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 En quête de quiétude

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Will
Vampire

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MessageSujet: En quête de quiétude   Lun 2 Nov - 22:41

Il restait environ une demi-heure avant le couvre-feu lorsque Will se glissa discrètement hors de sa chambre, puis de son dortoir, longea le mur froid du salon des vampires et quitta l’étage qui leur était dédié. À cette heure, la majorité de ses semblables étaient toujours debout, mais personne ne porta son regard sur lui plus d’une seconde et encore moins ne l’aborda. Malgré le décors qui se voulait chaleureux, le cinquième sous-sol de la CAT était un endroit empreint de froideur. Les morts-vivants qui l’habitaient semblaient s’être tacitement entendus pour que tous et chacun ne prête attention qu’à ses propres affaires, une impression probablement accentuée par le fait que les plus sociables d’entre eux ne s’éternisaient jamais à cet étage. Ils ne reviendraient qu’à la tombée du couvre-feu, s’attirant les regards contrariés de leurs aînés tandis qu’ils perturberaient l’atmosphère en fendant le silence pour regagner leur lit – ou une chambre quelconque où ils poursuivraient leur soirée loin des rabat-joies.

Les premiers temps suivant son arrivée, faute d’un autre moyen d’occuper son temps, Will s’était installé telle une ombre dans un coin sombre du salon et avait observé attentivement cette dynamique. Anderson lui avait paru bien moins condescendant que la majorité d’entre eux... Les minutes s’étaient égrainées, puis les heures, et il avait fini par en conclure que sa race n’avait pas grand chose d’exceptionnel ni d’intéressant. Sa liberté lui manquait, l’époque – tout juste deux mois plus tôt – où on ne lui demandait pas de prétendre être « civilisé » et de rendre des comptes.

Plus ou moins officiellement, il avait été décidé que l’Allemand devait rester à l’étage de sa race les premiers temps suivants son arrivée, afin de se familiariser avec les coutumes de la CAT. Où était-ce pour voir s’il n’allait pas égorger tout ce qui avait un battement de coeur au fond de la poitrine ? Il avait accepté, tout comme il n’avait pas fait de misère lorsqu’on lui avait demandé de ne plus se nourrir que de sang en sachet. Cependant, Will n’était pas un gentil petit animal obéissant. Vint un jour où il eut envie d’affronter ce qui pouvait bien se trouver ailleurs dans la base. Les hypothétiques dangers inhérents à un lieu donné ne l’avaient jamais forcément arrêté auparavant ; il n’avait aucune raison de commencer aujourd’hui. D’autant que, en l’occurrence, le danger, c’était peut-être bien lui...

Les bottes militaires du vampire firent invariablement résonner le métal de chacune des marches de l’escalier qu’il gravit, battant la mesure jusqu’à ce qu’il débouchât dans un lieu beaucoup plus clair que le précédent. Du rouge et noir des vampires, on passait au blanc et jaune. L’étage des anges. Il ne l’avait traversé qu’une fois, le jour de son arrivée, lorsqu’Anderson l’avait conduit jusqu’à la chambre qui l’attendait. L’éclairage tamisé pour la nuit révélait des lieux qui étaient, sans surprise, tels qu’il se les rappelait. Et comme lorsqu’il y était venu pour la première fois, il n’y avait pas âme qui vive. La nuit était propice à la tranquillité.

Rapidement, Will longea la bibliothèque en mélanine blanche des anges pour rejoindre le prochain escalier et continuer son ascension. Il n’avait pas envie d’explorer cet étage rempli de corps endormis. La tentation serait assurément forte et il n’aurait ni la force ni l’envie de lutter ; aussi bien ne même pas s’y arrêter.

Le troisième sous-sol valait les deux autres : à peine s’en distinguait-il. Le vampire ne s’y intéressa pas plus qu’au précédent et, ignorant le regard curieux d’un insomniaque installé près du foyer, il couru presque jusqu’au prochain escalier montant, cherchant à échapper au besoin primitif qu’il avait de chasser. Autant parvenait-il (presque) à endurer la vision de ses semblables, autant l’idée de savoir une proie potentielle à sa portée l’enflammait, le consumait et réduisait en cendre le peu d’inhibition qu’on tentait de lui inculquer. Anderson avait sûrement eu raison de lui recommander de rester un temps chez les vampires...

En approchant de l’étage suivant, un brouhaha de voix et de musique de plus en plus fort lui parvint. Il hésita parvenu au dernier palier. Il avait plus ou moins réussi à s’habituer à la présence réservée des gens de son espèce. Cependant, il n’était pas préparé à faire face à un attroupement hétéroclite d’individus imprévisibles... Tant pis... pour eux. Penché vers l’avant au point où ses mains touchaient le sol, Will gravit les dernières marches et se retrouva ainsi dans un corridor désert. Le tumulte qui lui parvenait provenait des deux pièces de part et d’autre du couloir, s’échappant par les portes négligemment ouvertes qui en délimitaient l’entrée.

Évitant le mur gauche, cachant un lieu beaucoup plus riche en décibels que son alter-ego de droite, Will longea l’autre. Lorsqu’il le pu, il osa un coup d’oeil dans l’antre qui se trouvait derrière, ce qui lui arracha un rictus mécontent. Des dizaines d’individus socialisaient avec bonne humeur, malgré l’heure avancée, dans un salon aux teintes vivifiantes. Il était hors de question qu’il entre là et il poursuivit son chemin, passant peu après devant une porte gardée par deux individus vampiriques en uniforme. S’ils le dévisagèrent, lui les ignora en baissant la tête et arriva bientôt à une intersection.

Lorsque Anderson l’avait conduit à sa nouvelle résidence, ils étaient arrivés par le chemin de gauche. L’Allemand opta donc encore une fois pour la droite, qui lui était inconnue. À nouveau il croisa des portes – une de chaque côté du corridor qu’il suivait – et à nouveau il les ignora. Il rejoignit plutôt le bout du couloir et le sas qui s’y trouvait. Un sas menant... vers l’extérieur ?

Perplexe, puisqu’il savait être sous terre, le Vampire s’engagea dans l’ouverture et déboucha à l’orée d’une forêt, pas très loin d’un grand lac. En levant les yeux au ciel, il comprit aussitôt la supercherie. En lieu et place de nuages et d’étoiles, se fut simplement un plafond – certes très haut – qu’il aperçu.

Il fut tenté de s’enfoncer dans la forêt, mais ses pieds le conduisirent plutôt vers la vaste étendue d’eau. Une fois rejointe, il s’assit dans l’herbe, à côté du bassin artificiel, ramena ses jambes contre lui et les entoura de ses bras. Le clapotis des vaguelettes avait un effet apaisant qui lui fit réaliser à quel point il était tendu. L’effet magique ne dura toutefois pas bien longtemps, car il perçu une silhouette s’approchant. La suivant du coin de l’oeil, il resta immobile, espérant ne pas être vu en retour.

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Dieter
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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Jeu 26 Nov - 18:35

Journée pourrie, s’était dit Dieter dès qu’il avait ouvert les yeux, à treize heures tapantes. Il avait enfin réussi à s’endormir quelques quatre heures plus tôt, pour être tiré du lit, blême, n’ayant plus aucun souvenir de ce foutu rêve qui lui semblait récurrent – même s’il n’était jamais capable de s’en rappeler. Évidemment, il avait loupé les cours du matin. Apparemment, son réveil avait peut-être essayé de sonner, mais s’était retrouvé à court de batterie. De toute façon, ça n’aurait servi à rien qu’il aille en cours vu son état de fatigue. Il avait hésité à se rendormir, ou encore à aller à l’infirmerie et se faire porter pâle, mais il trouvait ça super bizarre pour un Ange… Il n'avait qu'à régénérer, lui, il n’allait pas enquiquiner les Fées pour des problèmes de sommeil. Il y avait probablement bien plus important à traiter comme "blessures".

La journée écourtée passa très vite, alors qu’il tentait de s’exercer tout seul au vol ; il avait beau avoir beaucoup progressé ces derniers temps, le mouvement ne lui paraissait pas si naturel qu’à d’autres. Il était capable de voler, évidemment, mais il y avait toujours un moment où un battement d’aile maladroit et inadapté au courant et à la poche d’air le faisait perdre de la hauteur et le conduisait souvent à un atterrissage en catastrophe – au moins, ça faisait un certain temps qu’il ne s’était pas
vraiment fait mal en tombant. Évidemment, comme la journée était pourrie, juste à la fin de son entrainement en solitaire, il parvint à mal se recevoir lors d’un atterrissage plus que basique.

Il jura entre ses dents, s’aplatissant lamentablement sur le sol. Un Elfe solitaire qui passait dans le coin, l’air impassible et fier mais pourtant attentionné, s’approcha pour lui demander si tout allait bien, alors qu’il s’était assis pour constater les dégâts.

« Merci, je crois que ça va », dit-il avec un sourire forcé en se levant d’un bond en rentrant ses ailes avant même d’avoir pu vérifier que tout était en état de marche. L’Elfe lui jeta un regard attentif, puis s’éloigna en direction de la forêt, semblant décider que son code d’honneur lui imposaitde ne pas porter secours à ceux qui refusent l'aide proposée. De toute façon, qu’est-ce qu’il aurait fait, se dit l’Ange ; il n’est pas Fée, que je sache. Dieter sentit l’énergie qui s’agglomérait autour des blessures pour s’évanouir, sur ses pieds, ses genoux, ses avant-bras et ses mains, lesquels étaient passablement éraflées. Il avait de la chance d'avoir eu le réflexe de protéger son visage en mettant ses membres en avant, et de ne pas tomber assez brutalement pour se casser quelque chose. Ayant pu se rendre compte qu’il n’y avait pas de dégât grave, il essaya d’arrêter d’y penser, considérant que c’était le meilleur remède possible.

