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 On ne connaît que les choses que l’on apprivoise

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Will
Vampire

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MessageSujet: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Lun 2 Jan - 16:42

[Ce topic se passe le mardi 1er décembre 2015. Oui oui, un an en retard. xD]

Pendant plus de deux semaines, suite à son arrivée à la CAT, Will avait refusé de se nourrir. En acceptant l’offre de monsieur Anderson, il avait bien sûr eu droit au discours sur les sacrifices imposés aux vampires pour permettre leur cohésion, entre eux et au sein des autres races, et rendre l’existence de la CAT possible. Toutefois, cela lui avait semblé un décret tellement ridicule qu’il avait refusé d’y croire. L’idée de s’abreuver à même un sachet de plastique, tel un mourant dépendant de son soluté, lui donnait un haut le coeur. Alors, il avait jeûné.

Ce n’était pas quelque chose de trop difficile ; il avait de nombreuses fois été soumis à la disette auparavant, à l’extérieur. En effet, la vie qu’il avait menée, à l’écart, l’avait périodiquement conduit à passer plusieurs jours sans repas décent. C’est donc avec un self-control étonnant qu’il avait refusé systématiquement le sang qu’une vampire (dont il ignorait totalement le nom) venait lui proposer tous les jours. Cloîtré, quasi barricadé dans la chambre que la CAT lui avait octroyée, Will avait attendu qu’elle revienne à la raison et comprenne l’ineptie de sa proposition.

Au bout d’une semaine environ, il avait commencé à douter. C’est ainsi qu’il était sorti pour la première fois de sa cachette. Il avait fait quelques pas hors de son repaire, s’était même presque rendu au salon, avant de capter le regard perçant braqué sur lui. Il avait alors compris que celle chargée de le nourrir était également embauchée pour l’empêcher de violer le règlement. Sur cette constatation, il était retourné se planquer.

Et puis, il avait fini par craquer. Le besoin étant plus fort que l’homme, il avait finalement entrouvert sa porte lorsqu’elle était venue. Elle lui avait souris, lui tendant un sachet. Il en avait réclamé un deuxième et elle lui en avait finalement donné un total de trois. Suite à quoi il lui avait claqué la porte au nez et s’était enfermé honteusement avec son butin infecte, se sentant presque souillé d’avoir fini par plier. Sa mémoire affreusement surdéveloppée l’empêchait malheureusement d’oublier le profond malaise qu’il avait ensuite vécu, se débattant avec cette chose qu’il ne savait trop comment manger.

Elle était revenu le repas suivant, comme à chaque fois, puis à nouveau celui d’après, et ainsi de suite. Un jour, elle lui avait expliqué au travers de la porte fermée, que ce n’était que temporaire et que, éventuellement, il aurait à sortir pour manger avec les autres. C’est ainsi qu’il découvrit qu’il pouvait y avoir des idées encore plus saugrenues que celle de boire du sang à partir d’un sachet de soluté.

C’est au début du mois de novembre, quelques jours après que Will eut illicitement quitté l’étage des vampires, que, soudainement, elle cessa de venir. Avait-il été découvert ? Était-ce une forme de sanction ? Il n’avait pourtant fait de mal à personne... Quoiqu’il en soit, lorsqu’elle avait arrêté de lui apporter sa pitance, il avait de nouveau jeûné, mais, cette fois, de façon un peu plus intelligente : il avait prévu des réserves. Le sang n’était plus frais, autant au goût qu’à la texture, mais restait comestible. Cela lui avait permis de tenir pendant presque un mois.

Nous étions maintenant le premier décembre et cela faisait trois jours que Will, à court de stock, n’avait rien avalé. Recroquevillé dans l’habituel coin sombre du salon des vampires où il avait pris coutume d’espionner ses congénères, l’Allemand avait faim. Il avait su dès le départ que sa résistance était vaine et qu’il lui faudrait éventuellement se résigner, comme il avait eu à le faire à propos du sang ensaché, et, pourtant, il en était là. Oh, il n’avait pas encore atteint un stade d’inanition suffisamment avancé pour perdre le peu de contrôle qu’il était capable d’imposer à ses instincts, mais, réalistement, il était mieux de bouger avant d’en arriver là. Fermant les yeux quelques secondes pour se donner du courage, il se mit finalement debout et longea le mur jusqu’à atteindre l’escalier qui menait aux étages supérieurs de la CAT.

Il n’avait jusqu’alors quitté le sous-sol de sa race qu’une seule fois, lorsqu’il s’était rendu près du lac, dans le cloître extérieur. Cette nuit là, il avait eu la chance de ne croiser pratiquement personne. Espérant que le sort soit encore une fois de son côté, il avait attendu l’approche du couvre-feu et c’est donc juste avant 22h00 qu’il quitta le salon des vampires, escomptant passer avant le retour contraint des plus noctambules (« l’heure de pointe » étant en moyenne à 22h18 chez les vampires, en semaine, selon ses observations).

Les mains profondément enfoncées dans ses poches et le regard résolument rivé sur le sol juste devant lui, c’est l’échine courbée et le pas rapide que Will traversa tout le trajet qui le séparait du réfectoire de la CAT. Il avait croisé plus de monde qu’il ne l’espérait (l’obligeant à chaque fois à raser les murs en cherchant à s’y fondre), mais, en étant réaliste, il aurait voulu n’apercevoir personne et c’était impossible, alors...

Malheureusement, le réfectoire non plus n’était pas vide. Il s’y trouvait même plusieurs petits groupes s’offrant vraisemblablement une dernière collation avant de rentrer. Le ventre vide de Will ne pouvait supporter cette vue et, s’en réfléchir, le vampire franchit la première porte qu’il croisa, débarquant dans ce qui s’avérait être une cuisine. Vide. Il en aurait soupiré de soulagement, s’il avait eut de l’air dans les poumons.

S’adossant contre le mur, il prit un moment pour apprécier la vaste étendue désertée de la pièce. Les heures de repas étant depuis longtemps passées, il n’y avait vraisemblablement plus besoin de personnel. C’était du moins l’espoir informulé de Will. À l’exception d’une dizaine d’assiettes légèrement souillées négligemment oubliées près d’un grand évier et d’un nombre un peu plus conséquent de verres et de tasses à leurs côtés, tout était bien rangé, ajoutant à l’idée que les cuistots ne reviendraient qu’au petit matin.

Toute tentation étant maintenant hors de vue, le vampire balaya du regard les comptoirs à la recherche de la seule chose qu’il avait l’autorisation de convoiter et qu’il trouva enfin, près du réfrigérateur : un grand bain-marie en inox, tel que celui sur le chariot de son ex-ravitailleuse, contenant la promesse d’un repas qui lui siérait.

Il l’atteignit en quelques enjambées. Toutefois, au moment où il touchait au but, un éclat de voix lui signifiant que quelqu’un s’apprêtait à entrer le fit sursauter. Effrayé, il recula, butant lourdement contre un comptoir-îlot supportant un panier de fruits qui s’éparpillèrent, tombèrent au sol et roulèrent dans toutes les directions. L’un d’eux fit d’ailleurs trébucher Will, qui, en essayant de se rattraper, s’agrippa à un tiroir qui s’ouvrit en grand et envoya son contenu voler dans les airs dans un concert de tintements fort désagréables.

Sa maladresse le conduisit finalement à tomber assis sur le sol, au milieu d’une panoplie de fruits et de couverts, entre le comptoir à proprement parler et le comptoir-îlot, sans avoir le temps de se mettre à l’abris du regard de l’arrivant.

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Dieter
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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Dim 8 Jan - 7:32

Dieter n’était pas censé travailler ce jour-là, mais il avait répondu présent à un appel à l’aide d’Augustine transmis par un sorcier : deux de ses aides étaient malades, et elle-même devait régler un important problème de stock et s’absenter une partie de la soirée.

L’ange n’était pas venu de mauvaise grâce ; il appréciait sa supérieure, certes intransigeante mais efficace et aussi douée pour la cuisine que pour gérer ses assistants, et c’est donc de bon gré qu’il était accouru. Bien que faire la vaisselle ne soit pas sa passion dans la vie et qu’il aurait pu profiter de la soirée pour lire ou peaufiner ses capacités de dématérialisation (déjà assez développées). Et aussi bien qu’il ait eu une furieuse envie de frapper Shan, le sorcier qui avait servi d’intermédiaire, qui avait apparemment trouvé très drôle de hurler mentalement
* Mayday Mayday Mayday, SOS, Alerte rouge ! * dans la tête de Dieter pendant tout son trajet vers le réfectoire. Si le pouvoir télépathique des sorciers pouvait fonctionner à rebours, ça serait quand même plus pratique pour les communications. Et si Shan pouvait apprendre la mesure… « Modérer l’usage de la télépathie », c’était pas précisé aux sorciers, dans leurs cours, peut-être ?

Dieter avait donc pris son service à 21h45, après avoir fait part à ce crétin de Shan de ses protestations indignées devant ses gamineries. Augustine avait signifié à son assistant qu’il aurait droit à une prolongation du couvre-feu au cas où elle ne serait pas rentrée à temps pour qu’il puisse partir, elle en avait déjà fait la demande tandis qu’il était en chemin – elle-même aurait probablement encore des affaires à régler dans le réfectoire. Dieter était assez content à l’idée de se balader dans des couloirs presque vides et à la lumière tamisée…

La cantine était en train de se vider. Seules quelques groupes étaient encore attablés, dont pas mal de vampires, qui préféraient la vie nocturne. Ceux-ci étaient pour la plupart assez silencieux, sirotant leur breuvage sanguin, mais quelques personnes maintenaient encore un niveau sonore assez élevé dans la pièce.

C’était plutôt sympa de venir à cette heure-là, alors que l’heure de pointe était passée et qu’il n’y avait plus grand-chose à laver. Seul dans les cuisines, Dieter, alors que ses mains s’activaient dans l’eau, laissa vagabonder ses pensées jusqu’à ce qu’il n’ait plus de place sur son chariot de vaisselle propre, puis sortit pour aller répartir assiettes et couverts aux différents emplacements stratégiques, pour les convives du lendemain. Il n’y avait plus grand-chose à laver, encore un plein chariot s’il comptait les affaires que les dernières personnes n’avaient pas encore déposées.

Un homme maigrichon d’une trentaine d’années, qui semblait tout récemment arrivé à en juger par la manière dont il regardait les alentours, l’apostropha pour lui demander quelques précisions sur les horaires d’ouverture de la cantine, la nourriture qui y était servie, et comment faire pour avoir de la nourriture sans gluten parce qu’il ne le digérait pas. Dieter prit le temps de lui répondre, serviable, puis l’homme en question – un sorcier – s’en fut en suivant un groupe de membres de sa race pour rejoindre ses quartiers.

« Merci encore ! » fit-il alors qu’il sortait de la salle.

« De rien ! » répondit Dieter, projetant sa voix suffisamment fort pour couvrir la distance qui les séparait et le bruit des roues de son chariot alors qu’il se dirigeait vers la porte de la cuisine. Il ouvrit celle-ci sur l’apocalypse.

Quelqu'un était là qui, apparemment surpris par l’arrivée de l’ange, commença par répandre un panier d’oranges qui tombèrent avec une cascade de
tump, tump tump, tump, et roulèrent partout dans la salle. L’intrus glissa sur l’un des fruits et se raccrocha à ce qui lui tombait sous la main – la poignée d’un tiroir contenant couteaux, louches et autres ustensiles de cuisine, qui valsèrent dans les airs et retombèrent tout autour de lui avec un vacarme du tonnerre.

Wow.

