voix devait sonner étrange, agressive, et ses mains se crispèrent sur le dos du fauteuil contre lequel il s’appuyait. Ses ailes se gonflèrent, prenant de l’ampleur sur ses flancs. « Nan. Qui tu voudrais qu'on tue ici ? C’était... avant. Y a longtemps. Quand j’étais… pas mort. Première Guerre mondiale », dit-il dans un souffle, les yeux au sol. Un léger accent pointa le bout de son nez dans sa voix. En repensant au passé, les intonations dont il ne se servait plus depuis des années refaisaient vaguement surface.

Le simple fait de parler de cette période ramenait des visions de mort dans sa tête, et il regarda frénétiquement autour de lui, comme si poser les yeux sur le présent effacerait les images du passé. Une salle remplie de buveurs de sang était bien plus agréable qu’une tranchée ou une route boueuse parsemée de cadavres de civils ou de camarades. Il avait été capable de se renseigner sur la période, de lire quelques trucs dessus, pour connaître le regard de personnes extérieures au conflit ; mais ça avait été chaque fois une démarche volontaire, pensée et préméditée. Quand le sujet débarquait à l'improviste, comme un cheveu sur la soupe – comme là – il ne pouvait empêcher un mal-être de s'emparer de lui et les souvenirs douloureux de revenir devant ses yeux, bien trop vivants.

Il essaya de se concentrer sur quelque chose de plus joyeux, et ce fut l’image de Jim qui lui vint – et du tas de ses cendres qu’il avait trouvé un jour. Super joyeux, haha. Au moins, c’était… motivant ?

« Je recommencerai s’il le faut, contre la WEF », lâcha-t-il d’un ton belliqueux en serrant les poings. Puis, après quelques secondes, il soupira et se passa soudainement les mains sur le visage, repoussant les cheveux qui retombaient le long de ses joues. Le Ken Folett ayant été déposé négligemment sur le fauteuil par Shan, il ne put se l'envoyer dans le front en même temps, évitant ainsi toute blessure malencontreuse.

« Ces cours servent à apprendre des techniques de combat et de défense », reprit-il après quelques instants de silence avec son Allemand le plus standard, de nouveau maître de lui-même. « Évidemment, le jour où on devra se battre contre la Who Ever Finds, c’est probable que "tuer des gens", ce soit… inévitable. »  C’était son tour d’être impénétrable. Il fit un sourire de la bouche, mais ses yeux étaient durs. « Il y a des cours mixtes, et puis d’autres qui ne sont que pour une race seulement. »


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Vive le calme, la tranquillité... Et zut.

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