Énervé, il renonça à se partir se coucher illico presto, à un moment qui aurait été adapté à son état de fatigue et de drainage d'énergie. Il n’avait pas de montre, de toute façon, et n’avait même pas envie de savoir quelle heure il était. Il savait qu’il lui faudrait un temps très long avant de tomber dans les bras de Morphée, et il redoutait presque le moment où il fermerait les yeux, et où il serait de nouveau la proie de fantômes invisibles qui le réveillerait, pantelant et sans souvenir aucun de ses peurs. Il voulait juste se détendre, vider sa tête des sentiments moroses qui se faisaient de plus en plus pressants, sorte d’agglomérat d’idées noires qui s’étaient amoncelées au fil de la journée. Il voulait juste arrêter de penser. Le sommeil n’était pas la solution. Et l’absence de sommeil non plus, certes, mais il trouvait plus simple de repousser.

Après avoir lancé une playlist de musique classique assez tragique et cathartique, il marcha d’un pas modéré le long du lac où ses pas l'avaient mené, les yeux rivés au sol, attentif tout de même à ce que ses pieds ne se prennent pas dans le moindre machin qui se serait dressé sur son chemin en cette journée pourrie. Il avisa vaguement un arbre un peu en retrait de la berge, entouré de deux vagues buissons à sa droite, qui pourrait lui servir de dossier et d'endroit tranquille, et se laissa tomber tout contre d’un mouvement brusque, s’éraflant le dos au passage, et se frotta le visage et les cheveux à pleine mains. Il resta ainsi immobile quelques instants tandis que
Carmina Burana résonnait à ses oreilles, avant de rouvrir les yeux, fixant ses mains égratignées. Il soupira et enleva ses converses pour se masser une cheville, tout en marmonnant deux trois paroles décousues en Allemand. Zut, pfff, m’énerve, tss.

Ses yeux captèrent soudain une forme humaine recroquevillée non loin. Ah ben zut. Il n’avait franchement envie de voir personne. Et il avait réussi, alors que les rives du lac étaient presque désertes, à s’assoir à quelques mètres à peine d’un type et ne pas s’en apercevoir, à peine masqué par des buissons effeuillés. C’était normal, c’était pas sa journée, voilà.

A priori c’était un inconnu, il espérait donc ne pas avoir à lui parler. Ne pas le regarder, ne pas le regarder. Comme ça, ce dernier ne lui adresserait peut-être pas la parole. Si ça se trouve, le type ne l’avait même pas remarqué, donc tout allait bien. Il n’avait pas bougé d’un poil. C'était peut-être une statue ? Dieter le regarda finalement du coin de l’œil et lui trouvé l’air vivant, mais un peu louche. Il hésita à se lever et à partir, se demanda si cela ne paraitrait pas très impoli, et décida de faire comme s’il était complètement myope, se tournant légèrement comme s’il ne l’avait pas vu, et continua de se masser les genoux. D’ici une minute, il se rappellerait brusquement qu’il avait quelque chose d’urgent à faire, et se lèverai pour se dépêcher de réaliser une tâche imaginaire loiiiin, loin d’ici et de ce mec qui, à bien y réfléchir, lui semblait un peu flippant.


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Plop !
Will
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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Dim 29 Nov - 23:10

[J’ai supposé que Dieter écoutait de la musique avec un walkman / lecteur MP3. Corrige moi si j’ai mal interprété. x)]

Will n’était pas en mesure de bien distinguer l’individu qui trottait dans sa direction. D’abord parce que, malgré les lueurs artificielles provenant du plafond et vraisemblablement destinées à reproduire la pénombre d’une nuit naturelle, il n’y faisait pas assez clair pour discerner, entre autres, les couleurs et les détails fins. Ensuite – et c’était probablement la principale raison – parce qu’il n’osa pas fixer directement son regard sur l’étranger, se contentant de le maintenir dans le champ de sa vision périphérique, bien moins aiguisée.

Fût-ce par mépris du respect de la quiétude d’autrui ou par grossière insouciance, le Catien se laissa choir à quelques mètres de là où le vampire s’était cru tranquille. Il prit grand soin de donner à sa chevelure un air aussi malmené qu’à ses vêtements en la secouant à pleines mains, puis retira ses godasses en grommelant. Le sens de ce qu’il pestait à mi-voix tomba toutefois dans l’oreille d’un sourd, masqué par le murmure de l’eau et les quelques mètres qui séparaient les deux jeunes hommes.

L’inconnu se détourna légèrement de lui, ce qui laissa supposer à Will qu’il ne l’avait, en fait, même pas remarqué. Étant, jusque là, resté aussi immobile qu’une statue par crainte d’être repéré, il s’autorisa donc à redresser la tête et à vriller, sans plus de gêne, son regard sur le jeune va-nu-pieds peu observateur. Il avait cru, à sa démarche, qu’il s’agissait d’un garçon, mais hésita soudainement. Les cheveux longs et le corps mince, des bijoux à ses doigts réfléchissaient la lumière de façon agaçante. Peut-être était-ce une fille ? Une fille avec bien peu de formes cela dit. Will en resta finalement à sa première idée : un garçon. Le jeune homme, donc, avait des bouchons fichés dans les oreilles, reliés entre eux par un long fil, les vêtements fripés d’une personne s’étant débattue dans la poussière et un air malade, pour le peu que son profil laissait voir. En même temps, il n’était clairement pas à son avantage, tout débraillé et les cheveux entremêlés suite au traitement qu’il leurs avait infligé.

Sans qu’il n’eut cherché à avoir ce genre de pensée, Will se demanda distraitement ce qu’il adviendrait s’il le tuait, là, maintenant. S’il n’était pas avec les autres, dans la grande pièce bruyante, il était probable que ce fut parce qu’il était un solitaire. Le genre de personne dont on ne remarque pas rapidement l’absence... Il écarta l’idée que ce pu être quelqu’un de sa race. Les vampires solitaires restaient cloîtrés au cinquième sous-sol.

Se mordant la langue, il songea à combien chasser lui manquait. Certes, on le nourrissait, mais tout n’était pas qu’une question de sang. C’était instinctif...

Puis, il imagina ce qui adviendrait de lui lorsqu’on comprendrait ce qu’il avait fait. Apparemment, avoir tué des dizaines de gens, là, dehors, c’était excusable. Toutefois, à partir du moment où il s’agissait d’un des protégés de la CAT... Deux poids, deux mesures. On ne lui laisserait pas une deuxième chance.

Le souvenir de monsieur Anderson, aussi vivide que s’il avait été à nouveau devant lui, là, maintenant, s’imposa à son esprit... ‘‘L’espoir d’arrêter de vivre tel l’animal qu’on vous a convaincu que vous étiez, les moyens de découvrir votre plein potentiel et la possibilité de faire quelque chose de grand de l’éternité qui s’ouvre à vous.’’ ... et il émergea de ses envies meurtrières, réalisant qu’il avait posé les mains sur le sol, prêt à se lever d’un bond.

Il voulu dire à l’inconnu de partir, desserra les mâchoires, mais aucun son ne s’échappa de sa bouche. Il souhaita partir, s’enfuir loin de la tentation, mais son corps refusa de bouger d’un centimètre. En fait, plus que tout, ce qu’il craignait, c’était que l’étranger ne le remarque, conséquence inévitable s’il émettait le moindre bruit. Alors, il se retournerait vers lui pour lui rendre son regard insistant et, à ce moment là, Will se verrait catapulté dans une situation à laquelle il n’était pas préparée et pour laquelle il n’avait aucun repère.


[Conservation du statu quo ! xD Désolé. Haha.]

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Dieter
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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Dim 27 Déc - 13:55

Bon bon bon. Avoir l’air naturel. Remettre paisiblement ses chaussures… Voilà, et d’une. D’ici quelques secondes, quand il aurait fini le deuxième lacet – pourquoi est-ce qu’il avait des chaussures avec des foutus lacets, là tout de suite, il aurait voulu des scratchs, même s’il trouvait cela assez inélégant – il pourrait se lever, épousseter ses vêtements et se barrer, de manière la plus natu- – oh mer*e, pensa-t-il en sursautant légèrement.

Du coin de l’œil toujours, il venait de voir l’individu poser de manière inquiétante les deux mains sur le sol, tel un coureur prêt au départ. Dieter savait ne douta pas que sa propre gorge fut le point d’arrivée de la course. Un coup d’œil furtif entre deux mèches de ses cheveux lui permit de remarquer l’éclat des deux dents qui pointait hors de ses lèvres, confirmant l’intuition qu’il se trouvait face à un Vampire. Et a priori, un Vampire qui crevait la dalle.

Le jeune Ange avait eu l’occasion de se trouver face à un péril de ce genre, mais Jim était assez âgé et avait une certaine maitrise de ses pulsions : quelques mots de Dieter, une blague même maladroite pouvait le secouer suffisamment pour qu’il dise « je sors prendre l’air » (c’est-à-dire je vais bouffer quelqu’un d’autre que toi). Et Tom avait à peu près compris que s’il ne faisait qu’une égratignure à Dieter, il se retrouverait sans dents de devant le temps qu’elles repoussent, et en plus le sang angélique n’aurait même pas atteint le fond de son estomac qu’il aurait disparu. Le problème, c’était que ce type n’avait pas vraiment l’air d’avoir atteint un niveau basique de maitrise de soi. Il était peut-être très jeune. S’il lui tournait simplement le dos, Dieter avait peur de se retrouver brusquement avec une sangsue humanoïde sur la gorge.

Dieter, essayant de garder calme et naturel, coupa sa musique de manière à pouvoir solliciter son ouïe. Ses doigts tremblaient même si son visage restait à peu près impassible, les yeux fixés sans ciller sur le petit écran, qui s’éteignit au bout de quelques secondes. Toute son attention était fixée sur le Vampire, bien qu’il n’osa pas le regarder directement droit dans les yeux.