La présence de membres extérieurs au service ne semblait pas être expressément interdite dans les cuisines (les
persona non grata étaient rares, même s’il y en avait ; Augustine avait insisté pour qu’il empêche une certaine elfe rouquine de s’introduire ici en son absence, parce qu’elle était difficilement gérable). Toutefois, la plupart des gens ne pensaient même pas à y entrer et se contentaient de la grande salle réfectoire, donc découvrir quelqu'un ici, c’était inhabituel.

L’ange resta figé quelques instants, les bras relevés devant lui dans un geste d'auto-protection au dessus de son chariot vide. L'ahurissement qu’il avait ressenti en premier lieu se teinta d’une certaine anxiété lorsqu’il remarqua le visage de ce cinquième cavalier de l’apocalypse, assis par terre au milieu des oranges et des couverts. Ses souvenirs, bien qu’embrumés par l’état de fatigue qui l’avait alors possédé, de la soirée où il avait croisé ce vampire, n’était pas des plus sereins. Qu’était-il venu faire ici ?

« Qu’est-ce que tu es venu faire ici ? » demanda-t-il en écho direct avec sa pensée, d’une voix interloquée, balayant des yeux l’étendue du désastre avant que ses yeux ne se fixent sur le vampire maladroit. Ses bras retombèrent, ballants, de chaque côté de son corps. Plusieurs émotions contradictoires fondirent sur lui – désespoir de se voir rajouter le boulot de ramasser tout ce bazar, une pointe d’énervement contre le fautif, la surprise de le voir ici, le malaise que provoquait chez lui cette personne depuis leur unique entrevue avec ses gestes étranges, sauvages et imprévisibles, ses yeux clairs comme du métal au milieu de son pâle visage de vampire ; mais aussi une certaine hilarité devant le comique de la situation.

Il laissa échapper un petit rire bref qu’il tenta de masquer d’une main, incertain comme la dernière fois de la réaction du vampire.

Il n’aimait pas se retrouver face à des personnes imprévisibles. Ça lui rappelait son père et les dîners à la maison quand il était petit, et les brusques accès de rage de son géniteur qui soudainement explosaient et le faisaient frapper sa progéniture. Avec la pratique, Dieter s’était accoutumé à discerner des signes avant-coureurs de ces explosions, et à se mettre hors de son chemin quand il les détectait, bien qu’il ne sût jamais de quelle manière sa violence allait s’exprimer. Mais, après une seule et brève rencontre alors qu’il était dans un état d’épuisement avancé, il n’avait pas encore eu le temps de faire de même avec la personne devant lui, alors qu’il avait senti d’instinct une certaine animalité chez le vampire.

L’ange essaya de reprendre contenance, se mordant la lèvre pour ravaler le sourire nerveux qui subsistait encore vaguement sur ses lèvres. Il hésita un bref instant à offrir sa main pour l’aider à se relever, comme il l’aurait proposé à la plupart des gens ; mais il préféra la prudence et se pencha plutôt pour ramasser deux agrumes qui avaient roulé jusque sous son chariot, et avança de quelques pas pour récupérer le grand panier tombé à terre.

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Will
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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Jeu 19 Jan - 0:18

Ce fut un visage connu qui découvrit Will dans toute sa maladresse. Bien que le vampire ne connaissait pas son nom, il reconnu immédiatement l’ange qu’il avait croisé, un mois auparavant, lors de sa précédente et unique sortie hors de l’étage de ses semblables. Il pu toutefois poser sur l’autre jeune homme un regard nouveau. En effet, sous l’abondante lumière ambiante, il lui était, cette fois, bien plus facile d’observer les traits de l’autre Allemand. Il lui trouva un air avenant, mais peut-être sa perception des choses était-elle teintée de l’impression qu’il lui avait laissé. D’autant que son jeune visage lui paraissait plus coloré et vivant que la dernière fois.

L’ange darda sur lui ses prunelles foncées pendant un moment (regard que Will subit – et rendit – sans broncher), avant d’abruptement lui demander la raison de sa présence. Le vampire, qui n’avait plus bougé depuis que son séant avait rejoint le sol et tenait même encore la poignée arrachée du tiroir dans sa main, continua dans la voie de l’immobilisme, incertain de la réaction à adopter.

Un couinement s’échappa des lèvres de l’ange qui, selon toute vraisemblance, chercha par la suite à maîtriser les émotions paraissant sur son visage, mais Will fut bien incapable de déterminer s’il s’agissait d’une bonne ou d’une mauvaise chose. Malgré tout, il lui semblait bien plus expressif que dans ses souvenirs, plus à l’aise, plus... dans son élément ? Conséquemment, le vampire se retrouvait, lui, inconfortable. Il n’avait, certes, pas mis les pieds dans une cuisine depuis plus d’un demi-siècle. Ajouter à cela sa totale inaptitude pour les relations sociales lui donnait l’impression d’être en équilibre sur une corde raide, où chaque mouvement était susceptible de le projeter dans le vide.

C’est donc par pur instinct que, lorsque l’autre Allemand s’approcha pour récupérer quelque chose au sol, Will eu un brusque mouvement de recule qui envoya l’arrière de sa tête heurter le devant du comptoir. Un grognement animal lui échappa, entre ses dents serrées, et il porta une main à son crâne endolori, non sans jeter un regard accusateur à l’autre individu, indirectement responsable de cette douleur.

Il n’avait pas (littéralement) peur de l’ange. Cependant, il avait envi qu’une distance respectable soit maintenue entre eux, autant pour que l’autre jeune homme ne puisse pas le toucher que l’inverse. En effet, dans ce contexte qui n’était pas celui d’une proie et d’un prédateur – qui ne devait pas l’être du moins –, une situation qui lui était encore inhabituelle malgré ses trois mois passés à la CAT, il avait besoin de se sentir libre de ses mouvements. Cela était d’autant plus vrai que, dans l’instant, il se retrouvait acculé dans cette cuisine.

Son mal de tête passa aussi rapidement qu’il était venu, peut-être avalé par le vide béant qui siégeait dans son estomac et qui se fit à nouveau violemment sentir. Will avala sa salive en détournant le regard de l’ange et se mordit la langue en cherchant quoi faire... ou quoi dire ? Peut-être pouvait-il comprendre ?


« J’ai besoin... », commença le vampire, puis il marqua une pause, cherchant comment formuler ce qu’il ressentait. Il laissa échapper un soupir, frustré par la situation et par la faim, mais aussi par son inaptitude à communiquer, avant de recommencer :

« J’ai faim. »

Une affirmation qui sonna dur dans toute sa véracité. Il s’était exprimé dans sa langue natale, ne voyant pas l’intérêt de l’éviter alors qu’il savait qu’il avait affaire à un autre Allemand.

Toujours assis par terre, Will posa les coudes sur ses genoux et, baissant la tête, enfouit ses deux mains dans ses cheveux blonds, fixant son regard sur le carrelage blanc laiteux directement devant lui, tentant d’ignorer le regard de l’Autre, qu’il savait pertinemment être braqué sur lui, en train de le jauger et de l’analyser. Il n’y avait pourtant pas à réfléchir longtemps. Même Will s’était rendu compte qu’il n’était pas à sa place à la CAT.

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Dieter
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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Ven 20 Jan - 14:33

Dieter interrompit immédiatement son geste en direction du panier lorsqu’il vit le vampire, qui avait été jusque-là d’une immobilité totale, faire un mouvement en arrière qui l’amena à se cogner brutalement la tête sur le comptoir. Le grondement sourd que produisit le vampire le fit reculer précipitamment. Wow. Ce type était un vrai loup, complètement sauvage. Et maladroit, aussi. Deux fois que Dieter le voyait bouger ce soir et il avait réussi à foutre un bazar innommable dans la cuisine, à se retrouver les fesses par terre, et à se cogner le crâne. Chapeau bas.

Abandonnant l’idée – apparemment trop ambitieuse – de récupérer le panier, un peu penaud de sa propre couardise mais en même temps trop attaché à sa propre existence pour la mettre ainsi en danger en s’approchant de ce fauve sanguinaire, il posa les deux oranges qu’il avait récupéré sur le comptoir à côté de lui, marmonnant un
« désolé » sans trop savoir de quoi il devait s’excuser au juste. Après quelques instants pendant lesquels, indécis, il se frotta l’avant-bras d’un geste timide en regardant vaguement le vampire qui se massait le crâne et le regardait comme si tout était de sa faute, l’ange se mit à ramasser les fruits tombés au plus près de lui, prenant garde à ne pas faire le moindre geste pouvant être interprété comme un empiétement sur l’espace personnel de celui qui était pourtant l’intrus, dans cette cuisine.

L’intrus en question resta immobile comme il l’avait été jusqu'à ce qu’il s’envoie la tête contre un meuble. Il ne fit pas un geste pour aider l’ange à ramasser les fruits et couverts, comme les bonnes manières l'auraient commandé. Plusieurs sentiments semblaient s’emparer de lui au vu des réactions que Dieter perçut fugitivement sur son visage, mais celles-ci étaient trop difficiles à interpréter.

« J’ai besoin… » dit finalement le vampire à Dieter qui fut presque soulagé d’entendre un son humain sortir de la bouche de cet animal sauvage. Après un instant où le vampire semblait perdu, frustré, il continua en Allemand : « J’ai faim. »

Un léger frisson parcourut Dieter, même si en un sens, cette réponse à sa question était la plus attendue. Il regarda le vampire pencher la tête vers le sol, enfouir ses mains dans ses cheveux. L’ange le sentait plein de détresse. Il aurait presque été touchant s’il n’était pas aussi intimidant. Enfin, remarque, si, il l’était un peu, dans cette position qui n’était plus du tout celle d’un prédateur.

« Je vais te donner ça », dit Dieter dans la même langue que son interlocuteur, d’une voix polie et professionnelle – peut-être légèrement plus aiguë que d'habitude – en se dirigeant prudemment vers l’endroit où étaient entreposées les poches de sang, tiédies et prêtes à être distribuées, ramassant nonchalamment deux autres fruits sur son passage. Il essaya de contourner et de se rapprocher le moins possible du vampire, histoire d’éviter un nouveau grognement bestial de la part de ce dernier. Heureusement, le bain-marie en inox où se trouvaient le sang à température idéale pour la consommation était situé à un endroit qu’il pouvait atteindre sans risquer de marcher sur les pieds du vampire. « Tu as une préférence ? AB+, O-… ? » commença-t-il à énumérer, courtois, tout en parcourant les stocks préchauffés disponibles, faisant de son mieux pour faire comme s’il listait les différents parfums disponibles de yaourts.

Certains vampires avaient des goûts très spécifiques, comme Dieter avait pu s’en rendre compte en travaillant à la cantine. Et bien trop d’entre eux auraient répondu ‘AB-‘ à la question que venait de poser Dieter, probablement juste parce que c’était plus rare, lui avait un jour expliqué un vampire qui se définissait comme gourmet. Thomas aurait probablement répondu avec un sourire un peu joueur que ces questions de groupe sanguin étaient sans importance, et que seul comptait le plaisir ressenti lorsque l’on sentait le pouls rapide de sa victime après l’avoir poursuivi, le sang s’écoulant dans la gorge du prédateur d’une manière encore plus vive. Uuugh. Un nouveau frisson parcourut le dos de l’ange tandis qu’il se rappelait une remarque de ce genre que lui avait fait le « demi-frère » de son ami. L’ange préférait largement ces petites poches neutres qu’on pouvait se figurer, avec un brin d’imagination, contenir quelque chose de plus ragoûtant ; coulis de cerise, jus de raisin rouge un peu concentré… C’était tellement propre, sous cette forme, que ça ne ressemblait pas vraiment à ce que c’était, de l’avis de Dieter.

Après quelques secondes, il leva les yeux des poches de sang vers le vampire alors qu'une idée lui venait soudainement à l’esprit : il n’avait jamais croisé le vampire dans la cantine, alors même qu’il y travaillait régulièrement, notamment le soir. Comment il se nourrissait, d'habitude ? Il n’osa pas poser sa question au vampire, mais ça le taraudait…

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Will
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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Lun 23 Jan - 1:28

Will fut tiré de son observation du plancher, où une palette de blancs se mélangeaient sur les tuiles, s’entrelaçaient en formant sur chaque pièce un tourbillon opalin – une vision qu’il espérait, peut-être, distrayante et capable d’attirer son attention autre part qu’autour du trou noir qui occupait son estomac – par la réponse étrangement calme de son interlocuteur. Il redressa lentement la tête, ses mains restant levées de façon incertaine, comme s’il s’apprêtait à reprendre sa position précédente, et suivi l’ange des yeux jusqu’à ce qu’il s’arrête prêt du bain-marie. Il commença à en faire l’inventaire avec beaucoup d’aisance, tandis que le vampire le fixait du regard sans broncher.

Il n’était pas certain d’aimer la situation, d’être servi comme un enfant. Il avait passé près d’un siècle entièrement seul, à survivre exclusivement par lui-même, à jongler entre le besoin de se nourrir et celui de se cacher. Il s’était battu, il avait été blessé, il avait tué... plein de fois. Néanmoins, maintenant qu’il était à la CAT, on l’entourait de soins comme s’il était une petite créature fragile. C’était à la fois inattendu, surréaliste et... un peu dur sur l’orgueil ? Surprenamment, Will réalisa qu’il avait de l’orgueil.

Il s’imagina violemment bousculer l’ange hors du chemin, s’emparer de ce dont il avait besoin et s’enfuir par où il était venu, comme la bête socialement inadaptée (mais inexplicablement un peu orgueilleuse) qu’il était. Le regard interrogatif de l’ange, qui avait relevé la tête de son dénombrement des produits sanguins dans l’attente d’une réponse, croisa le sien et le ramena sur terre, lui faisant prendre conscience qu’il était toujours prostré au sol et n’avait pas réellement mis en application ce ‘‘plan’’. D’un autre côté, s’il l’avait fait, il était plus qu’incertain qu’il eut opté pour les poches de sang artificiellement conservées.

Il baissa finalement ses mains, les laissant ballantes devant lui alors que ses avant-bras venaient reposer sur ses genoux, et haussa une épaule, totalement indifférent aux choix proposés par l’autre Catien. Il n’avait jamais pris la peine de se choisir un groupe sanguin préféré et se demanda combien mondaine devait être la vie d’un vampire pour qu’il pût développer pareil caprice. De toute façon, il lui semblait que tout le stock de sang de la CAT était altéré, entaché d’un arrière-goût artificiel. Peut-être était-ce le plastique de l’emballage, peut-être était-ce le manque d’adrénaline dans les veines des donneurs...

À nouveau, il se retrouva incertain de ce qu’il était censé faire. Pouvait-il s’enfuir avec sa pitance ou y avait-il aussi un règlement qui l’obligeait à rester, à s’asseoir à une table où il prétendrait être civilisé pendant que l’ange l’observerait mettre du sang partout ? Aurait-il toujours le même air serviable une fois que Will aurait renversé la moitié de son repas en essayant de boire le contenu d’un sac qui n’avait clairement pas été conçu pour être déchiré avec les dents ? Même à lui, ça lui semblait plus monstrueux que la façon naturelle de faire. La CAT avait de drôles d’idées.

Au-delà de ces considérations, il fallut au vampire plusieurs secondes avant qu’il ne rassemble assez de confiance en ses capacités à maîtriser ses envies de prédateur pour, avec prudence, se mettre debout et lentement, timidement, s’approcher d’un pas en direction de l’ange (en bousculant au passage une orange qui alla rouler un peu plus loin). Ce faisant, il ne le quitta pas des yeux, son instinct le mettant en garde contre la possibilité que le jeune aide de cuisine ne sorte soudainement un pieu de son tablier pour le trucider. Le risque étant raisonnablement faible, il osa un second pas, le menant presque à portée de l’autre Allemand. Presque. À partir de là, toutefois, il figea. Devait-il dire quelque chose ?

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Dieter
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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Mar 24 Jan - 19:29

Le regard de Dieter croisa celui du vampire. Il ne le soutint que quelques instants, avant de briser le contact oculaire. Bien que l’ange évoluât cette fois dans son terrain de connaissance et qu’il soit au mieux de sa forme, il n’était pas encore tout à fait rassuré en la présence de ce Catien-là. Depuis leur première rencontre, il n’aurait su dire précisément ce qui l’incitait à penser cela, mais il avait trop souvent la sensation qu’il allait se faire sauter dessus et arracher la tête. Il y avait en même temps dans nombre de ses réactions une sorte de circonspection, de prudence, comme s’il restreignait tout ce qu’il faisait, incertain de ce que son interlocuteur penserait s’il faisait tel ou tel geste. Était-ce une sorte de timidité, ou bien, comme il l’avait senti de manière plus visible peu avant qu’ils se séparent la dernière fois, une marque de son faible contrôle sur des pulsions potentiellement meurtrières ? Uh. À sa décharge, on pouvait au moins se dire qu’il essayait…

En réponse à la question de l’ange, l’autre Allemand haussa une épaule en un geste évasif. Ah. Quelqu’un qui n’est pas difficile sur la nourriture. C’est bien. Incapable de déterminer combien le vampire souhaitait de ces rations – certains vampires se contentaient d’une, tandis que d’autres en prenaient trois ou plus, ça devait dépendre des métabolismes –, Dieter sortit pour le moment une seule poche de sang du contenant en inox, les doigts comme toujours un peu pris de court par la sensation de ces objets à température humaine contre sa peau. C’était très étrange à tenir.

Le petit Allemand vit le vampire se lever lentement, avec cette espèce de circonspection que Dieter avait pu observer en lui. Il avança d’un pas, envoyant encore une fois rouler une orange jusque sous un meuble, remarqua l’ange, qui se demanda un bref instant si le vampire avait un minimum conscience de son environnement. En fait, il n’avait probablement pas conscience de ce dernier, car ses yeux étaient fixés sur lui, comme s’il était… prudent ? Pensait-il que Dieter allait lui décharger une rafale de mitrailleuse MG 08/15 ? C’était un peu l’impression qu’il donnait. Il ressemblait à un animal semi-sauvage, affamé, qui se demande si le morceau de viande que l’humain lui agite sous le nez avec un air avenant cache des intentions sournoises de la part de ce bipède.

Un second pas rapprocha un peu plus la bête en question de Dieter, avant qu’il se fige entièrement, regardant l’ange d’un air incertain. Il était tout prêt cette fois, plus prêt que l’ange ne l’avait jamais vu depuis leur première rencontre. Ce n’était pas sa taille qui était impressionnante chez lui – Dieter était habitué à lever les yeux vers la plupart des gens, de toute façon – mais cette aura de sauvagerie derrière ces traits plutôt juvéniles.

Ils restèrent silencieux tous les deux un bref instant, avant que Dieter ne reprenne la parole.

« Tiens », fit l’ange en tendant d’une main la poche de sang toute flasque au vampire, refermant le couvercle du bain-marie en inox pour le moment pour éviter une déperdition de chaleur. « Si tu n’as pas envie de manger dans la cantine avec les autres, tu peux rester ici, tu seras plus au calme », ajouta-t-il d’un ton affable, incertain sur les intentions de son interlocuteur. Il supposait que le fait qu’il se soit introduit sans être détecté dans la cantine, à une heure aussi tardive montrait qu’il n’appréciait pas une trop nombreuse compagnie. Il ne lui était pas venu à l’esprit que ce convive pourrait préférer carrément repartir avec son butin et manger dans sa chambre, donc sa proposition lui paraissait la plus sensée. « Tu peux m’en redemander si tu as encore faim après, si tu veux. Je ne sais pas combien tu en prends d’habitude. Je te laisse t’installer, moi, il faut que je finisse la vaisselle et puis que je…, enfin, je ramasse… tout ça », dit-il avec un vague sourire en désignant d'un geste large le sol où traînaient pommes, oranges et couverts un peu partout. Il avait failli dire « que je ramasse tes bêtises », ou quelque chose du genre. Non, soyons gentil avec le vampire maladroit. Peut-être proposerait-il de lui-même d’aider le cantinier à réparer ses propres dégâts… Fol espoir ?

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Jeu 26 Jan - 0:30

Will, pourtant si prudent, n’eut cette fois aucune hésitation avant d’étirer le bras pour récupérer doucement, comme s’il s’était agit de quelque chose de fragile, le sac que l’ange lui tendait. Il s’en saisit sans un merci – un mot qu’il n’avait pas l’habitude de prononcer – et avec, ensuite, à peine un coup d’oeil pour son pourvoyeur, son regard étant maintenant complètement captivé par la pitance qui lui était offerte.

« [...] tu peux rester ici, tu seras plus au calme. »

Le vampire n’eut pas besoin de se le faire dire deux fois. Il n’écoutait d’ailleurs déjà plus et rata tout ce que l’autre Catien put lui dire par la suite. Le dos appuyé contre le comptoir, il se laissa glisser jusqu’au sol pour s’y rasseoir, déplaçant d’une main distraite une louche qui se serait, autrement, retrouvée directement sous son postérieur. Il ne se nourrissait jamais debout.

Sa façon de manger n’était probablement pas la plus efficiente, mais puisque personne n’avait jugé pertinent de lui expliquer la marche à suivre normale et que, de toute façon, le but recherché était atteint et que c’était tout ce qui l’intéressait, Will fit comme il en avait pris l’habitude : il pratiqua une ouverte dans le sac à coups de dents. Comme à chaque fois, la pression qu’il devait maintenir sur la poche de sang dans le processus entraîna un déversement d’une certaine quantité du précieux fluide, qui lui roula sur le dos de la main, les bras et, bien sûr, le menton. Il en récupéra un peu en se léchant les doigts, mais le sang continua de perler du sac jusqu’au plancher dans le même temps et il abandonna donc l’idée de sauver ce qui ne pouvait l’être. Posant la bouche sur l’ouverture pratiquée dans le plastique, il balança la tête vers l’arrière et bu goulument le palatable liquide.

Malgré le goût sous-optimal, les yeux à demi-fermés, Will apprécia ce repas tiède qui vint combler le trou géant qui avait jusqu’alors remplacé son estomac. C’était déjà mille fois mieux que les misérables réserves froides sur lesquelles il avait subsisté pendant les dernières semaines. Un gémissement satisfait, dont il n’eut pas conscience, lui échappa alors qu’il terminait son dîner et il garda ensuite les yeux fermés quelques secondes, savourant la sensation des dernières gorgées du liquide qui descendaient son oesophage.

Comme un drogué ramené à la réalité, il émergea plus ou moins doucement de son cocon de confort au son des assiettes qu’on empilent et ouvrit les yeux sur la vision de l’ange, quelques mètres plus loin, presque dos à lui, les deux bras dans l’eau de vaisselle. Tout ce qui lui vint à l’esprit alors fut une question : Et maintenant, quoi ?