Plusieurs solutions s’offraient à lui : sortir ses ailes pour se rendre plus impressionnant (et informer son potentiel agresseur de sa race et donc des qualités nutritives inexistantes de son sang).  Se barrer en courant, mais malgré le fait que le petit Ange soit plutôt doué pour la course au vu de sa taille, il aurait probablement du mal à rivaliser avec les muscles surpuissants d’un Vampire. Se dématérialiser était une solution possible – contrairement au vol, cela lui semblait beaucoup plus instinctif – mais son état de fatigue initial ne lui laisserait pas beaucoup de temps ; il pourrait peut-être s’en servir si son agresseur lui fonçait dessus, de manière à bluffer quelques secondes, mais pas suffisamment pour être en réelle sécurité. Enfin, avec l’adrénaline, tout était possible en théorie…

Il se releva. Na-tu-rel-le-ment (raide comme la mort, oui). Sans regarder le vampire dans les yeux, il imposa à son corps de lui faire face, de manière à lui faire comprendre qu’il l’avait vu… La solution la plus simple était peut-être, maintenant, de dire quelque chose, n’importe quoi, de manière à mobiliser l’attention du Vampire affamé. Salut, Vous avez faim ? Beau temps, n’est-ce pas ? Tu aurais l’heure ? Vous aimez pas les gens ? Que penses-tu d’Edith Piaf ? Une pensée sur le contexte socio-culturel du moment ?


« J'aime bien vos chaussures. »

Nan, valait mieux ne pas sortir quelque chose sans réfléchir. Ah. Oups. Il venait de dire quoi ? Ah. Ah oui parfait. Meilleure réaction qu’on ait jamais vu face à un tueur sanguinaire.

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Will
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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Lun 28 Déc - 15:21

Aucune brise ne se faisait sentir et, pourtant, l’étranger tressaillit. Peut-être avait-il finalement été atteint par la fraîcheur de la nuit, maintenant qu’il se retrouvait assis sans trop bouger. Cette hypothèse ajouta du poids à l’idée qu’il ne fût pas un vampire, car les congénères de Will se trouvaient rarement incommodés par les quelques degrés perdus en même temps que le Soleil. Bien qu’il eut été souvent en situation où il avait été la cause de pareille réaction, il ne vint pas à l’esprit de l’Allemand qu’il pu s’agir d’un frisson de peur. À la différence des décennies précédentes, où il tuait sans trop se poser de questions, il était, cette fois, bien trop occupé à gérer ses propres angoisses pour réaliser qu’il restait, malgré tout, perçu comme un prédateur.

L’inconnu extirpa de ses vêtements un rectangle lumineux qu’il fixa résolument quelques secondes. Cette luminosité supplémentaire, légèrement bleutée, offrit au vampire un aperçu plus détaillé des traits de l’autre Catien, bien que sa chevelure (châtain clair), lui masquait le haut de la mâchoire et les tempes. Son expression était si figée qu’il avait l’air de porter un masque de porcelaine. Il en avait d’ailleurs la couleur, sous la lumière froide de l’appareil électronique. Cette dernière disparue soudainement et les traits androgynes du jeune homme en parurent d’autant plus sombres qu’ils ne l’avaient été avant.

Avec la délicatesse d’un automate, l’étranger se remit sur ses deux pieds... et lui fit face. Will, qui n’avait toujours pas bougé depuis qu’il avait posé les mains au sol, sentit un frisson le parcourir, du coccyx jusqu’à la racine des cheveux, et il eut l’impression de se transformer tout entier en statue de glace, serrant les dents, baissant la tête. Il fixa ainsi obstinément les pieds (rechaussés) de l’individu.

Il s’écoula un temps interminable, Will n’étant clairement pas celui des deux qui allait risquer quoique ce soit, en geste ou en parole. L’autre jeune homme s’en chargea, brisant le silence d’une phrase innocente, qui repassa néanmoins en boucle au moins dix fois dans l’esprit du vampire, le mettant aussi mal à l’aise qu’un blasphème dans une église, le plaçant dans l’obligation de réagir. Pire : d’interagir.


« J'aime bien vos chaussures. »

Lentement, incertain, l’Allemand tourna son regard vers ses propres souliers. À la recherche de quelque chose à quoi s’agripper pour se sécuriser, il replia à demi les doigts et un peu de terre s’enfonça sous ses ongles. Un bien maigre réconfort. Ses bottes brunes, lourdes à cause du renforcement en acier au niveau des orteils, usées et tachées par le temps, lui semblaient, à lui, bien ordinaires.

« D’accord. » fût sa réponse.

Il y avait bien des années qu’il n’avait pas conversé, mais à une époque, une éternité avant cet instant, il avait été humain. Un humain avec des manières et des amis. Et bien que ce fût beaucoup trop lointain pour qu’il soit en mesure de mimer ses comportements d’antan, il en gardait suffisamment de souvenirs pour savoir que cette réponse était inadéquate. L’autre allait-il s’en satisfaire et partir ou attendre la suite ? Devait-il ajouter quelque chose ?


« Euh... Tu les veux ? »

Cette répartie, fortement marquée de son accent allemand, ne lui semblait guère mieux...

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Dieter
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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Dim 3 Jan - 11:08

Le petit Ange était immobile telle une statue de marbre. Durant quelques longues, quelques interminables secondes, Dieter essaya de trouver quelque chose à dire pour ravaler ses paroles ou trouver une autre échappatoire à la situation, tournant en rond ses pensées dans sa tête. Mais force lui fut de constater que la phrase irréfléchie prononcée par le jeune androgyne ne provoqua, à son grand soulagement, aucune réaction agressive de la part du Vampire qu’il avait devant lui. Son regard passa des chaussures de Dieter aux siennes, lentement.

Il le vit alors bouger légèrement ses mains – pourquoi ? Dieter les voyait mal, il eut l'impression que le Vampire les resserrait autour de quelque chose : un couteau, une lame secrète, un caillou dur à lui flanquer dans le crâne pour l’assommer ou bien juste pour former un poing, ou encore un réflexe avant de prendre son élan pour se précipiter sur lui et le mordre. Le jeune Ange était exactement dans le genre de situation où sa tendance naturelle à la surinterprétation pouvait pleinement s’exprimer. Les poumons de l’Ange, instinctivement, se mirent à exprimer un besoin urgent d’air tandis qu’il sentait monter en lui un nouveau rush d’adrénaline. Presque immédiatement, il força ses organes respiratoires à s’arrêter complètement – de toute façon, il n’avait pas besoin de s’oxygéner – et se força à ne pas bouger. Le moindre mouvement pouvait potentiellement hâter sa fin.


« D’accord », dit le Vampire.

D’accord quoi ? Que voulait-il dire ? Etait-ce une interjection exprimant le fait qu'il venait de mettre mentalement au point l’approche qui lui permettrait de tuer Dieter de la manière la plus silencieuse et efficace possible et de sucer son sang à l’abri des buissons, dans ce coin où personne ne viendrait le déranger dans son repas ? Fallait-il qu’il sorte ses ailes tout de suite ? Qu’il se dématérialise ? Il sentait qu’il y arriverait, là. Il n’avait pas le choix, son existence était en jeu.


« Euh… Tu les veux ? »

Tu les veux ? Hein ? Dieter brisa son masque inexpressif en fronçant les sourcils, restant un instant sans comprendre. Puis il se détendit quelque peu, soulagé. Il lui répondait pour ses chaussures. Okay. Y avait-il un soupçon de sarcasme et de moquerie dans sa réponse ? Il ne semblait pas. Mieux valait continuer la conversation, bien que celle-ci soit quelque peu… inhabituelle.

« Emh… » fit-il après quelques instants de silence, cherchant la meilleure réponse possible. « C’est… gentil de proposer, mais je ne crois pas que nous fassions la même pointure. » C’est vrai qu’il les trouvait plutôt belles. Il avait toujours bien aimé cette alliance entre le cuir et les effets de reflets métalliques, même atténué par la saleté comme ici. Mais sa remarque n’avait pas été motivée par un quelconque besoin de piquer les chaussures du Vampire. Juste de le distraire de sa faim. « Je ne voulais pas t’en priver », ajouta-t-il d’une voix monocorde.

Tout à coup, il prit conscience de la manière dont son interlocuteur avait parlé. L’Anglais n’était clairement pas sa langue maternelle, et cet accent lui évoquait sa propre contrée natale.


« Tu es Allemand ? » demanda-t-il, circonspect, en passant à l’Allemand standard. Dieter n’oubliait pas la dangerosité du Vampire devant lui, mais l’agréable surprise de découvrir un nouveau membre de sa communauté linguistique le rendait curieux.

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Will
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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Lun 11 Jan - 22:08

Tout occupé qu’il était à fixer ses godasses, Will rata la première expression faciale qui anima les traits de son... et bien oui, même si cette constatation l’étonnait franchement : de son interlocuteur. En laissant de côté les quelques instants qu’il avait passés avec Anderson, deux mois plus tôt, ce moment était le premier depuis une éternité où il se trouvait à échanger des paroles avec quelqu’un. Il se passa bien quelque secondes avant que l’étranger ne lui rétorque quelque chose, la troisième réplique de ce qui devenait, de fait, une conversation. Ce temps mort passa cependant inaperçu pour le vampire, habitué à la solitude et aux heures entières à ne rien faire.

« Emh… C’est… gentil de proposer, mais je ne crois pas que nous fassions la même pointure. »

L’Allemand eut besoin de quelques instants pour analyser cette phrase plutôt longue, énoncée dans une langue qu’il ne maîtrisait pas entièrement. Heureusement, il comprenait mieux l’anglais qu’il ne le parlait, mais tout de même... La réponse fournie lui semblait ambigüe. Était-ce un refus ? La suite fut plus claire :

« Je ne voulais pas t’en priver »

Étrangement, cette réponse fut un soulagement pour l’Allemand. Il n’aurait su quoi faire si l’inconnu lui avait réclamé ses souliers. Selon les règles non écrites de la vie en société, devait-on obligatoirement donner ce que l’on possédait à quelqu’un le réclamant ? Cela semblait absurde. Qu’advenait-il alors s’il demandait à ravoir ses bottes tout de suite après ? Une suite interminable d’échanges jusqu’à ce que l’un des deux se fatigue et arrête de réclamer l’objet en jeu ? Qui plus est, il aurait trouvé inapproprié de devoir rentrer à son dortoir en chaussettes au profit d’un individu dont il aurait pu aisément briser la nuque d’une seule main. Cela lui semblait aller à l’encontre du bon sens.

« Tu es Allemand ? »

La sonorité de ces mots fit tendre l’oreille à Will qui n’avait, jusque là, toujours pas quitté ses bottes des yeux en réfléchissant et ne se fiait qu’à sa vision périphérique pour juger des intentions de l’autre jeune homme. Anderson et maintenant lui... Combien y avait-il de germanophones à la CAT ?

La curiosité du vampire ayant été titillée, il tourna la tête et, semblant oublier le malaise qu’il avait eu jusque là à cette idée, planta son regard dans celui de l’autre Catien. Il bougea aussi, repliant l’une de ses jambes sous lui dans une demie position du tailleur (le pied de son autre jambe étant toujours à plat sur le sol) qui lui permis de tourner le tronc vers l’objet de son attention.

Plutôt mauvais pour juger des intentions des autres, il ne lui apparu pas comme évident que la question de l’inconnu en était une et il la considéra plutôt comme une affirmation. « Tu es Allemand. » Cela l’amena à se demander s’il s’agissait d’une accusation, d’un reproche, d’un étonnement... Il resta conséquemment perplexe sur ce qu’on attendait de lui et du genre de réponse qu’il devait fournir.

Honnêtement, il n’accordait pas grande importance à sa patrie d’origine, un pays qu’il avait quitté sans se retourner, en remontant la vague des Russes qui débarquaient en brûlant, pillant et violant tout ce qui avait l’air allemand. Le souvenir qu’il conservait de sa nation était l’image d’un échec retentissant et d’une terre devenue le paillasson du reste du monde. Il était étonné d’apprendre qu’on puisse lui reconnaître une allégeance à cet endroit. L’Allemagne existait-elle encore ? Surprenant.

D’un autre côté, malgré son air juvénile, il n’était absolument pas improbable que l’étranger fut très vieux ; peut-être même plus que Will. De ce fait, il pouvait avoir connu l’Allemagne d’autrefois. Il n’était, sans l’ombre d’un doute, pas une fée. À cet instant, ses cheveux cachaient ses oreilles, mais le vampire avait pu voir plus tôt qu’elles n’étaient pas pointues. Il n’était donc pas un elfe. Un ange..?


« Tu es un Ange ? », demanda donc Will, sans détour et dans sa langue maternelle que l’autre semblait très bien maîtriser, s'exprimant cette fois avec une grande fluidité. Tant pis si être Allemand était une mauvaise chose. De toute façon, si l’androgyne piquait une crise, il pouvait lui briser aisément la nuque d’une seule main...

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Sam 16 Jan - 14:53

Dieter eut l’impression que parler Allemand avait réussi à capter l’attention du vampire. Ce qui était probablement une bonne idée, pour le distraire de sa faim potentielle. Et puis tout à coup, il planta son regard dans celui de l’ange. Vlan. Dieter hésita à baisser les yeux immédiatement ou bien à maintenir le contact oculaire. Est-ce que la confrontation serait mal prise par le prédateur ? Ou bien les baisser serait perçu comme une marque de défaite et qu’il déciderait alors de se jeter sur lui pour le dévorer tel la faible proie qu’il s’avérait être ? Uh… Dieter tergiversa, et maintint de fait un statu quo en fixant le blanc de ses yeux bleus très clair – il avait toujours trouvé que ça faisait peur, les yeux clairs ; ça donnait un air très dur, implacable, surtout au milieu du visage de ce vampire. Ce dernier se mit à bouger, et Dieter se tendit de nouveau, prêt à faire jaillir ses ailes et les agiter dans tous les sens de manière incohérente pour déstabiliser son adversaire. Et puis finalement, ce n’était que pour s’assoir à moitié, dans une position bien moins agressive a priori. Pfiou.

Un temps assez long s’écoula, où Dieter dut abandonner en partie et fixer le point entre les deux yeux du vampire, trop mal à l’aise pour soutenir plus longtemps son regard mais ne voulant pas donner de signe de défaite. Son interlocuteur ne donnant aucun signe qu’il allait répondre, l’ange commença à douter qu’il avait vraiment compris la question. Peut-être que Dieter avait mal identifié l’accent ? Peut-être était-il Néerlandais, ou encore Suédois ou Norvégien ? Parfois leurs accents ressemblaient vaguement à ceux des Allemands quand ils parlaient Anglais. Bon… Devait-il essayer de relancer la conversation en Anglais, puisqu’il ne connaissait pas ces langues ? Mais que dire ? D’où viens-tu ? Oui, peut-être, tout simplement.


« Tu es un Ange ? » dit l’autre dans un Allemand parfait, avant que Dieter ne prenne la parole. Ouf. Dieter était donc encore capable de reconnaitre ses compatriotes. Mais cet Allemand-là n’avait pas l’air de vouloir répondre à ses questions. Ou bien peut-être qu’il considérait que le fait de parler Allemand était une réponse en soi. C’était pas faux. Dieter hésita à lui donner une réponse du même genre, en sortant ses ailes douuuucement, de manière pas trop brusque, inutile de générer une réaction violente. Mais il préféra ne pas prendre de risque.

« Oui », dit-il en abandonnant complètement la guéguerre des yeux.

Voilà. Bon. Euh…


« Je ne t’avais pas encore croisé… Mais c'est vrai que je ne vais pas souvent à l'étage des vampires. » Il prit le temps d'inspirer, et d'expirer. « Tu es depuis longtemps ici ? À la C.A.T. ? »

Dieter n’avait à la fois aucune envie de voir la conversation s’éterniser, plutôt pressé de s’en dépêtrer. Mais il n’y voyait pour le moment pas de porte de sortie. Autant essayer de continuer un peu, jusqu’à ce que le problème se résolve de lui-même. Et puis c’était assez agréable de réécouter les sonorités de sa langue maternelle.

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Sam 30 Jan - 20:35

L’élocution allemande de Will ne provoqua chez son auditeur aucun émoi ou flambée émotionnelle. Ainsi donc, être fils du pays d’Adolf Hitler ne semblait pas être une mauvaise chose. À moins que son interlocuteur ait simplement décidé de garder ce qu’il en pensait pour lui. Le vampire n’était pas spécialement bon pour deviner les pensées des gens à partir de leurs expressions faciales, hormis celles qui étaient criantes d’évidence : la terreur, l’agonie, la tristesse profonde... En outre, depuis qu’il s’était installé à côté de lui, l’inconnu avait présenté un flegme assez perturbant, ne laissant voir un frémissement (de froid ?) qu’à deux reprises.

Celui qui était finalement un ange, tel que Will l’avait soupçonné, confirma son état de non-mort en détournant le regard. L’ancien nazi fut instinctivement déçu, ce qui pu se lire sur son visage pendant une seconde, lorsqu’il fronça le nez en détournant, lui aussi, le regard. On l’avait informé que les anges n’étaient pas ‘‘comestibles’’ pour un vampire.

Il lui fallu une ou deux secondes avant de se rappeler à l’ordre, rationnalisant pour lui même que cela était, en fait, une bonne chose. Il n’avait pas le droit de chasser, ici. Il avait oublié...

À nouveau, Will fixa l’ange lorsque ce dernier se remis à parler, toujours dans un allemand parfaitement fluide. En fait, il ne devait pas simplement être germanophone. Il était clairement allemand, lui aussi. Personne ne pouvait s’exprimer si aisément dans cette langue autrement. Cette seconde découverte laissa toutefois le vampire relativement indifférent. Un lieu de naissance (ou de vie) n’était toujours, au final, qu’un détail futile.

L’ange affirma ne pas visiter souvent le cinquième sous-sol, une information aussi inintéressante qu’évidente. Personne n’allait se promener parmi les vampires à moins d’y être obligé. Même les vampires évitaient le plus possibles d’avoir à se côtoyer. Après tout, enfermer des fauves ensembles ne fait pas d’eux les membres d’une même meute. Will avait noté que les plus jeunes étaient généralement plus sociables que les vieux, une caractéristique qui se manifestait d’ailleurs par leur absentéisme du dernier sous-sol...

Après une légère pause, l’étranger l’interrogea encore une fois, cherchant cette fois à savoir depuis quand il avait rejoint la CAT. En réponse à cette question, Will haussa brièvement les épaules. Une semaine, un mois... Il n’avait pas compté les jours.


« Pas longtemps... », souffla-t-il, dans ce qui était presque un murmure à lui-même.

Il baissa ensuite les yeux, laissant son regard se perdre sur quelques brins d’herbes en bordure du lac et agités par les remous de l’eau, absolument pas intéressé à saisir ce sujet de conversation pour poursuivre la discussion avec l’ange en lui retournant la question. Était-il forcé, par les bonnes manières, de s’intéressé au curriculum de cet inconnu ? En fait, à cet instant, il n’y avait qu’une seule chose qui attisait sa curiosité. Fronçant les sourcils, il observa par dessous l’ange, le fixant avec beaucoup moins d’intensité que la fois précédente, mais espérant tout de même capter une réponse sur son visage.

Will entrouvrit la bouche, mais la referma sans rien dire. Il lui fallu un deuxième essai avant de trouver l’audace d’articuler ce qu’il avait en tête à l’adresse de l’ange aux traits juvéniles, inexpressifs et debout bien droit devant le vampire. D’un ton franchement perplexe et pas le moins du monde agressif, butant sur le premier mot, il demanda doucement :


« Pourquoi... Pourquoi est-ce que tu me parles ? »

De tout le temps qu’il avait pu passer au cinquième sous-sol, il n’avait cherché à tisser de lien avec personne et tout le monde le lui avait bien rendu. Il n’avait pas spécialement une mauvaise estime de lui-même, mais était tout aussi loin de la condescendance. Le fait qu’un petit ange tout débraillé, arrivé de nul part au beau milieu de la nuit, ait envie de tenir compagnie au prédateur sanguinaire qu’il était en lui parlant de la pluie et du beau temps le rendait mal à l’aise tout autant qu’incrédule.