Léchant distraitement ses doigts rougit, Will envisagea les options qui s’offraient à lui. L’idée la plus séduisante était de repartir discrètement, comme il était venu, vers sa chambre. Toutefois, il était... il n’était pas certain du mot. L’ange avait été aimable et, alors qu’il l’observait s’afférer, le vampire avait le sentiment qu’il devait le lui faire savoir. Déjà, peut-être pouvait-il essayer de ne pas trop l’horrifier, songea-t-il en constatant que, en plus de ses mains, il avait taché le plancher, mais aussi son pantalon cargo et son t-shirt. À l’aide de la manche de la veste qu’il portait par-dessus, il s’essuya le menton, puis termina de lécher les paumes de ses mains pour en enlever le plus possible l’hémoglobine. Il se releva ensuite sur ses pieds, comme un homme, et... resta là plusieurs secondes, le sac de sang vide abandonné à ses pieds.


« Uh... Tu es gentil. » C’est le mieux qu’il trouva à dire avant de sombrer à nouveau dans le mutisme et l’immobilisme, attendant une hypothétique réponse de l’autre Allemand.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Ven 27 Jan - 18:16

Le vampire, sans un mot, prit d’un geste calme et doux la poche de sang que lui tendit Dieter. Alors qu’il finissait de parler, Dieter vit que son interlocuteur n’avait semble-t-il rien écouté de la fin ; seule sa nourriture semblait désormais mobiliser son attention, tandis qu’il se laissait lentement glisser vers le sol, repoussant ce qui gênait l'assise de son postérieur. Eh ? Ah. Bon. Il y avait une chaise, hein, un peu plus loin. Dieter n’avait pas pris la peine de signaler sa présence, mais il pensait qu’il allait de soi qu’elle était disponible pour lui…

La vision du vampire ouvrant le contenant d’un coup de dents l’empêcha de mentionner ce siège. L’ange, alarmé, ouvrit la bouche et esquissa le geste de lever une main pour prévenir cet acte , mais il était déjà trop tard. Le liquide ponceau coula sur le menton du vampire, sur ses membres, sur le sol… enfin, partout. Le visage de Dieter se tordit pour prendre l’aspect d’un masque de tragédie grec, la bouche ouverte dans un rictus de désespoir et de dégoût, tandis que ses mains se crispaient violemment telles des serres. Uh. Il se figea quelques secondes devant la scène, pétrifié. Le taciturne allemand lécha un peu ce qui coulait de partout, puis bascula la tête en arrière pour avaler sa pitance, et de nouvelles coulures vermeilles entachèrent son cou.

Uh.

Uuuuuugh.

Renonçant à intervenir, dégoûté, Dieter se retourna finalement, len-te-ment, en laissant ce convive à son repas sanglant, tout en serrant les yeux très fort, comme pour extirper l’image du sang dégoulinant partout de son cerveau. Évidemment, il avait vu des trucs bien pire au cours de sa vie, des images qui restaient gravées dans sa mémoire et le tenaient parfois éveillé la nuit, mais il n’empêchait que cette vue était pour le moins repoussante. Okay. S’occuper l’esprit. Secouant légèrement la tête, il marcha d’un pas volontaire vers la cuve où l’attendaient les couverts, manquant trébucher sur une pomme – ah, non, il n’allait pas s’y mettre aussi, quand même. Il la ramassa en soupirant, de même que les autres objets qui traînaient sur son chemin, et déposa le tout, pêle-mêle, sur le comptoir. Beurk. Il allait devoir nettoyer, après. Il lava rageusement un plat, secouant la tête en même temps.

Frissonnant, il empilait les assiettes, quand un gémissement derrière lui le fit se retourner brusquement, alarmé. Qu’est-ce qu’il se passait, encore ? Il avait l’impression qu’il pouvait désormais s’attendre à tout, avec ce type-là… Mais apparemment, il était toujours là, accroupi, yeux clos semblait-il, le visage empreint d’une sorte de félicité. L’ange le regarda quelques secondes, avant de s’aviser qu’il était impoli d’agir de la sorte. Il se retourna vers ses couverts, un peu plus calme, puisque de nouvelles pensées flottaient dans sa tête. C’était normal, ces réactions ? La plupart des vampires, quand ils mangeaient, semblaient être en mesure de penser à autre chose. Pas lui, apparemment. Ça, conjugué au fait qu’il ne l’avait jamais, jamais croisé dans les environs de la cantine… Est-ce qu’il était, genre, complétement affamé ?

Tout en se tournant pour déposer une assiette sur le présentoir à sa droite, il jeta un regard en coin au vampire. Celui-ci, toujours accroupi, en train de se frotter le menton de sa manche rubescente et de se lécher les mains, semblait en être au stade de faire sa toilette, se dit Dieter en retournant son visage vers sa tâche, réprimant un sourire. La comparaison à une bête sauvage, genre à un loup, semblait de plus en plus pertinente.

« Uh…Tu es gentil », l’entendit-il dire après quelques instants.

Le cantinier se retourna, une cuiller à servir dans une main et une éponge grattoir dans l’autre. Le vampire s’était levé et se tenait là, immobile. Du sang entachait encore ses membres, son t-shirt, la commissure de ses lèvres… Dire simplement qu’il était impressionnant aurait été un euphémisme. Il était… saisissant ? Il donnait un peu la chair de poule, en tout cas. Mais ni les mots ni le ton qu’il venait de prendre ne correspondaient à cet aspect effrayant.

« Euh… De rien. Enfin, merci », répondit Dieter à ce compliment, en réussissant à arborer un sourire. Il reposa ce qu’il tenait dans l’évier et ôta ses gants, s’approchant un peu du vampire pour parler plus à son aise, en respectant une distance assez grande pour ne pas risquer d’empiéter sur l’espace personnel de son interlocuteur, qu’il jugeait assez vaste au vu de ses réactions précédentes.

« Si tu en veux encore, il n’y a pas de problème, tu n’as qu’à me demander, d’accord ? » fit-il, posant la main sur le couvercle en inox sous lequel étaient entreposées les rations des vampires. Vu la délivrance qu’avait semblé apporter la consommation d’une poche, il était fort possible qu’il ait encore de la place pour un deuxième service. « Tu n’as qu’à jeter la poche vide dans la poubelle ici, au fait », rajouta-t-il, désignant une poubelle, en remarquant le sachet que le vampire avait laissé par terre. Il le dit sans méchanceté, avec politesse. Il semblait avoir intégré que le vampire était incapable de suivre les normes sociales de base.

« Dis-moi, depuis quand est-ce que tu n’avais rien mangé ? » demanda-t-il soudain de son ton toujours prévenant et avenant, très intéressé par la réponse.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Lun 30 Jan - 0:56

Le commentaire de Will a l’adresse de l’ange lui valu toute l’attention de ce dernier. Considérant peut-être qu’il s’agissait d’une tentative de sociabiliser venant du vampire et, possiblement, d’un début de conversation, l’autre Catien délaissa entièrement sa tâche pour se tourner vers lui, non sans l’avoir remercié. Pourquoi ? Il n’avait qu’énoncé un fait...

Se retrouver ainsi le protagoniste semi-forcé d’un échange verbal civilisé mit Will profondément mal à l’aise. Il faut dire que, contrairement à la dernière fois où il avait échangé quelques paroles avec l’ange, ils se trouvaient cette fois dans un environnement totalement différent, avec des murs et une lumière abondante. Le vampire était bien loin de ce à quoi il était habitué. Trop loin.

L’ange s’était approché un peu, restant heureusement à distance suffisante pour que Will ne ressente pas le besoin de reculer. Néanmoins, il ne se sentit pas le courage de le fixer directement et misa à la place sur sa vision périphérique pour l’observer, alors que son regard errait plutôt sur les assiettes propres empilées près de l’évier, puis sur les différents objets que l’autre Allemand lui désigna.

Il lui trouvait une attitude un peu maternelle, au vu de l’attention dont il faisait preuve à son égard, ce qui contrastait avec l’air nerveux qu’il avait eu la dernière fois. Il se souvenait de lui, avec ses ailes immenses, prêt à se battre, et de la rigidité de ses mouvements avant ça, quand il lui parlait. L’ange ne lui avait-il pas dit qu’il n’osait pas partir juste parce qu’il avait peur ? Pourtant, maintenant, malgré les taches de sang qu’il devait forcément avoir remarqué, il ne paniquait pas, loin de là. Certes, Will n’était pas particulièrement versé dans l’art de la synergologie, mais il osait croire qu’il aurait reconnu l’horreur si elle s’était peinte sur les traits de son interlocuteur. En lieu et place, il ne voyait que le calme.

Il ne fit aucun signe pour montrer qu’il avait compris l’offre de l’ange sur la disponibilité de davantage de rations sanguines bien que, évidemment, il en prit note. Assurément qu’il en voulait plus, surtout alors que le goût était si frais à son esprit et réveillait ses appétits autre que purement basaux, mais devait-il forcément le réclamer ? Le demi-litre de sang qu’il venait de consommer lui apportait suffisamment pour qu’il pu porter son attention sur des choses plus futiles – comme une conversation –, mais il aurait aimé pouvoir en rapporter avec lui dans sa chambre et ne pas avoir à remonter à chaque jour jusqu’aux cuisines. L’ange était-il assez serviable qu’il accepterait de venir lui en porter jusqu’à l’étage des vampires, comme l’avait faite la-vampire-sans-nom avant cela ? Ce scénario plaisait énormément à Will. Il envisageait de poser la question, mais l’ange le prit de vitesse avec sa propre interrogation :


« Dis-moi, depuis quand est-ce que tu n’avais rien mangé ? »

« Trois jours ? », répondit-il assez rapidement, parce qu’il n’avait pas vraiment besoin de réfléchir pour faire le calcul. Il n’était pas certain que ce qu’il avait ingéré pendant les semaines précédents lesdits trois jours pouvait compter comme de réels repas (contribuant de ce fait à son état de famine), mais l’ange avait parlé de manger, pas de manger de façon décente.

Complaisant, Will récupéra ensuite la poche de sang vide préalablement abandonnée au sol. Au passage, il lécha l’ouverture autour de laquelle deux goûtes du précieux liquide vermeil lui avaient échappé, puis alla déposer le rebut dans le contenant désigné par le plongeur, deux pas plus loin. En chemin – bien que ce fut bref – un soupçon lui vint. Peut-être l’ange ne faisait-il preuve d’amabilité que parce qu’il en avait reçu l’ordre, comme la-vampire-sans-nom l’avait fait avant lui. Parce qu’il était nouveau. Parce qu’il était dangereux. Parce que la CAT avait besoin de le contrôler.


« Pourquoi ? », demanda-t-il donc, sourcils froncés, en plantant cette fois son regard méfiant directement dans celui de l’ange.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Mar 31 Jan - 19:34

« Trois jours ? » répondit immédiatement le vampire, avec une vitesse inaccoutumée – Dieter avait pris l’habitude de devoir attendre de longues secondes, voire quelques minutes, avant que son interlocuteur ne daigne ouvrir la bouche. Le ton était interrogatif. Est-ce qu’il n’était lui-même pas certain du temps durant lequel il avait jeûné ? En tout cas, après audition de la réponse, l’ange fit une petite moue, ouvrant les yeux un peu plus. Certes, il y avait des vampires qui tenaient trois jours sans manger. Mais c’était quand même beaucoup, non ? Dieter comprenait qu’il ait faim.

Le cantinier fut presque surpris de voir le vampire obtempérer à sa demande de mettre la poche en plastique à la poubelle. Il ne s’attendait pas à cette docilité. Gentil vampire. Il sembla prendre le temps sucer les dernières gouttes du liquide rouge, et en le voyant faire, Dieter se dit que la deuxième poche qu’il avait proposée serait certainement appréciée du buveur de sang. Il était déjà en train de poser la main sur le bain-marie pour en soulever le couvercle, lorsqu’un mot du vampire le fit lever les yeux.