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Mar 8 Mar - 19:13

La réponse du vampire fut plus rapide, cette fois-ci. Il haussa les épaules avant de murmurer un « pas longtemps » à peine intelligible. Et se mit à fixer le vide. Uh. Okay. Il ne faisait pas beaucoup d’effort. En même temps, pourquoi est-ce que Dieter prolongeait cette torture ? Il ouvrit la bouche, cette fois décidé à dire qu’il devait partir, mais s’interrompit comme son interlocuteur ouvrait la sienne au même moment. Il la referma, Dieter rouvrit la sienne… Deux poissons ouvrant la bouche. Blop blop blop. Finalement ce fut le vampire qui parla le premier :

« Pourquoi… » Le vampire buta sur le mot. « Pourquoi est-ce que tu me parles ? »

Dieter était plutôt habitué à ne pas laisser ses émotions envahir son visage. Il réussit à garder une attitude digne et neutre sur son visage trois secondes entières alors que la question cheminait de ses oreilles à son cerveau ; puis son sourcil gauche se fronça et le droit s’arqua, dans une expression faciale qui aurait pu se traduire par une locution anglophone réduite en trois lettres : « WTF ?? ». Puis un sourire apparut sur son visage. Un peu moqueur. En réalité, c’était plutôt de lui-même que Dieter souriait.

Ouais. Il n’avait pas franchement envie lui-même, alors pourquoi est-ce que Dieter lui parlait ? Probablement par habitude. Et aussi parce que tout à l’heure, il avait eu la trouille. Parler pour calmer un potentiel tueur, c’était peut-être un réflexe de base. Même s’il n’avait jamais utilisé ça devant ceux qui cherchaient vraiment à le tuer lorsqu’il était encore en vie… Fuir, ou bien tirer le premier. Enfin, cette dernière solution n’avait été applicable que durant la courte (mais vécue comme un moment infini) période pendant laquelle il avait été coincé dans une tranchée boueuse. Une dernière raison était peut-être qu’il était complètement exténué et plus capable d’agir de manière logique.

En tout cas, les quelques mots du vampire avait baissé les défenses de l’ange. Quelqu’un qui posait ce genre de question, presque ingénue, ne semblait soudainement plus si dangereux. Son ton n’était que pure interrogation et perplexité, pas du tout en accord avec cette apparence de prédateur que Dieter avait perçu chez lui il y quelques instants.

Alors qu’il en était à cette réévaluation de ses impressions sur son interlocuteur, l’ange grimaça légèrement en prenant conscience du mal de tête qui sourdait au sommet de son crâne, et se massa les yeux et le tempes en répondant.


« Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas », dit-il avec un rire nerveux, changeant de jambe d’appui, sa pose clairement plus détendue qu’auparavant. Il laissa passer quelques instants, scrutant ses mains sans vraiment les voir, cherchant autre chose à dire. « La plupart des gens semble aimer parler. Ou bien juste trouver ça normal. Pas toi ? » Remarque, les vampires ici ne semblaient jamais prompt à entamer la discussion, à la CAT. Contrairement au vampire qu’il avait connu avant et qu’il était parfois plus difficile de faire taire qu’autre chose… Un sourire continua de flotter sur son visage alors qu’il se remémorait Jim.

Peut-être aussi que ce vampire était très jeune, qu'il n'avait pas eu l'occasion de s'habituer à cette nouvelle vie de prédateur ? Il ne semblait pas adapté à la vie en société. Il n'aurait pas pu passer même de loin pour un humain au milieu de ses proies, comment aurait-il pu survivre ? Une existence loin de toute société était impossible du point de vue de Dieter. Certainement encore plus pour un vampire, selon lui. L'idée qu'on pouvait vivre comme une bête sauvage prélevant sa nourriture discrètement sur un troupeau de moutons n'effleurait pas plus son esprit.

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Dim 13 Mar - 20:42

La question toute innocente de Will entraina chez son interlocuteur le déversement d’une myriade d’émotions. C’est du moins ainsi que le vampire le perçu, alors que l’ange jouait des sourcils, souriait, grimaçait... tout autant de réactions que Will ne parvint pas à déchiffrer ou interpréter, notant juste les mouvements sans pouvoir leur attribuer un sens. Qu’avait-il dit – ou fait – pour engendrer pareilles réponses ? Devait-il considérer cet épanchement comme positif ou négatif ? Inconsciemment, les muscles de Will se crispèrent légèrement plus qu’ils ne l’étaient déjà ; il était prêt à faire face à un mouvement brusque de l’autre jeune homme, si besoin était.

Les épaules de l’ange s’abaissèrent quelque peu et son regard devint plus indifférent, s’attardant sur ses mains par exemple. Instinctivement, mais sans savoir quel nom lui donner, Will reconnu cette attitude pour avoir si souvent fait face à son opposée, la méfiance. L’autre catien baissait donc sa garde. Pourquoi ? Comment un non-vampire pouvait-il ne pas être paniqué par un face-à-face avec l’un d’eux ? Will ne s’était jamais retrouvé si proche de quelqu’un sans que ce dernier ne soit tétanisé de peur... et avec raison. Peut-être était-ce parce que les anges ne pouvaient pas servir de proie à un vampire ? Mais, même s’il ne pouvait pas s’en nourrir, techniquement parlant, il pouvait quand même le tuer... non ?

L’étranger avoua ne pas savoir quoi répondre à la question (pourtant simple !) de Will, en émettant un son inaccoutumé aux oreilles de l’Allemand. Était-ce un rire ? Ça sonnait étrange... Les gens riaient en entendant des blagues, non ? Will repassa mentalement la phrase qu’il avait dite à une dizaine de reprise, cherchant à voir où était l’élément humoristique qu’il y avait involontairement glissé. Il ne trouva pas.


« La plupart des gens semble aimer parler. Ou bien juste trouver ça normal. Pas toi ? »

Aimer parler ? Normal ? Comment les gens pouvaient-il considérer comme naturel – et même apprécier – le fait d’interroger des inconnus sur des sujets banaux en ne visant aucun autre but que celui de briser le silence ? C’était une action sans finalité. Comment pouvait-on en tirer de la satisfaction ?

Cette idée était d’autant plus absurde dans un contexte impliquant un vampire. En tant que prédateur, les seules interactions sociales de Will s’étaient limitées à traquer, puis tuer. Il n’y avait pas besoin de parler pour ça. De plus, au début surtout, il aurait trouvé inconvenant d’avoir une discussion avec quelqu’un qui s’apprêtait à rendre l’âme sous ses crocs. Aujourd’hui, il n’était plus atteint d’une telle culpabilité, mais ses liens affectifs étaient restés malgré tout inexistants. La vie était plus simple ainsi.


« Non. », répondit finalement Will, après ce qui avait probablement été une pause assez conséquente. Sa façon de vivre lui avait légué une notion de temps plutôt unique, faisant de lui quelqu’un d’extraordinairement peu pressé. Curieusement, il ajouta assez rapidement une justification à sa réponse :

« Je suis un vampire. »

Un ton neutre, la simple énonciation d’un fait que l’ange semblait avoir oublié dans les cinq dernières minutes...

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Mer 6 Avr - 5:44

La question de Dieter laissa place à un long silence, rempli uniquement du clapotement de l’eau du lac.

« Non », lâcha finalement son interlocuteur. « Je suis un vampire. »

Les mots étaient menaçant, assez pour que l’ange retienne sa respiration une seconde ; mais pas le ton, qui semblait simplement énoncer un fait, dont les conséquences auraient été évidentes.

« Oui », fit Dieter sur le même ton. Il avait failli se laisser aller à dire quelque chose comme « j’avais remarqué, merci » ou un autre commentaire avec une inflexion sarcastique, mais il se retint. Comme venait de lui faire remarquer son interlocuteur, il était face à un vampire, effectivement ; c’était quelque peu dangereux de risquer de l’énerver par des paroles inconsidérées. Et puis ce n’était pas son genre, aussi, avec quelqu'un qu’il connaissait si peu.

Il avait du mal à cerner ce personnage devant lui. Même son âge restait un mystère. Il semblait avoir accepté sa condition de vampire, mais ne pas avoir découvert qu’il pouvait vivre avec autrui…


« Tu sais… », commença-t-il, hésitant, jaugeant un instant le visage du suceur de sang. « Après ma… résurrection, j’ai vécu avec un vampire. Eh bien, par moment, c’était difficile de le faire taire, lui. » Il laissa échapper un petit rire. Ça faisait combien de temps ? 3 ans ? Il se demanda depuis quand il avait réussi à dépasser le stade où il essayait à tout prix de ne pas penser à Jim – sans vraiment y parvenir – de peur de sombrer à nouveau dans le regret, la culpabilité et autres sentiments négatifs. Il arrivait à se souvenir des bons moments passés avec lui, comme ceux où il n’arrêtait pas de bavasser sur tout et n’importe quoi et où Dieter lançait un coussin ou autre à sa tronche en lui disant « ferme-la, abruti » en levant les yeux au ciel.

Okay, il avait eu l’occasion de remarquer que Jim était un cas à part au sein de la race vampirique. Dieter avait longtemps cru que les membres de cette dernière étaient excessivement peu nombreux à la C.A.T. avant qu’il ne comprenne qu’ils restaient perpétuellement enfermés volontairement à leur étage.

Il laissa passer encore un temps de silence, sans savoir trop quoi dire mais sans que ça le préoccupe outre mesure, pour une fois. Son interlocuteur n’avait pas paru s’en formaliser précédemment ; c’était même lui qui était à l’origine des blancs les plus longs et Dieter ne se sentait pas obligé de tout faire pour combler les creux. Ses pensées revinrent à Jim.


« A part quand il avait faim, il était plutôt facile à vivre au quotidien. » Il ajouta en tournant la tête vers le vampire : « En fait, tu as peut-être faim ? » Tout de suite, il regretta un peu sa question. Pourquoi ramenait-il la conversation sur un sujet dangereux ? Et pourquoi posait-il une question qui aurait pu sous-entendre que son interlocuteur se comportait bizarrement ? Il était un peu dépourvu de tact, aujourd'hui. Mais il était crevé, pour sa défense.