« Pourquoi ? » l’entendit-il demander. Leur regard se croisèrent, et l’ange fut surpris de la soudaine suspicion, et de l’espèce d’animosité qui se dégageait du vampire, dont le visage s’était refermé après la courte éclaircie apportée par son repas. Euh… Il avait fait quelque chose ? Tendu, ses yeux allèrent et vinrent tandis qu’il essayait de calmer le malaise qui s’emparait de lui face à cette créature toute ensanglantée qui était probablement capable de lui briser les os d’une main. On reste calme. Professionnalisme.

« Trois jours, tu dis ? Tu dois avoir faim, non ? » Son petit rire nerveux et bref revint. Uh. Qu’est-ce qu’il avait fait pour l’énerver ? « Je ne pense pas que ce soit très bon d’attendre si longtemps entre deux repas… Tu devrais venir manger plus souvent. » Pas qu’il ait très envie de se retrouver plus fréquemment en sa présence, mais il imaginait que les derniers jours n’avaient pas dû être agréables pour lui. Et s’il pétait les plombs après un jeûne trop long et qu’il décidait de se nourrir sur la première personne qu’il croiserait ?

Pour se donner une contenance, Dieter reprit son geste interrompu et sortit un nouveau sachet rouge du contenant métallique.

« Au fait, tu peux l’ouvrir plus facilement en tirant ici, pour ne pas perdre de sang », fit-il en s’approchant, empressé, pour lui montrer le geste à effectuer. Pas envie de nettoyer plus de taches sanglantes qu'il n'y avait déjà.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Sam 4 Fév - 22:00

« Trois jours, tu dis ? Tu dois avoir faim, non ? »

Ça n’était pas une réponse, si ? L’ange avait l’air bien moins assuré soudainement, débitant des banalités dont Will était évidemment au courant. Il n’était pas devenu vampire la semaine dernière. Il savait très bien quelles étaient ses limites et n’avait pas besoin de se les faire expliquer, a fortiori par quelqu’un qui ne partageait pas sa situation et ne pouvait donc pas les comprendre. Lors de leur dernière rencontre, l’ange avait mentionné avoir eu un ami vampire. Bien que Will douta toujours que ce fut possible, peut-être cela lui faisait-il croire qu’il avait un genre d’expertise sur la chose.

L’autre Catien pêcha à nouveau un sachet de sang à l’intérieur du bain-marie, cherchant peut-être à l’amadouer avec de la nourriture. Sauf que Will venait de manger. Certes, pas à s’en remplir la panse, mais vu le néant qui l’avait envahi avant ce repas, pendant des jours, il se sentait maintenant tellement mieux... Il avait l’impression que des forces – qu’il ne pensait pas avoir perdues – et une lucidité inédite lui revenaient. Et ce nouvel aplomb l’amena à se questionner sur l’attitude de l’ange, sur la façon dont sa question avait été... ignorée ? évitée ? Pourtant, Will ne voyait pas comment elle aurait pu être plus claire, alors qu’elle ne faisait qu’un seul mot. Ne l’avait-il pas entendue ?

L’ange s’approcha brusquement et Will, instinctivement, ne pu retenir un mouvement de recul. Son pied heurta la poubelle derrière lui et il se figea, les mains légèrement relevées, l’échine courbée, méfiant. Il s’en fallu de peu qu’il ne montre les dents, désireux de le garder à distance. Mais l’ange, empressé et le regard fuyant, avait l’air aussi, sinon plus mal à l’aise que lui. Ironiquement, cette vision donna confiance à Will, car c’est ce à quoi il était habitué. Être un monstre qui fait peur, ça il savait le faire.

Plein de cette brusque poussée d’assurance, le vampire redressa la tête, laissa ses bras retomber le long de son corps et avança. Un regard inquisiteur braqué sur l’assistant de cuisine, il ne s’arrêta que lorsqu’il fut presque à longueur de bras de celui-ci, le surplombant de plusieurs centimètres. Ce n’était pas une position naturelle ; il ne dominait pas ses proies de toute sa hauteur en temps normal. Il préférait se regrouper sur lui-même avant d’attaquer. Mais qui avait dit qu’il voulait blesser l’ange ? Il voulait simplement passer un message.

Il ne prit pas la poche de sang, mais leva une main, paume vers le haut, pour que l’ange la lui donne. S’il voulait nourrir la bête, qu’il nourrisse la bête. C’était probablement une attitude puérile, mais il y avait bien longtemps que Will ne s’était pas sentit en position de force – l’ordre naturel des choses – et ça lui faisait du bien. Quelques mois plus tôt à peine, il était encore celui qui avait droit de vie ou de mort sur les autres... et, maintenant, on ne voulait même pas lui répondre ?

Il prit soin de choisir ses mots, le plus difficile pour lui, mais ne parvint pas à trouver mieux que précédemment et articula donc, en y laissant, plus ou moins volontairement, poindre une certaine menace, la même question :


« Pourquoi ? »

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Lun 6 Fév - 19:52

Alors qu’il s'approchait, Dieter se rendit compte que ce n’était pas une très bonne idée. Ça aurait dû être évident, pourtant, face à une personne qui avait bien montré sa difficulté flagrante à se contrôler. De manière prévisible, par réaction, le vampire fit un pas en arrière et se mit dans une position de défense. L’ange stoppa net, raide comme la justice, les deux mains crispées sur la poche de sang.

Immédiatement après, l’espèce d’animal changea de posture, perdant cette pose de bête sauvage qu’il adoptait jusque-là avec son dos courbé, pour prendre une attitude plus propre à l’humain. Ça aurait pu être une transformation agréable, mais en fait, nan. Au contraire, c’était plutôt un changement vers le pire. Le vampire le dépassait d’une bonne quinzaine de centimètres, ce qui n’était pas beaucoup en soi – c’était habituel pour le petit ange – mais le regard qu’il lui jetait donnait lui l’impression d’être complétement ratatiné. Dieter était incapable de le soutenir plus de quelques secondes. Il n'était pas habitué à se retrouver face à un animal sauvage prêt à lui sauter dessus. Par contre, un humain qui, potentiellement, voulait le frapper... Ça, il connaissait. Un peu trop bien, même.

Il recula de plusieurs petits pas sans s’en rendre compte, oppressé, les deux mains serrées sur la poche de sang. Qu’est-ce qu’il avait fait, sérieux ? Le vampire avait visiblement changé d’attitude depuis quelques instants. À quel moment exactement ? Il l’avait caressé à rebrousse-poil ou quoi ? Le déroulement des dernières minutes se rejouait de manière désordonnée dans sa tête, sans qu’il soit capable d’identifier l’instant où il aurait dit quelque chose de mal interprétable, ou bien fait un petit geste susceptible d’irriter quelqu'un. D’ordinaire, Dieter était plutôt confiant dans ses capacités à comprendre ce que voulaient les autres créatures humanoïdes…

Il sursauta – manquant presque sortir ses ailes de surprise – en voyant sa main se lever, paume levée, semblant lui ordonner d’y déposer quelque chose. D’instinct, Dieter déposa la poche de sang dessus, complaisant, ayant très peur de faire de nouveau quelque chose de mal. Au même moment, le vampire prononça, très distinctement, le même mot qu’auparavant :

« Pourquoi ? »

Uh ? De quoi ? Les yeux ronds de Dieter, effrayé par le ton menaçant et la posture menaçante, se posèrent sur ceux de la créature vampirique. L’ange était terrifié. Une part de lui-même se rendait compte que, s’il avait peur du vampire, de sa force physique et de sa sauvagerie, il était en même temps inquiet de s’être mal fait comprendre de son interlocuteur.

« Pourquoi quoi ? » demanda bêtement Dieter en retour, l’air toujours interloqué et apeuré, continuant de reculer sans s'en rendre vraiment compte. « Pourquoi je te demande ça ? » essaya-t-il immédiatement, sans laisser passer de temps après sa première question. Il avait l’impression d’avoir répondu déjà, non ? Enfin, en y repensant, peut-être que la manière dont il avait répondu n’était pas assez directe ? C’était peut-être ça ? « Je sais pas », lâcha-t-il encore à toute vitesse. C’était vrai. Il ne s’était pas demandé pourquoi il avait parlé. Okay, il était du genre à réfléchir à ce qu’il disait un peu trop, mais ça ne l’empêchait pas d’être capable de tenir une conversation normalement, sans se demander s’il devait dire ci ou ça… Parfois, il parlait et regrettait ensuite. Est-ce que ce qu’il avait dit était vraiment offensant ? What had triggered the vampire ? Did he assume his gender ? Tout se mélangeait dans sa tête.

« Euh, je suis désolé, j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? C’était juste que j’étais… curieux ? Désolé vraiment. Je m’étais juste dit que ça ne devait pas être facile de rester trois jours sans manger et que ça me semblait pas bien pour toi de faire ça. Et puis, euh, tu mangeais bizarrement », sortit-il, presque toujours dans le même souffle. Noooon. Il s'enfonçait, là. Uh. « Pardon, je ne voulais pas dire que... Euh, c'est juste que, enfin, tu avais l'air d'avoir très faim, donc j'ai juste voulu savoir pourquoi tu avais l'air d'avoir si faim, enfin, euh... Uh. »

Il s'arrêta brusquement de parler, se mordant la langue. Il sentit de légers picotements d’énergie dans son avant-bras gauche, le faisant réaliser qu’il s’était planté les ongles dans la peau. Il relâcha la pression de ses doigts. Uh. Il aurait voulu se rendre invisible.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Lun 6 Fév - 23:29

L’assurance de Will prit toute l’ampleur que l’ange lui concéda alors qu’il abandonnait du terrain, reculant comme la proie effrayée qu’il était. Elle s’enfla, rayonnant autour du vampire un peu plus loin à chaque signe de faiblesse de son interlocuteur, aussi sûrement que si elle s’en était nourri. Elle coulait dans ses veines en propageant avec elle cette énergie, cet instinct, qui faisait de lui la machine à tuer qu’il était. Gorgé de cette force oubliée, Will serra la mâchoire et pencha tranquillement la tête vers l’avant, le reste de son corps toutefois immobile alors que son regard ne fixait plus qu’une seule chose... une seule personne.

« Je sais pas... »

Il était de retour dans la forêt. Il n’avait plus peur, plus besoin de faire semblant. Il était face à un homme qui allait mourir, parce que les choses étaient ainsi faites. Ça lui convenait. Il n’était pas difficile.

« ... J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? »

Ce serait rapide. Il n’éprouvait pas de plaisir à faire souffrir inutilement. Il n’était pas certain d’être encore capable de ressentir le plaisir, de toute façon.

« ... Tu mangeais bizarrement. »

Il était extrêmement fort. Il lui briserait le cou. Il n’aurait même pas besoin de faire un effort.

« ... Tu avais l'air d'avoir si faim. »

Pourquoi l’homme ne fuyait-il pas ? Il aimait bien courir. Peu importe.

Will sursauta lorsqu’un bruit d’éclatement brisa brusquement la tension ambiante. Il cligna des yeux rapidement à quelques reprises et son regard se porta sur sa main, l’origine du son. Il devait avoir inconsciemment serré le poing, car la poche de sang que l’ange lui avait offert s’était fendue. Le vampire l’observa quelques instants sans bouger, surpris, laissant le sang tiède glisser doucement entre ses doigts, rouler sur le dos de sa main, puis s’écraser en grosses gouttes paresseuses sur le sol.

Un grognement de dédain s’échappa d’entre ses dents serrées et il bougea enfin. À deux mains, il tint du mieux qu’il pu le sac déchiré et s’y abreuva, incarnation de l’absence de grâce, mais également de la frustration. Il était en colère. Rationaliser ce sentiment dépassait malheureusement largement les compétences introspectives du vampire. Peut-être était-il irrité d’avoir été ramené à la triste réalité. Peut-être s’en voulait-il de ne pas avoir eu le temps de tuer l’ange. Peut-être était-il plutôt exaspéré d’avoir failli céder à ce besoin bestial. Peut-être était-il tout simplement déçu de voir encore une fois un peu du précieux liquide carmin se perdre sur le sol...

Il mangeait bizarrement ? Dixit celui qui avait le loisir de ne pas dépendre de liquide ensaché pour vivre...

Will ne termina pas cette seconde ration sanguine, avalant juste ce qu’il fallait pour que son contenu cesse de fuir. Il devait avoir l’air monstrueux...

Sécurisant le sachet de sang dans une seule main, il tenta du mieux qu’il pu de s’essuyer avec le dos de son autre main. Il se sentait soudainement bien las. L’assurance s’était envolée, emportant tout avec elle à l’exception d’un énorme poids sans nom qu’elle lui laissa sur les épaules. Il ne se sentait même plus le courage de regarder l’ange directement et, pensif, observa plutôt les reflets soyeux du liquide pourpre dans le sac, appréciant la façon dont la lumière changeait lorsqu’il bougeait délicatement les doigts sous le plastique.


« Ton nom, c’est quoi ? »

Il posa la question après un long moment d’hésitation – sans vérifier si l’ange était encore là, mais le supposant –, d’une voix rauque et empreinte d’une irritation résiduelle, en colère contre tout, y compris lui-même... surtout lui-même ?

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Mer 8 Fév - 14:52

Heureusement que Dieter n’avait plus besoin de respirer. Depuis qu’il était un ange, il avait commencé à s’habituer à ne plus respirer du tout en situation de stress. C’était bien mieux que de se mettre à hyper-ventiler.

Alors qu’il parlait encore, la tête légèrement baissée, les yeux divaguant au niveau des bottes du vampire, il ressentit physiquement l’oppression que provoquait sa présence devant lui, de plus en plus forte, de plus en plus violente. Il avait la trouille.

Quelques secondes s’égrenèrent, infinies, après que l’ange terrorisé eut arrêté son monologue. Puis, soudain, un
paf retentit et fit sursauter Dieter, qui leva ses bras devant sa tête en rentrant celle-ci entre ses épaules, dans un geste d’autoprotection dérisoire. Il regarda rapidement le vampire, et vit que l’origine du bruit était la poche de sang que lui avait donné Dieter, qui avait éclaté. Il put constater que le vampire était aussi surpris que lui par le bruit inopiné. L’ange regarda le sang couler de sa main vers le carrelage, à l’origine blanchâtre et désormais maculé en plusieurs zones de taches rouges. Comment avait-elle éclaté ? Avait-il trop serré le poing ? La vague pensée qu’il faudrait qu’il nettoie tout ça avant de partir tout à l’heure traversa son esprit sans s’y arrêter plus d’une fraction de seconde ; sa tête était trop remplie de bourdonnements multiples pour laisser une place durable à ce genre de préoccupations.

Un grognement en provenance du vampire le fit tressaillir et reculer plus rapidement – il n’avait jusque-là cessé de faire de minuscules pas en arrière, inconsciemment. Son dos heurta le comptoir-îlot, le faisant reprendre conscience de son environnement ; il en fit silencieusement le tour pour se placer derrière, rassuré par la distance que créait cette piètre barricade. Il resta ensuite là, debout, bras croisés sur sa poitrine, mains crispées sur ses vêtements, épaules vers l’avant, frissonnant, regardant le vampire manger. Seuls ses doigts bougeaient, se contractant et se détendant sur le tissu de son T-shirt. La vaisselle à faire était oubliée pour le moment.

Qu’est-ce qu’il avait fait de mal ? Il se rendait vaguement compte que cette interrogation était probablement stupide. Il n’avait de toute évidence rien fait pour s’attirer les foudres de cette créature. La réaction de l’ange était certainement puérile. Ce n’était pas lui qui était en tort… Mais toutes les tentatives de raisonner avec ses peurs ne rencontrèrent que de maigres succès. Une culpabilité sans objet écrasait les plus petites parcelles d’assurance qu’il essayait de retrouver.

Observant le vampire qui mangeait son repas sanglant sans élégance aucune, le tour de sa bouche de plus en plus rouge, il entrevit son expression. Haine ? Colère ? Il n’arrivait pas à bien voir et n’osait pas fixer trop longtemps son visage. Son ventre était sens dessus dessous. Il n’arrivait pas encore à déterminer si c’était provoqué par le dégoût que ne pouvait manquer d’inspirer la vision monstrueuse du buveur de sang, le visage collé au sachet d'hémoglobine, le liquide dégoulinant et remontant ses manches ou coulant par terre, ou bien si ses entrailles étaient retournées par la peur.

Le moment que dura le repas du vampire permis à Dieter de commencer à se calmer. Il fut en mesure de retrouver une respiration normale. Bien qu’encore confus, des idées un tant soit peu construites réapparurent dans son esprit. Pourquoi se retrouvait-il dans cette situation ? La journée avait été chouette, jusque-là. C’était la deuxième fois qu’il voyait cet individu, et la deuxième fois qu’il avait l’impression qu’il allait mourir – ou du moins passer un bien sale quart d’heure.

Les sentiments que réveillait en lui l’Allemand blond venait de très loin, cette fois plus que la précédente. Il lui rappelait l’impuissance et le désarroi qu’il ressentait quand il était gamin, face à son père. La peur de recevoir des coups se mêlait alors à la croyance qu’il méritait ce qui lui arrivait, qu’il n’était pas gentil, qu’il avait mal agi. Son frère avait réussi à se dégager rapidement de cette culpabilité, mais pas lui. C’était peut-être la première fois que ces émotions-là, qu’il avait presque oublié, issues de sa « vie antérieure », refaisaient surface avec une telle violence.

« Ton nom, c’est quoi ? » demanda soudain le vampire.

La question le surprit, mais par réflexe, il répondit immédiatement.

« Dieter. Euh,… et toi ? » La voix rauque du vampire était chargée de colère et fit remonter la tension du petit ange. Elle contrastait de manière flagrante avec celle de Dieter, apeurée. Il resta là, les bras serrés contre son corps, crispé.

« Pourquoi ? » s’entendit-il dire d’une voix assez forte pour atteindre le vampire, de l’autre côté du comptoir-îlot. Pourquoi lui demandait-il son nom ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi se comportait-il de cette manière ? Était-ce parce que l’ange avait fait quelque chose de mal, encore une fois ? Le mot interrogatif de l’ange, copiant sans le vouloir celui du vampire quelques minutes plus tôt, sonna curieusement agressif dans sa bouche, à cause des sentiments contradictoires qui s’étaient emparés de Dieter – défiance, peur, angoisse, culpabilité. Sa figure, en revanche, n’exprimait que l’appréhension. Ses yeux étaient grands ouverts et papillonnaient du visage du vampire au sol sans arrêt.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Sam 11 Fév - 1:17

Dieter ? Une moue d’incompréhension se peignit sur les traits de Will qui s’interrogea sur la signification de ce mot, se demandant s’il s’agissait d’une autre langue, si l’autre Allemand avait décidé de revenir à l’anglais, la langue officielle de la CAT. Il mit quelques secondes avant de réaliser qu’il devait s’agir de la réponse à sa question, du nom (prénom ?) de l’ange devant lui.

Dieter. Mentalement, le vampire se répéta attentivement ce renseignement à quelques reprises, comme s’il avait été capital qu’il se le remémore à tout prix. Ce serait le cas. Will n’oubliait jamais une information qu’il faisait l’effort de retenir... ainsi que toutes celles dont il prenait conscience sans le chercher. La mémoire de Will était tel un livre, immuable et indélébile, où chaque élément noté était condamné à rester.

Et lui ? L’ange – Dieter – voulait connaître son nom ?


« Will... », fit-il, dans un chuchotement à peine audible, à l’image de cette révélation sans valeur. Son regard se détacha des restes de son deuxième repas et se porta sur l’ange lorsqu’il répondit, constatant qu’il s’était réfugié derrière le comptoir-îlot, les bras croisés, les épaules voutées et le regard fuyant.

Il ne savait pas combien d’années s’étaient écoulées depuis que quelqu’un lui avait posé cette question pour la dernière fois. En revanche, il se rappelait évidemment avec précision la scène :

Il avait faim, comme toujours, et avait déniché le lieu d’un combat récent tandis qu’il cherchait une âme à sacrifier pour assouvir ses sanguins besoins. Il y avait trouvé un homme grièvement blessé, le bras enveloppé d’un bandage de fortune, épuisé, à genoux dans la terre sauvagement retournée. Will n’avait même pas tenté d’approcher furtivement, marchant juste résolument vers cette cible facile en contournant les corps exsangues et refroidissant de ceux qui ne pouvaient rien pour lui et ne lui étaient donc d’aucun intérêt. L’homme avait levé un regard vitreux vers lui. Il se souvenait de chacun des traits de son visage, de sa moustache mal taillée, du sang coagulé dans sa chevelure dégarnie, de la façon dont il luttait pour rester éveillé. Il ne parlait pas allemand et difficilement anglais. Malgré tout, il s’était agité, trouvant les quelques mots nécessaires pour signifier son besoin flagrant d’aide et faire comprendre à celui qu’il croyait être son sauveur qu’il s’appelait Anton.

« Ton nom ? », avait quémander Anton dans son anglais éclopé, plein d’espoir, ignorant que la compassion de Will était hors de sa portée alors que le vampire le rejoignait et s’accroupissait pour être à sa hauteur.


« Pourquoi ? »

Will frémit, surpris par le ton dur employé par Dieter, et son regard, qui avait lentement dérivé au gré de ses pensées pour se perdre quelque part sur le dessus du comptoir-îlot, revint en un instant se poser sur l’ange. Était-il en colère ? N’avait-il plus peur ? Le vampire fronça les sourcils en tentant de déceler et de comprendre le changement qui s’était opéré chez son interlocuteur. Il n’y parvint – bien sûr – pas.

Will ne connaissait, en majorité, pas le nom de ses victimes. Il n’en avait pas besoin. Jamais il ne prenait la peine de discuter avec elles. Pourquoi l’aurait-il fait ? Instinctivement, il avait cru qu’en personnifiant un minimum l’ange, en le dotant d’une identité plus grande que la seule intégrité de son corps, il serait plus difficile de le tuer. Tristement, il réalisa que ce n’était pas le cas. Il n’éprouvait pour Dieter pas plus d’empathie maintenant que lorsqu’il n’avait été que ‘l’ange’...

Néanmoins, l’attitude renfermée du préposé de cuisine faisait naître en lui un certain malaise. Les gens l’évitaient, le fuyaient, lui résistaient ou le suppliaient, mais ils ne lui répliquaient pas ainsi, avec ce ton... accusateur ? Toutefois, peut-être avait-il rêvé ; il ne lui semblait pas voir sur le visage de l’ange un quelconque air de défiance. Il ne le regardait même pas directement...


« Je... Je vais pas te tuer. », articula finalement Will avec douceur, ignorant la question posée. Il se voulait rassurant, mais vu ses compétences inexistantes en la matière, douta d’y être parvenu.

Honnêtement, il n’était pas certain de ce qu’il affirmait et il s’agissait fort probablement plus d’un souhait que d’une promesse. D’ailleurs, il avait trouvé plus juste d’utiliser le mot ‘tuer’ que ‘blesser’, ce qu’il pouvait encore moins assurer. En théorie, il ne blessait pas sans tuer, mais sait-on jamais...