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Sam 23 Avr - 1:57

Approuvant le fait qui venait d’être énoncé, l’ange voulu ajouter quelque chose, mais s’arrêta quelques secondes pour étudier son interlocuteur. Impassible, Will planta son regard bleu clair dans celui acier qui le détaillait, se soumettant à cet examen visuel sans comprendre ce que l’autre jeune homme espérait trouver. Ce que ce dernier annonça finalement étonna grandement le vampire.

Fronçant les sourcils, un rictus sceptique se dessina sur ses lèvres et un mouvement de recul le fit se redresser légèrement. Il inclina ensuite la tête sur le côté, détaillant de haut en bas l’ange devant lui. Il ne pouvait imaginer cet individu frêle et maladroit talonner un vampire.

Le besoin de sang avait rapidement fait comprendre à Will, peu après sa transformation, que la vie en société lui était impossible. S’apparentant à celle d’un rapace, l’existence d’un vampire était logiquement celle d’un prédateur solitaire à l’affut, sur qui les lois des Hommes n’avaient plus d’emprise. Il ne percevait pas comment ce mode de vie pouvait être concilié à la présence d’un compagnon, que ce dernier soit féru d’hémoglobine ou non. Il n’aurait jamais accepté de partager sa forêt afghane avec un autre vampire et, a fortiori, avec un individu non-vampirique. Cela défiait la logique. L’alliance proposée par la CAT défiait la logique...

Difficile de le faire taire... Facile à vivre... L’ange, perdu dans ses souvenirs, parlait-il vraiment d’un vampire, d’un meurtrier sanguinaire ?


« En fait, tu as peut-être faim ? »

C’était une question étrange à poser à un vampire. Will passa par-dessus sa surprise précédente et devint, cette fois, méfiant, cherchant à saisir l’intention cachée derrière cette interrogation balancée telle une badinerie. Il ne voyait néanmoins pas de raison de mentir et c’est assez rapidement que la réponse vint :

« Tout le temps. »

À chaque minute de chaque heure de chaque jour, Will était prêt à se nourrir. Peut-être était-ce tributaire de sa diète, exclusivement liquide et donc facilement digestible. Ou peut-être était-ce inhérent à sa nature, elle-même due à sa race. À strictement parler, il n’était pas précisément tout le temps affamé et pouvait même passer plusieurs jours sans se sustenter, mais il n’était assurément en aucun cas entièrement rassasié. Au-delà du besoin physiologique, l’envie de sentir le sang couler dans sa gorge ne le quittait jamais. Il était dépendant au sang, tout autant physiquement que psychologiquement.

« Ton sang n’est pas nourrissant. » Un autre fait, énoncé sans émotion particulière.

Il n’était pas certain de la raison pour laquelle il avait jugé utile, après quelques secondes, d’ajouter cette précision. L’ange et ses fréquentations vampiriques étranges était probablement déjà au courant. Peut-être Will avait-il envie de lui faire savoir que, lui aussi, en était conscient.

À cet instant, un brouhaha s’éleva depuis la porte qui menait au cloître extérieur, à plus d’une quinzaine de mètres du lieu où Will était assis, et trois individus firent leur apparition. Ils furent bientôt suivit de deux jeunes femmes (manifestement des fées), qui  obliquèrent ensuite dans une direction différente. Comme Will allait le comprendre plus tard, il était l’heure du couvre-feu signant la fin de la fête d’Halloween qu’il avait entrevue un peu plus tôt. Il n’était cependant pas en mesure d’en venir à cette déduction pour le moment.

La vision des trois individus suffit à le figer sur place, tout comme lorsque l’ange était venu le déranger, un peu plus tôt. Riant et se bousculant, trop loin pour que le vampire pût discerner leurs traits ou ouïr distinctement leur conversation, ils se dirigeaient vers la forêt. Des elfes ? Le sang des anges n’était pas nourrissant ; celui des elfes en revanche...

Serrant la mâchoire, tous les muscles de son corps tendus, l’allemand grinça des dents et ses narines se dilatèrent. S’il avait eut un pouls, nul doute que celui-ci aurait sensiblement accéléré.

Il reporta difficilement son regard sur l’ange à ses côtés (plus précisément sur une tache de poussière, au niveau de son sternum) alors que deux autres individus franchissaient le sas du cloître extérieur. Il n’osait pas bouger, incertain des gestes qui suivraient, car, malgré son attention portée sur les vêtements de son étrange interlocuteur, il ne parvenait pas à ignorer les silhouettes, hors-focus, des elfes et des fées qui rentraient dormir.

Il avala sa salive une fois... deux fois...


« J’ai faim. », fit-il en desserrant à peine les dents, dans un chuchotement qui sonnait plutôt comme un grognement affamé.

[J'avais dit que le couvre-feu était proche, donc ça devait arriver. x) J'te laisse décider si tu veux empirer la situation ou pas. Haha.]

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Dim 22 Mai - 12:20

« Tout le temps. » Le nouveau bâillement à peine entamé de Dieter s’interrompit. « Ton sang n’est pas nourrissant. » Uh. Euh… Donc depuis tout à l’heure, il avait bien pensé à le bouffer. Heureusement qu’il lui avait bien assuré que oui, il était un ange, et donc pas comestible…Mais est-ce qu’un vampire affamé était en mesure de réfléchir de manière rationnelle ? S’il avait faim, il pouvait finir par lui sauter dessus, même si la raison lui disait que ça n’assouvirait pas ses besoins.

L’instinct de survie de Dieter le secouait peu à peu de sa fatigue. Les yeux grands ouverts, retenant sa respiration inutile, toute son attention se concentra sur l’ennemi devant lui. Il n'avait plus conscience de rien à part le prédateur devant lui.

Les yeux du vampire se fixèrent sur sa gorge et n’en bougèrent plus. Il vit le suceur de sang avaler sa salive par deux fois. Dieter recula d’un pas, len-te-ment, dou-ce-ment, presque imperceptiblement. Le besoin de se tirer au plus vite devenait trop pressant.


« Jhfff », entendit plus ou moins Dieter sortir d’entre les dents du vampire. Quelque chose comme un grognement de bête féroce. Oupla. Le vampire était en train de perdre le contrôle. C’est à ce moment que Dieter perdit le sien.

Ses ailes jaillirent de son dos. Il ne cria pas – ce genre de réflexe avait été perdu dès l’enfance, quand il avait compris qu’il ne pouvait pas vraiment compter sur d’autres pour se défendre, bien qu’il sache aussi que compter sur lui-même n’était pas très efficace – mais ses ailes se mirent à battre de manière désordonnée.

Son état d’égarement ne dura que deux secondes. Immédiatement après, l’entrainement qu’il avait reçu depuis son arrivée à la C.A.T. reprit le dessus, et il adopta une posture défensive tandis que ses ailes ébouriffées se déployaient largement (ça, il ne l’avait pas appris à la C.A.T., c’était d’instinct). Il avait beau être un petit gringalet, il n’était plus le pauvre avorton qu’il avait été autrefois. Il pouvait… Ouais, nan, c’était un vampire en face. Même fuir ne servait à rien, l’autre le rattraperait. Sa seule chance était d’utiliser les talents inhérents à sa propre race. Reculant de quelques pas, il s’apprêta à se dématérialiser, sans se préoccuper de savoir s’il y parviendrait dans son état et sur le fait qu’il n’avait tenté de traverser des obstacles larges que de rares fois, toujours sous la surveillance d’un ange plus expérimenté. Mais de toute façon, il n’avait pas le choix. Il divisa sa concentration entre les faits et gestes du vampire et sur l’image mentale d’un nuage.


« Il y a des réserves de sang aux cuisines », réussit-il à dire de manière précipitée, obligeant ses poumons à reprendre leur mouvement.

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Lun 23 Mai - 0:39

Sans crier gare, les ailes de l’ange surgirent derrière leur propriétaire, ce qui fit tressaillir Will, dont l’instinct pris le dessus. Le vampire, eu un brusque mouvement de recule et adopta en une fraction de seconde une position beaucoup moins détendue que la précédente (aussi peu décontractée eut-elle elle-même été). À quatre pattes face à l’ange, prêt à bondir, il dû malgré tout détourner la tête et lever une main devant lui pour se protéger alors que les grands appendices couverts de plumes de son interlocuteur se débattaient dans l’air, lui envoyant une bourrasque au visage.

La rafale de vent pris fin aussi rapidement qu’elle avait débutée et Will baissa lentement le bras, reportant un regard méfiant sur l’autre Allemand. La soudaineté de l’événement eu le mérite de le distraire de ses féroces préoccupations et son regard curieux, mais prudent, se perdit dans l’observation du plumage saisissant devant lui.

L’ange était légèrement penché vers l’avant, les mains devant lui, les pieds distancés pour lui offrir la meilleure stabilité possible... une position de défense, en bref. Ses ailes, déployées presque à leur maximum, lui cachaient la vue de la porte d’entrée du cloître extérieur, captant toute son attention. Elles donnaient l’impression de grandes voiles de chaque côté du corps efflanqué du jeune homme ; des voiles magnifiques, pâles, qui semblaient douces au touché. Un coin reculé de l’esprit de Will se demanda si l’ange accepterait qu’il y glisse la main...

Au fur et à mesure de son examen, le corps du vampire se détendit. Toujours accroupi, il se redressa un peu, gardant toutefois un genou et une main au sol, et son visage pris une expression plus impressionnée que revêche. C’était, en fait, la première fois qu’il voyait un ange ainsi : glorieux, ostentatoire et imposant. Le souvenir de la Fée qui s’était exposée dans la clairière afghane, le jour de sa capture, s’insinua dans l’esprit de Will, mais ce n’était cependant pas la même chose. Bien qu’étonnante, la Fée n’avait pas eu le panache d’un ange prêt à se battre qu’arborait présentement celui qui faisait face au vampire.

Ledit ange brisa le moment de contemplation de Will d’un argument très terre à terre, balancé d’un ton qui, lui, n’était pas du tout impressionnant. L’aspect combatif du jeune homme n’était vraisemblablement qu’une façade, car son débit de voix fit réaliser à Will qu’il était, en fait, terrorisé. Baissant la tête, le vampire laissa un léger sourire désabusé naître sur ses lèvres. Il posa son deuxième genou par terre et s’assit sur ses talons. Les mains posées sur ses cuisses, paumes vers le haut, il fixa son regard sur ses ongles, encrassés par la terre.