Il se mordit la langue, irrité d’avoir si peu de foi en sa capacité à se contrôler. Cependant, il avait envie que Dieter l’en croit capable malgré tout, qu’au moins une personne lui accorde un début de confiance.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Mar 14 Fév - 16:48

Dieter crut l'entendre parler après avoir demandé son nom au vampire, mais le ou les mots murmurés furent perdus dans la distance qui les séparait. Il n’avait pas une ouïe elfique… Il ne put savoir si son interlocuteur lui avait réellement donné une réponse, ou avait dit autre chose sans rapport. Son « Pourquoi ? » anxieux, quant à lui, resta de longues secondes sans réaction de la part de l'Allemand blond. Comme d’habitude. L'ange resta dans la même position, les bras croisés fermement contre sa poitrine, attendant que l'autre parle, trop plein d'appréhensions et de peurs pour être celui qui romprait le silence pour demander de répéter.

« Je… Je vais pas te tuer », dit finalement celui qui restait « le vampire » pour Dieter ; comme d'habitude là aussi, il ne répondit pas à sa question, qui d'ailleurs était peut-être toute rhétorique et était de toute manière bien trop imprécise pour appeler une réponse. La courte phrase, énoncée semblait-il avec des mots mûrement réfléchis, fut exprimée d’un ton assez doux, qui incita l’ange à relever timidement les yeux du sol pour observer celui qui la prononçait.

Euh… Okay. Merci, c’est gentil de ta part ? Non, cette éventualité de réponse ne passa pas par le cerveau confus de Dieter. Le sarcasme n’aurait pas été à la portée du petit ange angoissé en cet instant. Il le regarda d’un air circonspect, les yeux toujours grands ouverts, détaillant rapidement – incapable de risquer un contact oculaire prolongé – les traits du visage du Catien pour y chercher des signes rassurant.

Je vais pas te tuer. Ce n’était pas quelque chose que Dieter s’entendait dire tous les jours. Tous les propos qui sortaient de la bouche de cet homme à l’allure de bête semblaient complétement… Il ne savait pas vraiment comment le dire… non-conventionnels ? bruts ? Du moins, appartenir à quelqu'un méconnaissant totalement les artifices du langage. « Tu es gentil », « j’ai faim », « pourquoi »… Il utilisait chaque fois des mots très simples, presque trop simples, pour s’exprimer. Était-il seulement capable de mentir ? Peut-être que Dieter pouvait faire confiance à ce qu’il lui disait… Il aimerait vraiment pouvoir avoir foi dans ses paroles.

C’était plus ou moins visible que le vampire cherchait à rassurer l’ange. Il ne parvenait pas franchement à être entièrement apaisant, cependant. Comment l’aide de cuisine aurait-il pu être tranquillisé par cet individu ensanglanté qui, à peine deux minutes auparavant, lui avait donné l’impression qu’il allait le frapper ou le tuer ? Et puis, qui aurait immédiatement retrouvé son calme devant quelqu'un qui déclare qu’il ne va pas vous trucider, comme si l’éventualité avait tout de même traversé son esprit ? D’ailleurs, était-ce une feinte ? Qu’est-ce qu’il voulait ? Était-ce une affirmation ? Une promesse ? Pourquoi cherchait-il à le rassurer ?

Mais dans tous les cas, il cherchait effectivement, de manière visible, à le rassurer. Il faisait preuve de bonne volonté. Ce serait mal de ne pas tenir compte de ses efforts, non ?

Du fait de l’attitude moins agressive du vampire, par un effort de volonté, le plongeur parvint à retrouver, sinon la sérénité, du moins un certain contrôle de son apparence. Il déglutit, remit ses poumons en fonctionnement, força ses bras à se décrisper et descendre gauchement le long de son corps, et contourna lentement le comptoir, s’arrêtant à l’un des angles, de manière à pouvoir battre en retraite rapidement vers cet abri qui n’en était pas un, si la situation l’exigeait. Il était prêt à mettre du sien, mais il ne fallait pas non plus exagérer. Il n’était plus en panique complète comme quelques minutes plus tôt, mais le vampire restait effrayant.

« D’accord » dit-il finalement de la voix la plus neutre possible en prenant distraitement l’une des oranges qu’il avait posé tout à l’heure au bord du meuble, la tournant et la malaxant pour s’occuper les mains. Le mot sonna presque comme une interrogation. Pouvait-il vraiment se fier à cette assertion sans garantie aucune du vampire… ?

Il resta sur place encore un moment, sans bouger autre chose que ses mains. Puis, comme le silence s’éternisait et que Dieter ressentait une ambiance pesante :

« Euh… Je ne t’ai pas entendu, avant… Comment tu t’appelles ? » Pas que l’information soit capitale en elle-même… Il essaya de sourire pour accompagner ses paroles, mais ne parvint à relever que quelques instants la commissure de ses lèvres avant que les coins de sa bouche ne s’affaissent, tandis que les émotions qu’il venait péniblement de réussir à canaliser refaisaient surface et arrachaient le masque souriant qu’il avait tenté d’arborer.

« J’ai fait quelque chose de mal tout à l’heure ? »

Encore une fois, les mots étaient sortis précipitamment, sans qu’il ait le temps de les retenir, l’ange bégayant presque en les disant, tandis qu'il jetait un regard coupable et anxieux au vampire. Le bref instant de répit que son corps comme son esprit avaient réussi à trouver était fini. L’orange cessa de bouger dans ses mains, et ses doigts la serrèrent si fort que ses ongles y laissèrent leur marque dans la peau grumeleuse. De nouveau, il était tendu et il n’avait plus rien dans la tête qu'une sensation d’être recroquevillé en chien de fusil au fond d’un trou noir et resserré, où il ne voyait plus rien, où toute tentative de penser était comme avalée par l’obscurité, seuls ses sentiments négatifs dansant autour de lui et le harcelant, prenant parfois les visages de personnes qui hantaient ses cauchemars. Comme auparavant, il eut le réflexe d'interrompre entièrement sa respiration, se mordant la lèvre, pour éviter qu’elle ne devienne erratique et hors de contrôle. Ses yeux s'attachèrent aux bottes du vampire, sans vraiment les voir.

Pauvre orange. Elle commençait à être toute molle entre ses mains et du jus s’était mis à couler sur ses doigts. Ça avait le mérite d’être moins salissant que le sang en train de coaguler sur le vampire…

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Lun 20 Fév - 23:00

Will n’était pas certain de la réponse qu’il espérait recevoir de l’ange, ne sachant pas s’il y avait même une réponse à attendre, sa phrase n’ayant pas été une question. Il était tout autant dans l’incertitude quant à ce qu’il devait faire à partir de là, s’il devait ajouter quelque chose en gestes ou en paroles. Peut-être était-il temps de battre en retraite jusque dans sa chambre en signe de bonne volonté ? Il en avait envie, évidemment, mais qu’arriverait-il si Dieter avait effectivement une réponse à donner ?

Se réfugiant dans l’immobilisme comme il savait si bien le faire, parce qu’on ne peut pas mal faire quand on ne fait rien, le vampire observa sans gêne son interlocuteur pendant qu’il... réfléchissait ? analysait la situation ? priait pour sa vie ? Will aurait été totalement incapable de deviner ce qui se passait dans l’esprit de l’autre Allemand. Ses yeux écarquillés bougeaient sans cesse, mais c’était définitivement la seule chose chez l’ange qui semblait encore dotée de vie, lui qui demeurait crispé, les bras enserrés autour de son torse comme s’il était en train de mourir de froid. Il n’avait guère l’air prompt à lui venir en aide, contrairement à quelques instants plus tôt, quand il l’avait découvert assis au milieu de la cuisine. En fait, il ressemblait bien plus au premier souvenir que Will s’était construit de lui, lors de leur rencontre près du lac intérieur de la CAT.

Des deux, Dieter fut le premier à se déstatufier. Il relâcha son étreinte et fit quelques pas prudent en direction du vampire, qui, lui, ne broncha pas. Il passa sur le côté de l’îlot et Will se demanda jusqu’où il voulait s’approcher et s’il devait le laisser faire, mais l’assistant de cuisine ne s’éloigna finalement pas tant que ça de sa barricade de fortune avant de s’arrêter.


« D’accord »

Ah. Donc il y avait bien une réponse à attendre. Cette réponse, d’ailleurs, laissa Will presque plus surpris que soulagé. Il n’aurait pas pensé que l’ange le croirait. Devait-il l’en remercier ? Il choisit de ne pas le faire, manifestant juste le fait qu’il avait entendu d’un léger hochement de tête, et laissa le silence remplir à nouveau la pièce.

Dans ce calme coutumier, l’esprit de Will pu revenir à des préoccupations plus quelconques et il détourna la tête pour reposer son regard sur la poche de sang ouverte qu’il tenait toujours dans sa main ensanglantée, se faisant la réflexion que, s’il ne la finissait pas, le précieux liquide allait coaguler au contact de l’air. Toutefois, il lui était difficile de rester maître de ses instincts en présence d’une proie potentielle si, en parallèle, il leurs cédait et nourrissait cette faim primitive qui le définissait en tant que vampire. Alors qu’il venait tout juste d’expérimenter ce grisant sentiment de puissance apporté par le goût du sang, il décida qu’il valait définitivement mieux attendre d’être seul pour s’abreuver. Renonçant par conséquent à ce restant de repas, il ne su cependant pas quoi en faire. Il ne pouvait quand même pas le jeter...


« Euh… Je ne t’ai pas entendu, avant… Comment tu t’appelles ? »

L’attention de Will revint se poser sur l’ange à l’air nerveux, qui jouait de façon peu convaincante avec une orange, ne semblant pas près de la manger.

« Will. », répéta-t-il, plus fort que précédemment.

Il ne comprenait pas pourquoi Dieter voulait le savoir et ce qu’il ferait de cette information. Avait-il l’intention de lui reparler un jour ? Le vampire en doutait fortement. Alors à quoi bon connaître son nom ? Peut-être l’ange voulait-il mettre les gens en garde...


« J’ai fait quelque chose de mal tout à l’heure ? »

Will fronça les sourcils à cette question, ne voyant pas à quoi son interlocuteur pouvait faire référence. ‘‘Tout à l’heure’’ était un indicatif temporel somme toute assez vague et, même en repassant dans son esprit tout ce qui s’était déroulé depuis que l’ange avait franchi la porte de la cuisine, Will ne parvint pas à identifier un moment où Dieter aurait agit de façon inappropriée. Cependant, si tel avait été le cas, considérant l’inexistence des aptitudes sociales du vampire et son sens moral douteux, aurait-il seulement été capable de reconnaître un écart de conduite ?

La demande de précision du vampire se perdit toutefois lorsque, en inspirant pour pouvoir la formuler, il fut décontenancé par une odeur d’orange et fronça plutôt le nez, surpris. Il n’avait rien contre les fruits et trouvait même leur parfum agréable, mais la puissance de celui des agrumes avait toujours de quoi étonner, surtout lorsqu’on ne s’y attendait pas.

Évidemment, l’attention de Will fut alors détournée vers les mains de l’ange, qui avait semble-t-il passé ses nerfs sur le fruit qu’il malaxait plus tôt. Deux gouttes de jus s’en échappèrent et le vampire les suivi des yeux jusqu’au sol. De là, son regard passa près de ses pieds, où le carrelage avait rosi à cause du sang qui s’y était échoué, puis le long du comptoir longeant le mur, constatant réellement pour la première fois l’étendue des dégâts qu’il avait causés et qui l’avaient indifféré jusque là.