Il aurait pu profiter de la peur de l’ange. Exploiter les faiblesses d’une proie, l’acculer dans ses derniers retranchements avant de mettre fin à ses souffrances, c’était le genre de chose qu’il était programmé pour faire. Il aimait le faire. Il avait envie de la faire... ou pas ? Il n’était plus certain.

Un nouvel éclat de rire brisa le silence et Will, le regard obstinément baissé, frissonna.


« Non... », répondit-il finalement à l’ange, doucement.

Il avait faim de traque et de barbarie, mais il n’éprouvait pas le véritable besoin de se nourrir. Par ailleurs, même s’il était possible que le sang pu étancher un peu ses envies de meurtre, pour atteindre la cuisine, il lui faudrait passer par le corridor d’où émergeaient tous ces elfes et ces fées tentateurs. Bien qu’une petite voix lui suggérait d’en faire fi, d’accepter l’idée de l’ange et d’ensuite le blâmer pour la perte de contrôle qui subviendrait inévitablement, la part plus rationnelle de son esprit n’approuvait pas. Il avala sa salive, cherchant ses mots et essayant d’ignorer le brouhaha au loin.


« Si tu t’envoles, je ne pourrai pas t’attraper. », suggéra-t-il placidement à l’autre jeune homme.

Il grimaça lorsqu’il y eut un éclat de voix et, d’un ton où perçait une pointe de curiosité, toujours sans regarder l’ange, il ajouta :


« Pourquoi es-tu encore là ? »

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Dieter
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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Ven 1 Juil - 10:37

La technique des ailes envoyées en pleine face de l’adversaire dans un mouvement de panique, ça avait du bon, apparemment. Ledit adversaire fut obligé de reculer, et, tandis que les gestes frénétiques de Dieter s’interrompaient, le vampire sembla changer d’attitude. L’ange trouvait le visage de ce dernier difficile à lire, mais quelque chose comme de la curiosité avait remplacé la faim et la frustration. Cette expression laissa place assez subtilement à une autre, que Dieter ne put identifier avec certitude. Il semblait… Impressionné ? Probablement pas. Dieter savait fort bien qu’il était la dernière personne à pouvoir susciter une telle réaction chez un interlocuteur. En tout cas, il avait également l’air plus détendu.

Après que Dieter ait soufflé d’un trait sa phrase, l’attitude du vampire changea à nouveau. L’ange crut voir un sourire se dessiner sur ses lèvres tandis qu’il baissait la tête. Cela ne rassura pas Dieter, qui maintint sa position défensive, même quand son adversaire adopta une posture clairement moins agressive, à genoux. Il fixa son regard sur ses paumes ouvertes, image même de l’introspection. Une voix rieuse, un peu plus loin, provoqua finalement une réaction chez lui. Le vampire frissonna avant de répondre.


« Non », fit-il d’une voix calme. Okay, tu n’en veux pas. Eh bien évite de choisir une proie vivante à la place, merci bien, j’aimerai profiter encore longtemps de ma non-vie. Dieter garda résolument son attitude défensive, tandis qu’il analysait les bruits humains (ou féériques, ou angéliques, ou elfiques etc.) qui étaient peu à peu apparus. S’ils venaient par ici, ça serait pas mal, il se sentirait peut-être plus en sécurité. Le vampire aurait ainsi un sentiment d’infériorité numérique et n’oserait plus attenter à sa vie. Ou bien il les tuerait tous, c'était une autre possibilité.

« Si tu t’envoles, je ne pourrais pas t’attraper », dit le vampire.

En réponse, l’ange fronça les sourcils. Ça ressemblait à un appel à l’aide. Genre, enfuis-toi, parce que je ne veux pas te faire mal. Ce que confirma sa question.


« Pourquoi es-tu encore là ? »

Dieter baissa lentement ses mains et se redressa de même, sans relâcher toutefois son attention.

« Pourquoi je suis encore là… » répéta-t-il à mi-voix, tandis que son cerveau fatigué cherchait à formuler une réponse logique. « Parce que… » commença-t-il, sans la moindre idée de ce qu’il allait dire. « Ahem. Je n’ai juste pas trouvé un moment où j’aurais pu tourner le dos sans avoir l’impression que j’allais, enfin, que tu allais… Bref. Me planter tes dents dans le cou. » Il débita tout ça à un rythme saccadé, et eut un sourire nerveux. « Quant à m’envoler », reprit-il après un instant, dardant son regard sur la tête du vampire, « je ne sais pas comment tu aurais réagi… »

A la suite de la question simple et curieuse du vampire, de nombreuses questions virevoltaient dans la tête de l’ange. L’impression bestiale et féroce qui émanait de son interlocuteur empêchait de se comporter normalement avec lui. Apparemment, il avait lui-même dit que ce n’était pas causé par la faim. Enfin, il avait dit qu’il ne voulait pas de sang des cuisines. Voulait-il faire un jeûne ? Haha. De l’humble avis de Dieter, le jeûne – pour un vampire – était dangereux pour sa santé et celle de son entourage… Etait-ce parce qu’il était très jeune dans sa nouvelle non-vie qu'il essayait de se conformer à un mode de vie impossible ? Jim lui avait dit un jour qu’il avait décidé de ne pas se nourrir, alors qu’il venait presque d’être transformé, et lui avait laissé entendre que ça avait été une très, très mauvaise idée qui avait coûté la vie à de nombreuses personnes lorsqu’il avait perdu le contrôle. Cependant, le vampire ne donnait pas une impression juvénile, pour ce que Dieter était capable d’en juger. Est-ce qu’il était comme ça parce que c’était son caractère normal ?

Parmi toutes les questions qu’il se posait, l’une d’entre elles finit par franchir ses lèvres.


« Est-ce que… tu es content d’être à la CAT ? »

Ça avait l’air difficile pour lui. Est-ce qu’il vivait ça comme une contrainte ? Pour Dieter, ça ne l’était pas. Les dangers étaient moins nombreux qu’à l’extérieur, et il avait enfin un but précis et les moyens d’y parvenir.

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Dim 24 Juil - 23:30

L’ange répéta bêtement la question du vampire avant d’esquisser une réponse, d’hésiter et de se reprendre. L’explication qu’il réussit finalement à fournir fit hausser un sourcil étonné à Will. Elle était, bien sûr, emplie de cohérence, mais également d’une telle honnêteté ingénue que ça en était... amusant ? Un sourire chercha d’ailleurs à s’immiscer sur les lèvres du vampire qui, surpris face à ce sentiment, le tua malencontreusement dans l’oeuf. Ce fut donc plutôt un regard interrogatif, sourcils froncés, qu’il retourna à l’ange lorsqu’il eut terminé son aveu.

Son interlocuteur semblait, bien peu logiquement, s’être détendu légèrement à la question du vampire. Sa posture était moins défensive et il reprit la discussion avec sollicitude.


« Est-ce que… tu es content d’être à la CAT ? »

Il fallut à Will un temps étonnamment long avant de répondre à la question, même pour lui qui offrait généralement des réponses longues à venir. Son regard se fixa sans qu’il ne le regarde vraiment sur le visage de l’autre Allemand tandis qu’il réfléchissait...

Était-il content ? Difficile à dire... Il n’était pas certain de jamais s’être senti entièrement contenté, possiblement parce qu’il s’agissait d’un concept trop abstrait. Au cours des 70 dernières années, il n’avait pas éprouvé le besoin de s’arrêter pour contempler son existence et en concevoir un ressentit, positif ou négatif. Il avait vécu les minutes les unes après les autres, sans se soucier de celles passées ou de celles à venir. De ce fait, il n’avait été ni content, ni mélancolique, ni épanoui, ni angoissé, ni envieux... Ces émotions étaient bâties sur un raisonnement, ce que les bêtes n’ont pas.

Will essaya donc d’aborder cette question, absconse à ses yeux, sous un autre angle. Puisque le contentement était une émotion positive, pouvait-il affirmer que sa vie intra-CAT était globalement plus positive que sa vie pré-CAT ? Malheureusement, cette nouvelle formulation ne l’aida pas spécialement à trouver une réponse. Foncièrement, il n’y avait pas de différence. Il avait à manger ; il avait un endroit où dormir. Ses deux besoins les plus primaires étaient donc comblés et il n’avait pas besoin de plus pour vivre. Peut-être devait-il penser de façon plus complexe, c’est-à-dire aux différences qui l’affectaient de façon secondaire...

La CAT avait des règles ; Will avait passé plusieurs dizaines d’années sans. Néanmoins, il avait tout de même un passé de militaire et, de ce fait, n’avait pas de problème avec l’existence de règlements. Celles de la CAT étaient contraignantes, certes. Pouvait-il donc en déduire qu’il n’était ‘pas content’ ? D’un autre côté, la promesse que lui avait faite le chef des vampires occupait sans répit son esprit. Peut-être, un jour, pourrait-il faire plus que simplement exister...

Après un temps interminable – si long en fait que la masse de gens affluents dans le cloître avait commencée à se tarir – l’Allemand souffla finalement une réponse décevante, mais ô combien honnête :


« Je ne sais pas. »

Il détailla les traits tirés par la fatigue de l’ange devant lui. Il aurait aimé lui offrir une explication, parvenir à énoncer quelque chose de plus consistant (Bon sang, il n’était pas resté en présence de quelque aussi longtemps depuis les années 40 !), mais il ne parvenait pas à trouver les mots dont il aurait eu besoin et était incapable de donner une forme intelligible à ses pensées. Peut-être les années de solitude lui avaient-elle pris sa capacité à formuler des idées par le langage... Il ne parvint qu’à ajouter, presque timidement :

« C’était plus simple dehors... »

Ce n’était pas une complainte. Le ton neutre qu’il avait utilisé aurait été le même que s’il avait constaté que « Cette roche est grise... ». Il tenait juste à le souligner, comme seule justification à son absence de réponse réelle.

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Mar 16 Aoû - 17:04

Le vampire posa ses yeux sur le visage de l’ange, et ce dernier en fit de même. L’esprit de Dieter fonctionnait toujours au ralenti, se délitant, n’arrivant pas à rester sur une même idée. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi en silence, les deux hommes perdus dans leurs pensées respectives, leurs regards se croisant parfois sans que Dieter s’en rende vraiment compte.

Un poisson fit entendre un « flop », effleurant la surface du lac pour attraper un insecte. Le bruit fit sursauter Dieter et le réveilla de la torpeur dans laquelle il s’enfonçait. Une fraction de seconde, il s’inquiéta de n’avoir peut-être pas entendu son interlocuteur lui répondre, mais un coup d’œil sur le vampire lui indiqua qu’il n’avait toujours pas parlé, et qu'il semblait toujours dans ses pensées. Quand il ne semblait pas occupé à vouloir le vider de son sang, il paraissait plutôt facile à vivre, en fait. Contrairement à d'autres, ses silences n'appelaient pas à à être meublés, mais presque à être prolongés.

« Je ne sais pas », souffla finalement ce dernier avec sincérité. Il avait apparemment mûrement réfléchi, et n’était parvenu qu’à cette réponse. Etait-il incapable de comprendre ses sentiments ? Quelque chose lui faisait-il défaut dans son esprit, pour être inapte à se prononcer sur son propre état ? Etait-ce depuis toujours, ou bien dû à sa nature de vampire ? Chaque phrase qui sortait de sa bouche semblait le fruit d'une réflexion profonde et difficile, même alors qu'il s'agissait de propos banaux.

« Ça fait longtemps que tu es comme ça ? » demanda Dieter de sa voix neutre, sans laisser transparaitre la compassion qu’il éprouvait vaguement, et effaçant la pointe d'agacement qui l'avait saisi rien qu'un instant devant cette réponse qui n'en était pas une.  « Enfin, je veux dire, que tu as été transformé en vampire ? »

Sch**ße, qu’est-ce qu’il lui prenait de parler de ce genre de choses ? Jim avait mis des mois à lui expliquer le processus de vampirisation et comment il en était arrivé là, et il était du genre bavard pourtant. Enfin, bavard pour les stupidités, certes, et moins pour les trucs importants.

« En fait, non, désolé, tu n’as pas à répondre à ça si tu ne veux pas », dit-il précipitamment, frottant brusquement son visage à pleines mains comme si cela pouvait effacer ce qu’il venait de dire, et en même temps extraire la fatigue de son corps.

C’était un état qu’il connaissait bien, celui dans lequel il était. Ivre de fatigue. Une certaine désinhibition, un manque de jugement, sans qu’il en soit au point de ne plus être capable d’analyser ses actions et paroles – mais seulement après qu’elles soient accomplies et prononcées. Genre, « I shouldn’t have said that », comme l'aurait dit un certain demi-géant hirsute. L’envie de simplement se laisser tomber en arrière et de s’allonger, un bras replié sous sa tête en guise d’oreiller, une main vaguement posée sur son visage pour atténuer la lumière. Et puis, cette pensée que sérieusement, plus jamais tu ne te mets dans cet état, crétin. Pourquoi il avait fait ça, déjà ? Ah ouais, foutus cauchemars. Il frissonna violemment en serrant les poings, se remémorant soudain la sensation d’étouffement avec laquelle il se réveillait souvent. Chaque fois, il s’accrochait pourtant brièvement à cette sensation désagréable, dans l’espoir de dévoiler un souvenir enfoui.

Il resta quelques instants à se masser les paupières du bout des doigts, avant de soupirer et de relever la tête. Quelques secondes durant, il vit trouble, avant de retrouver une vision normale et de pouvoir regarder les environs…

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Sam 3 Sep - 21:17

« Ça fait longtemps que tu es comme ça ? »

Une question que Will ne comprit pas. Comme quoi ? Faisait-il référence à sa position agenouillée ? Ça n’avait pas de sens. Alors il se demanda, même s’il n’avait pas souvenir que quiconque en eut fait mention, si les anges avaient la capacité de lire les pensées des gens. Avait-il capté son incapacité à s’exprimer ? Voulait-il savoir depuis quand Will avait perdu l’habitude de converser ?

« Enfin, je veux dire, que tu as été transformé en vampire ? » Oh. Ça.

Will avait une mémoire phénoménale, hors du commun. Capable de se souvenir de détails insignifiants des années durant, il n’était pas étonnant, pour lui, d’avoir une vision parfaitement claire de la nuit de sa mort. Il aurait donc pu sans problème la relater à l’autre Allemand, mais, bizarrement, ce dernier s’empressa de rétracter sa question.

L’ange baissa sa garde. Complètement. La tête penchée, il ferma les yeux et se frotta les paupières, se livrant totalement à la merci de son interlocuteur vampirique. Une proie facile. En un mouvement rapide, Will pouvait mettre les mains au sol, faisant contrepoids pour permettre à au moins l’une de ses jambes de se redresser et poser le pied à plat sur le sol. Moins d’une seconde plus tard, il se serait propulsé sur l’ange, sous son centre de gravité, pour le faire tomber. L’effet de surprise lui permettrait de lui briser au moins un poignet avant qu’il ne réagisse. De la paume d’une main, il exposerait sa gorge en lui soulevant brutalement le menton. Ensuite, il enfoncerait–

Un regard fatigué qui croisa le sien brisa les affabulations du Vampire, qui cilla, puis, lentement, cligna des yeux, innocent. Il dû faire un effort pour relaxer les muscles de sa mâchoire, crispés par l’anticipation, et avala sa salive. L’ange ne le regardait plus vraiment (ou pas directement, du moins), mais l’instant de pure faiblesse était passé, ce qui rendit Will à la fois soulagé et déçu. Oh, il aurait toujours le dessus s’il décidait de céder à ses envies, mais ce n’était plus une occasion offerte sur un plateau d’argent...

Will dû se rendre à l’évidence que l’ange, malgré l’épuisement qu’il laissait transparaître, ne le laisserait pas en paix. Probablement aussi craintif à l’idée de lui tourner le dos pour partir qu’à celle de simplement rester sur place, il était évident qu’il maintiendrait le statu quo et que le vampire n’aurait jamais le moment de solitude qu’il espérait trouver. Il prit donc les devant et se redressa, totalement, sur ses deux pieds, dans cette position civilisée qu’il trouvait tout sauf naturelle, mais à laquelle on lui avait suggéré de s’habituer. Il n’y avait que les animaux qui passaient leur vie accroupis apparemment...

Debout, presque droit, il réalisa qu’il dépassait l’ange de plus d’une dizaine de centimètres, ce qui fit naître en lui un sentiment désagréable qu’il n’aurait su nommer. Il évita donc de regarder l’autre jeune homme directement et posa plutôt son regard sur ses propres doigts, réalisant combien ils étaient crasseux. Ses ongles étaient aussi sombre que le sol, qui s’y était d’ailleurs profondément longé. Ça ne le dérangeait pas vraiment à vrai dire. Il ne se souvenait même pas de la dernière fois où il avait eu les ongles propres.

Il était beaucoup plus difficile de savoir quoi faire de ses mains lorsqu’on est debout. C’est la conclusion qui vint à l’esprit de Will qui, finalement, en vint à les laisser pendre maladroitement de chaque côté de son corps.

Il tourna ensuite son regard vers les ténèbres de la forêt. Une autre image à laquelle il était habituée. Rassurante. C’est donc sans le regarder, bien qu’il demeurât dans son champ de vision périphérique, que le vampire fit part de ses intentions à l’ange :


« Je vais retourner aux cachots. » Ce n’était pas le bon mot. « Enfin... En bas, je veux dire. » Avec les autres vampires quoi, mais il préférait ignorer encore quelques minutes cette surpopulation qui le mettait mal à l’aise.

Il ne fit néanmoins pas le moindre geste, laissant à l’autre Allemand le devoir d’initier le mouvement. Il ne voulait pas passer devant et se retrouver dos à lui...

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MessageSujet: Re: En quête de quiétude   Dim 11 Sep - 16:37

Un nouveau coup d’œil au vampire lui apprit qu’il s’était complètement relevé. Le second coup d’œil lui apprit qu’il avait l’air complètement emprunté. On aurait un peu dit l’attitude d’un adolescent en pleine poussée de croissance, qui ne sait plus quoi faire de ses mains, de ses bras, de ses jambes qui l’encombrent soudainement. Il regarda ses ongles crades quelques instants.

« Je vais retourner aux cachots. »


… Pardon ? Les yeux de l'ange se plissèrent légèrement.

« Enfin… En bas, je veux dire. »

Okay… Lapsus révélateur ? Il se sentait carrément en prison, en bas ? Une remarque faillit franchir ses lèvres, mais il la retint, se souvenant qu’en fait, il avait envie de se barrer. Il acquiesça donc simplement de la tête, avant de regarder autour de lui, l’air perdu.

« Oh. J’avais oublié le couvre-feu. Il faudrait aussi que je retourne à mon étage. »
Dieter hésita un instant, puis poursuivit : « Mais je dois passer voir un ami, là-bas », mentit-il en indiquant vaguement une direction. Il n’avait pas envie de faire tout le chemin en la compagnie d'un vampire avec un contrôle de soi clairement limité. « À une prochaine fois, alors », dit-il en souriant fort poliment.

Il fit un pas dans la direction qu’il avait indiquée, avant de se retourner vers le vampire, le regard empreint d’une certaine compassion.
« J’espère que tu vas t’habituer vite à la C.A.T. »

Sans attendre la réponse, il fit volte-face et marcha d’un bon pas vers, uh, attend il se dirigeait vers quoi ? La clairière des fées. Il marcha de manière à avoir toujours le vampire dans un coin de sa vision, et ne se détendit que lorsque celui-ci fut hors de vue. Il rebroussa alors chemin pour gagner l’entrée côté lac et regagner ses quartiers.

Bon. Et il allait dormir, cette nuit, oui ou zut ?


Spoiler:
 

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En quête de quiétude

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