Le vampire n’était aucunement incommodé par le désordre et pouvait très bien vivre au milieu d’un fouillis. Lui qui avait passé la plus grande partie de sa vie au coeur de la nature, loin de la civilisation et de sa manie de tout organiser, ne voyait pas en quoi il était plus confortable de systématique chercher à contraindre l’environnement à une immuabilité artificielle. Néanmoins, il était suffisamment raisonné pour déduire que, si quelqu’un avait mis de l’énergie à rendre cette cuisine propre avant qu’il n’y mette les pieds, c’est que c’était l’état dans lequel cette personne souhaitait revoir sa cuisine, d’autant que Will avait espéré y passer inaperçu.

Il inspira à nouveau, cette fois-ci sans être incommodé par l’agréable odeur légèrement acide, et son attention revint sur Dieter.


« Je sais pas. », avoua-t-il en toute franchise. Et puis, fronçant les sourcils, il admit à voix haute le constat auquel il était parvenu :

« Moi oui. »

Il jeta un bref coup d’oeil à la porte d’entrée avant de revenir sur Dieter. Quelqu’un d’autre allait-il venir ? Ou bien Dieter devrait-il tout ranger seul ? Si cette obligation lui incombait, cela pouvait expliquer pourquoi il était toujours là au lieu de s’être enfui en courant...

« Désolé. », ajouta-t-il passivement. Il ne se sentait pas réellement coupable ou honteux. Ça lui semblait simplement être la chose à dire.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Ven 24 Fév - 20:44

Will – cette fois, Dieter avait entendu son nom – resta silencieux un moment, comme à l’accoutumée, après la question de son interlocuteur. Est-ce que cette question en était vraiment une ? Pourquoi l’avait-il posée ? Qu’est-ce qu’il lui prenait ?  L’ange n’osa pas relever la tête et demeura debout à tripatouiller son orange, les yeux fixés sur elle sans vraiment prendre conscience de ce qu’il lui faisait subir. La peau s’était percée par endroits, du jus s’incrustait entre ses ongles ou terminait sa course sur le carrelage, mais son cerveau était trop monopolisé par l’espèce de brouillard noir dans lequel il était pour noter quoi que ce soit.

« Je sais pas », entendit soudain Dieter, ce qui le fit relever brusquement la tête. Il regarda avec insistance le vampire. La réponse n’était pas claire. Est-ce qu’il le jugeait ? Est-ce qu’il ne le jugeait pas ? Mais sa question stupide n’appelait pas une réponse sensée. L’expression du vampire était, comme d’habitude, difficile à lire, et n’aidait pas à l’interprétation. Ses sourcils se froncèrent, et il continua : « Moi oui. »

Ah. Oh. Dieter fut décontenancé. Il regarda Will avec de très grands yeux, les mains toujours sur son orange.

« Désolé » dit finalement le vampire.

Les yeux à la fois craintifs et étonnés de Dieter s’élargirent un peu plus. Uh. La situation était… inhabituelle. Il était coutumier d’être celui qui s’excusait en premier. Pas que cela le surprenne tellement quand ce n’était pas le cas, il n’aurait juste pas pensé que Will le ferait.

« Non non, je suis – » Il s’arrêta, incapable de savoir comment il aurait voulu continuer. « Ce n’est pas grave », dit-il finalement, réussissant à convoquer un sourire timide sur son propre visage, de manière à rassurer Will si c’était nécessaire…

Le fait que Will s’accuse comme il venait de le faire, même de sa voix neutre, permit à Dieter de se ressaisir plus ou moins et de se rendre compte de ce qu’il était en train de faire et de ne pas faire.

« Oh », lâcha-t-il soudain, interjection liée à sa prise de conscience qu’il était en train de massacrer un agrume sans défense et qu’il s’était arrêté de bosser. C’était mal. C’était du gâchis. Et puis fallait qu’il finisse son travail. Il était quelle heure ? Tout le monde était-il sorti du réfectoire ? Il n’entendait plus personne.

« Il faut que je range tout avant qu’Augustine ne rentre », dit-il d’une voix encore mal assurée, regardant Will avec une expression mêlant timidité et anxiété. Le vampire avait toujours à la main sa poche de sang éventrée. Le sang avait largement eu le temps de coaguler sur son visage et son cou, formant des traînées rouge sombre. En revanche, ça n’avait pas fini de sécher sur le carrelage. Mieux valait nettoyer maintenant, avant que ça ne durcisse complétement. Avant de pouvoir passer la serpillière, il fallait en revanche retirer tout ce qui jonchait le sol...

Il s’écarta de son côté du comptoir-îlot, jeta le cadavre martyrisé de l’orange dans la poubelle, et ramassa par poignées la masse de couverts encore à terre pour les mettre dans l’évier. Ça faisait ça de vaisselle en plus… Enfin ça irait vite, c'est pas comme les plats ayant été utilisés pour faire cuire du poisson dont la peau avait collé au fond. Qui donc avait été en charge de la cuisson de ces plats-là ?

Il n’osa pas regarder le vampire alors qu’il continuait, ramassant les derniers ustensiles et les oranges qui avaient roulé jusqu’assez loin, se déplaçant rapidement, sentant le poids du regard clair de Will sur lui.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Mar 28 Fév - 0:32

Presqu’immédiatement après que le vampire se fut excusé, Dieter le contredit, ce qui laissa Will perplexe. Fronçant les sourcils, il détailla le visage de son interlocuteur, sur lequel un léger sourire qui ne semblait pas feint s’était soudainement dessiné. Il n’avait donc rien à se reprocher ? Pourtant, il avait cru...

En réfléchissant, Will laissa son regard quitter l’autre Allemand pour aller errer à nouveau sur l’étendu du champ de bataille recouvrant ce qui avait autrefois été un plancher de carrelage immaculé. Il en vint à la conclusion qu’il avait dû mal interpréter la situation. Ça ne l’étonnait pas vraiment. Toutefois, il échouait à trouver la logique contrecarrant l’idée qu’il avait eu. Ainsi, il n’était pas imputable de la destruction qu’il avait provoquée ? Il n’avait pas à en répondre ? Lui qui avait trouvé la CAT rigide sur plusieurs aspects de son règlement en découvrait maintenant un côté étrangement laxiste.


« Oh »

Alarmé par la subite exclamation, il reporta instantanément son regard sur l’ange.

« Il faut que je range tout avant qu’Augustine ne rentre »

Will ne savait pas qui était Augustine et ne posa pas la question ni ne chercha à émettre une hypothèse sur la chose, ne se sentant pas concerné. Ainsi, comme il l’avait supposé, c’était Dieter qui devrait remettre la cuisine en ordre. Au moins, sur ce point, sa déduction avait été la bonne : Dieter était encore là parce qu’il y était obligé.

D’ailleurs, l’assistant de cuisine se mit à la tâche. Avec un professionnalisme certainement fondé sur l’expérience, toute tension semblant s’être envolée de ses frêles épaules, il entreprit de ramasser ce qui trainait sans un regard de plus pour le vampire. Ce dernier l’observa s’affairer quelques instants, sans bouger. Il ne lui vint pas à l’esprit d’aider au ménage, personne ne le lui ayant demandé (c’était même tout le contraire). L’entraide, la politesse, la serviabilité et les remords n’étaient pas des concepts qu’il avait acquis.

Pour cette même raison, ce côté très égoïste de sa personne, lorsqu’il bougea enfin, ce fut uniquement pour se diriger vers le bain-marie duquel il extirpa un troisième (et un quatrième) sac de sang tiède, sans demander. Il y parvint sans trop perdre du sang qui s’échappait encore de la poche éventrée dans son autre main. Il faut dire qu’il n’en restait plus tant que ça...

C’est à peine s’il posa sur Dieter un dernier regard rapide avant de filer en direction de la sortie, les deux mains pleines d’un butin qui lui permettrait de tenir au moins deux jours de plus. Il oublia de demander à l’ange s’il accepterait de venir lui en porter davantage directement à l’étage des vampires, cette idée qu’il avait eu étant déjà bien lointaine. Il n’y repensa que le lendemain, lorsque, le ventre à nouveau creux, il se remis à tergiverser dans sa chambre, effrayé par l’idée qu’il devrait à nouveau remonter... éventuellement.

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MessageSujet: Re: On ne connaît que les choses que l’on apprivoise   Mer 1 Mar - 16:33

Le petit ange était efficace, sous l’effet du regard qu’il sentait fixé sur lui. Will ne semblait pas vouloir bouger, que ce soit pour l’aider comme il aurait été séant de le faire – en tout cas selon Dieter – ou pour quitter les lieux – ce que l’aide de cuisine aurait peut-être préféré à la première solution, au vu de la tension que le vampire générait par sa simple présence dans la pièce. Et puis il fallait qu’il s’occupe rapidement de tout ça. Que dirait Augustine si elle voyait qu’il n’avait pas été à la hauteur de la tâche qui lui avait été confié ?

Alors qu’il déposait les derniers couverts près de l’évier pour les laver, il eut un léger sursaut en se rendant compte que Will s’était approché de lui ; mais ce n’était en réalité pas vers l’ange qu’il s’était dirigé, mais vers le bain-marie, piochant deux autres poches en plus de celle qu’il tenait déjà dans sa main et dont le contenu coulait encore le long de son poignet sanglant. Avait-il précisé qu’il le trouvait flippant ? Ouais, il le trouvait flippant. Effrayant. Intimidant. Uh.

Au moins, le retour de cette peur-là éclipsait son sentiment de culpabilité précédent.

Dieter prit soin de le conserver dans sa vision périphérique pour voir s’il allait se rapprocher un peu plus, mais non, Will se dirigea rapidement vers la porte avec ses sacs à sang. Il l’ouvrit et s’en fut.

La tension présente dans la pièce depuis que l’aide de cuisine y était entré s’évapora d’un coup d’un seul, et l’ange put prendre la mesure du stress qui s’était insidieusement emparé de lui depuis le moment où il avait trouvé le vampire assis au milieu du chambard qu’il avait mis dans la salle. Son pauvre petit cœur… heureusement qu’il était déjà mort. Il eut un long, long soupir, relevant ses mains vers son visage pour se masser les yeux, ce qu’il fit, et se mit plein de jus de vaisselle dans les mirettes.

« Mais euh », fit-il, riant vaguement de lui-même. Ouf. Ça faisait du bien d’être un peu seul, sans être sanguinaire dans les parages.

Au final, il réussit à accomplir ses tâches avant le retour d’Augustine, redonnant aux cuisines leur aspect habituel, sans flaques rouges sur le sol. Celle-ci prit le temps de râler un peu – un peu plus volubile que d’habitude à cause de son irritation – contre l’inconnu qui avait omis de transmettre la commande de plusieurs ingrédients de base pour de nombreux plats, venus de l’extérieur. Au final, une solution plus ou moins satisfaisante avait été trouvée – Augustine était passée maître dans l’art de gérer les situations de crise culinaires – mais il faudrait tout de même faire une croix sur certains mets pour plusieurs jours. Les œufs, quoi. Les œufs, répéta-t-elle plusieurs fois, secouant légèrement la tête avec incrédulité. Ceux qui voulaient un full English au petit déjeuner devraient s’en passer…

En regardant la vampire se servir d’une poche de sang, l’ouvrir et la consommer tout en bavardant, Dieter put apprécier le fait de discuter avec quelqu'un de normal, ayant des paroles normales, qui mangeait son sang de manière normale et civilisée, sans transformer la salle pour lui donner l’apparence d’une scène de crime.

Dieter rentra ensuite dans ses quartiers. Plusieurs jours durant, il garda une certaine appréhension en travaillant dans la cuisine. Il avait toujours l’impression que la figure intimidante de Will allait apparaître dans les environs, couverte de sang, pour venir le hanter… Et puis, heureusement, ça lui passa.

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On ne connaît que les choses que l’on apprivoise

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